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El hadj Boubacar Biro Diallo, du nom du premier président de la toute première Assemblée nationale post indépendance de la Guinée, ne rate décidément point d’occasions pour mettre les pieds dans le plat. Ce pachyderme octogénaire veut en effet « jouir du goût du vin en ayant la bouche encore pleine. »
Les frasques intermittentes de ce vieil homme dont les objectifs restent somme toute inavoués, dérangent et déclenchent du coup, une certaine tempête d’indignation au sein de la classe politique guinéenne. Cet ancien président de la première législature multipartite se rapproche tous les jours du CNDD et de son président, capitaine Dadis Camara. Avec dans la besace, un enseignement des plus anachroniques aux yeux de tous ceux qui sont épris de justice et de démocratie véritables : « Rester au pouvoir tout le temps nécessaire ». Le vieux Biro a réitéré sans ambages cette envie le week-end dernier, à la faveur du mouvement de soutien des sages du Fouta Djallon.
L’objectif pour ce mouvement de soutien était pourtant de féliciter, remercier et encourager le chef de la junte dans son triple combat : contre le trafic de drogue, la corruption et la criminalité. En se confinant donc derrière ce voile transparent de soutien, le vieux Biro nargue toute la classe politique, aujourd’hui plutôt obnubilée par la tenue, cette année, des législatives et de la présidentielle.
Faut-il donc en rire ou en pleurer ? En rire. C’est bien mieux ! Puisque ce vieux ne semble plus avoir quelque chose qu’il faut sauver. Il a fait son temps avec le bilan qu’on lui reconnaît et c’est tout. On ne comprend pas en revanche son retour soudain et malhabile sur la scène politique. A-t-il encore d’autres ambitions ? Non. Il veut juste faire savoir aux yeux du monde que : « J’ai plus de 80 ans, je n’ai aucun intérêt à défendre aujourd’hui. Ce que j'ai dit tout haut, les Guinéens le pensent tout bas ». Iskine ! On a déjà dépassé ce stade.
Une présidence à vie pour se venger d’un vieil affront !
Il n y a pas de raison d’inviter encore les militaires à (re)prendre goût du pouvoir ; bâillonner les libertés fondamentales reconnues à chaque citoyen. L’octogénaire a cependant dit de vive voix au Président Dadis « de rester au pouvoir tant qu’il le juge nécessaire, de ne pas écouter les partis politiques et la Communauté internationale… Ce sont les Guinéens qui savent ce qui se passe chez eux. » Pour une errance politique de trop, c’en est vraiment une.
Mais cela se comprend si on remonte un peu le fil des ans. En effet, le ‘’pionnier’’ du multipartisme au sein de l’Assemblée nationale peut penser vouloir se venger de la classe politique actuelle, déjà suffisamment malmenée par un quart de siècle de gestion, sans le moindre partage.
Qui ne se souvient pas en fait de l’obsession du vieux Biro à être candidat unique de l’opposition, à un moment donné. Ce, par le truchement tacite d’un certain Alpha Ibrahima Sow, alors président de l’UFD ? La suite, on la connaît : la candidature de Elhadj Biro Diallo a été tout simplement régurgitée par l’ensemble de la classe politique. Cet affront-là est resté incurable.
Depuis lors, il a pris sa distance des leaders de l’opposition devenus pour lui un sérieux cauchemar politique.
La revanche tient donc aujourd’hui lieu de boulets rouges. « Si les militaires sont revenus au pouvoir après le régime Conté, c’est parce que les partis politiques ont échoué dans leurs missions d’éducation et de sensibilisation des militants à la base », a martelé El hadj Biro Diallo. Avant d’ajouter : «Le CNDD est entrain d’abattre un travail que les civils n’auraient pas pu. En tout cas, moi, je n’aurais pas pu le faire comme çà». Peut-il se substituer à toute la classe politique guinéenne ; même au PUP dont il est l’un des membres fondateurs à Mamou ? A moins qu’on ne perde le Nord.
Quoiqu’il en soit, en recommandant au capitaine Dadis Camara de se pencher sur une présidence à vie, le vieux invite de fait aux conflits et à la discorde. Le vieux Biro a fait cette invitation parce qu’il aime le capitaine ou parce qu’il a quelque chose à gagner ? Rien de tout cela. Mais il entend se venger d’un vieil affront : la classe politique de l’opposition est dans son collimateur depuis des décennies. On allait toutefois nous demander de quel amour s’agirait-il entre le vieil homme et le jeune capitaine, à part le simple fait que l’un des fils du premier est adjoint du chef d’Etat major de la marine, donc appartenant à la même corporation que Dadis. Pas de fin en soi !
Mais attention, François duc de la Roche Foucauld, nous enseigne que : "Nous nous persuadons souvent d'aimer les gens plus puissants que nous, et néanmoins, c'est l'intérêt seul qui produit notre amitié. Nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir».
A chacun de méditer, à l’heure même où la nouvelle génération cherche à « … proclamer la fin des reproches mesquins et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes désuets». Une chose reste évidente : ce qui était hier, ne l’est plus aujourd’hui.
Et cette présidence à vie qui taraude l’esprit de El hadj Biro n’est plus envisageable dans les jeunes démocraties actuelles. Seul Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, inspirateur et façonneur d’autocrates et autres despotes, pourrait être d’accord avec le vieux Biro. Pour le guide libyen en effet, il faut annuler « tout article limitant le mandat présidentiel. Il faut que le peuple choisisse celui qui doit le gouverner, même pour l’éternité », a dit le président en exercice de l’U.A, lors d’un banquet à la Présidence nigérienne, samedi dernier.
Cette ‘’œillade’’ du guide libyen est bien mal à propos dans un continent où nombreux chefs d’Etat ont fait sauter le verrou limitant le mandat présidentiel. Alors, qui de Biro ou de Kadhafi inspirera –loin de la féminisation de la garde rapprochée- le jeune capitaine Dadis Camara ? La question reste posée. Mais la réponse est quasi connue par le chef de la junte : « On ne s’éternisera pas au pouvoir. », a toujours rassuré Moussa Dadis Camara. Aux donneurs de mauvais conseils de changer alors de stratagème.
Dadis doit savoir distinguer amour et tambour…
Pourquoi ces patriarches sont-ils hostiles au changement, se dissimulant derrière des stéréotypes du genre, « rester au pouvoir pour parachever l’œuvre entreprise » ? Pour le cas de Biro, l’on se demande à quoi il joue depuis les autres divagations enregistrées dès le premier contact avec Dadis, son Moise à lui. Allahou Akbar !!! Dans un rétrograde lyrisme digne du premier régime, le vieux Biro avait déclaré que Moussa Dadis a une mission divine. Si on décrypte cette autre déclaration de notre octogénaire, on conviendra tout net que ce n’est pas toujours les vieilles marmites qui font de la bonne sauce. Encore moins tous les sages qui donnent de bons conseils au moment qu’il faut.
Ce qui revient à dire que le niveau funeste des vieux politiciens guinéens restera toujours préjudiciable à l’enracinement de la démocratie. Sinon, Dadis lui, est déjà prêt à rendre le pouvoir et rejoindre les casernes et être éventuellement enrôlé dans le système des Nations unies. Ce capitaine est militaire et non politicien. Il l’a dit et il l’a renouvelé. Il a actuellement le vent en poupe et jouit d’une grande admiration des siens. C’est donc le bon moment de partir. «Le meilleur danseur est celui qui quitte la piste pendant que tout le monde est entrain de l’applaudir», nous apprend l’adage.
Pourquoi alors forger un autre Lansana Conté, synonyme de régime bananier, d’immobilisme, de corruption, etc. s’interroge plus subtilement le jeune capitaine ? La bonne option -pour ne pas heurter la sensibilité des rameurs à contre courant– est bien de savoir distinguer amour et tambour. Au risque d’être projeté par-dessus bord du bateau. Faute d’attention ou d’excès de confiance aux sages conseilleurs. Conté était-il vraiment judas, le 3 avril 84 ? Assurément non. Ce sont ses courtisans et autres rameurs à contre courant qui l’ont plongé dans le précipice. Ils n’ont commencé à voir le mauvais coté du système qu’ils ont servi, seulement qu’après avoir perdu l’accès à la mangeoire dû à Dieu.
Cette brochette ‘’d’induiseurs en erreurs’’, la Guinée, insondable terreau, sait bien en créer. Et ils sortent de terre comme des fourmis. De véritables architectes. De grâce, qu’on ne s’emmêle donc pas les pinceaux, parce que vieux coriace. Que le sacré ne se transforme pas en profane. Qu’on ne soit pas victime des trous de mémoire, parce que traînant plus de 80 ans. Les erreurs du passé ne sont encore pas corrigées. Elles se sont en effet cancérisées sous l’effet de la forte capacité de nuisance des malvenus. Les mêmes causes produisant subséquemment les mêmes effets.
En nous amusant à observer les ballets de sages au camp Alpha Yaya, on se rappelle tout de suite la déclaration supposée d’un leader politique qui aurait dit qu’il a honte d’être musulman. A priori, il n’y a pas de polémique, puisqu’on est dans un pays laïc. Il peut donc changer de religion, s’il se trouve gêné par les frasques de ses coreligionnaires. De toute évidence, au vu de certaines manœuvres, il y a de quoi ouvrir largement les yeux et s’interroger : nos sages s’acheminent-ils vers la dérive en initiant le Koudaisme new look alors si cher au régime défunt ? Faut-il craindre de suivre les traces de l’ancien régime et ses multiples déviations? Non, c’est déjà assez au vu de la versatilité des anciens dignitaires qui défilent devant le comité d’audit du CNDD, qui, par ailleurs en dit long sur la déficience morale des uns et des autres.
Si le vœu de Elhadj Biro, adepte d’antan de la justice, du droit et de l’équité, s’exauce, ce serait quand même un triste cauchemar de vouloir rééditer un autre désastreux quart de siècle avec des acteurs aux fortes capacités de nuisance. Non, Elhadj Biro, épargnez-nous de cela à cause de tout le respect qu’on a pour vu !
Alléluia ! Le terrain a déjà changé sous les pieds de nos patriarches, alors qu’ils somnolaient. Mieux, leurs arguments politiques usés qui ont dévoré le pays pendant si longtemps ne s’appliquent plus. Il n’est désormais donc plus question de remettre en cause l’échelle des grandes ambitions de la nouvelle génération de leaders, que la Guinée cherche encore, hélas.
Que les frasques du vieux Biro Diallo et autres patriarches endurcis nous fassent rire et non pleurer. Juste pour interpeller la conscience, notamment des jeunes sur la nécessité d’unir les forces et les initiatives afin d’en finir complètement avec 50 ans de dictature et de pseudo démocratie. A l’arrivée, on attentera s’il le faut, un procès contre tous ces devanciers pour leur « non-assistance à démocratie en danger ».
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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