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Le chef du département de l’Administration du territoire et des Affaires politiques s’est fendu d’un communiqué la semaine dernière suspendant toutes activités politiques et autres mouvements sociaux sur toute l’étendue du territoire national. Cette nouvelle mesure du ministre est perçue comme un autre signe de la hantise de Frédéric Kolié, qui pense ainsi prendre les devants pour éviter une nouvelle implosion sociale dans le pays.
Depuis quelques mois, les Guinéens traversent une crise sociopolitique sans précédent. Les pourparlers interguinéens n’ont pas permis de voir les protagonistes de cette crise accorder leurs violons. La junte au pouvoir et le Forum des Forces vives sont encore dans un dialogue de sourds. Cette situation qui est la conséquence des évènements douloureux du 28 septembre au stade du même nom s’enlise davantage suite à la tentative d’assassinat du chef de la junte, le 3 décembre dernier, au camp Koundara rebaptisé depuis le 19 courant, "camp Joseph Makambo Loua". Pour faire honneur à ce capitaine qui s’est sacrifié pour sauver la vie du président du CNDD lorsque ce dernier a essuyé les tirs de son ex aide de camp, le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, alias "Toumba".
Il faut noter que le foisonnement des mouvements de soutien aura été le déclic de la dissension entre le CNDD et les forces vives d’une part et les anti et les pro CNDD d’autre part. La naissance des mouvements MJDD, MDDR, MDDQ et d’autres, nourris et dirigés par des forcenés, a créé la haine et la division au sein des populations. Et la résultante de ce clivage social, on le connaît. Il a amené les Guinéens à s’entretuer. Au stade du 28 septembre, des manifestants aux mains nues ont été massacrés comme des poussins par des bérets rouges de la garde présidentielle en délire. Des femmes violentées avant d’être violées en public. Ces actes ignominieux auront pour effet, la déchirure de la société qui vit depuis dans une insécurité béante. Le fossé entre l’armée et sa population qui était en passe de se remettre, s’est agrandi suite à la répression sanglante du 28 septembre.
La crise guinéenne lancinante, malgré le lancement, il y a deux mois, des négociations à Ouaga, Burkina Faso, sous la médiation du président Blaise Compaoré, n’augure pas encore une issue favorable proche. Les deux belligérants refusent de faire des concessions, chacun campant sur sa position. Prêts à tout sacrifier pour réussir, ces belligérants ignorent ainsi leur population qui n’a que trop souffert de cette crise qui se corse.
Aujourd’hui, tout porte à croire que l’enlisement de la situation pourrait provoquer d’autres remous sociaux. Ainsi pour éviter au pays une nouvelle implosion aux conséquences incommensurables, le ministre de l’Administration du territoire a cru bon de prendre les devants. Dans son communiqué, publié la semaine dernière, Frédéric Kolié « interdit toute manifestation ou mouvement de soutien à caractère politique sur toute l’étendue du territoire ». Certes, jusqu’à ce que les choses redeviennent normales dans le pays. En tout cas, il appelle les partis politiques, mouvements de soutien et organisations de la Société civile à prendre leur responsabilité pour le « respect scrupuleux » de la nouvelle décision. Ceci, estime-t-il, pour soutenir le processus du dialogue politique engagé à Ouaga.
Samory Keita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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