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Avant l’élection présidentielle française de 2007, Nicolas Sarkozy, celui qui était alors le candidat de l’UMP, se posait comme un inconditionnel partisan de la « rupture » dans les relations franco-africaines. Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs ont le sentiment que cette rupture a encore du mal à se traduire dans les faits. Quelques exemples, plus ou moins récents, suffiraient pour s’en rendre compte avec amertume. La France, on le sait, a été, par le passé, une puissance coloniale. En 1960, la plupart des territoires qui étaient sous sa domination ont accédé, les uns après les autres, à l’indépendance. Mais de cette année-là jusqu’à nos jours, force est de reconnaître que la France a continué à exercer une influence non négligeable dans ses anciennes colonies, au grand dam des pourfendeurs de la colonisation, cette page particulièrement sombre de l’histoire africaine. Du général Charles de Gaulle à Jacques Chirac en passant par Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, tous les présidents de la Cinquième République française ont entretenu, à des degrés différents, des rapports privilégiés avec les dirigeants africains, notamment ceux de l’espace francophone. Michel Jobert, un ancien ministre du général Charles de Gaulle est allé jusqu’à dire haut et fort ce que beaucoup d’observateurs pensent tout bas : « La colonisation est de tous les temps ; seules les modalités changent ». La France, en dépit des critiques et des observations somme toute pertinentes et fondées, continue de maintenir des bases et des troupes dans un certain nombre de pays francophones d’Afrique. C’est le cas notamment de la Côte d’Ivoire, du Gabon, de Djibouti, du Sénégal, du Tchad et de la République centrafricaine. Avec l’avènement de Nicolas Sarkozy à la Présidence française en mai 2007, nombreux sont ceux qui ont pensé, naïvement peut-être, que le soutien aux dictateurs et le paternalisme qui caractérise souvent les relations franco-africaines, ne seraient plus que de lointains souvenirs. Mais le nouveau locataire de l’Elysée donne de plus en plus l’impression qu’il lui est pratiquement impossible de s’écarter de la « voie » tracée par ses prédécesseurs. En tant que candidat de l’UMP à l’élection présidentielle de 2007, Nicolas s’est posé fièrement comme l’homme du changement qualitatif dans les relations franco-africaines. Mais en se rendant en juillet 2007 chez l’inamovible président gabonais El Hadj Omar Bongo Ondimba (40 ans au pouvoir), le symbole vivant de la Françafrique et du fameux système des réseaux, les quelques rares optimistes africains ont cédé aussitôt au désespoir et à la déception. Et ce ne sont pas les derniers développements de la crise tchadienne qui peuvent pousser les observateurs à croire à une quelconque rupture dans les relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique. N’eût été le soutien décisif de la France à Idris Déby Itno les 1er et 2 février, les forces rebelles auraient pu s’emparer certainement du pouvoir à N’Djamena. Mais comme on aime souvent à le dire, la politique a ses raisons que la Raison ignore. Le général Charles de Gaulle ne disait-il pas souvent que les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts ? D’Abidjan à N’Djamena en passant Bangui et Djibouti, la France semble donner raison à tous ceux qui pensent qu’elle tient à son « pré carré » comme à la prunelle de ses yeux. De là à soutenir que la rupture dans la Françafrique n’est pas pour demain, il n’y qu’un pas que beaucoup d’observateurs ont franchi. Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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