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Le décès du Général Conté a marqué la fin de la deuxième république, la transformation du PUP en orphelin politique, et la remise en évidence de la réticence d’une partie des Guinéens vis-à-vis de l’opposition sortante : une cinquantaine d’organisations, dont une majorité de partis bidons et quelques « poids lourds » qui ont déçu beaucoup de gens depuis 1992 ; par leur refus permanent de faire bloc pour réaliser l’alternance par les urnes ; montrant ainsi que seules comptent leurs ambitions égoïstes et non l’intérêt général.
Chacun de nous a évidemment sa part relative dans cette situation déplorable car on dit bien à juste raison que chaque peuple a les dirigeants, donc les partis, qu’il mérite.
Et comme la question du Pouvoir républicain relève essentiellement des politiques, on est donc bien obligés de prendre le nouveau départ avec ce qu’on a actuellement, tout en posant les jalons d’une réforme en profondeur de la classe politique, permettant son ouverture, son élargissement et son renouvellement.
C’est la raison pour laquelle le CIC a proposé avec insistance de ne pas restreindre le CNT (Conseil National de Transition) aux seuls occupants actuels de la scène publique (CNDD, Gouvernement, partis politiques, syndicats, CNOSOC), mais d’y inclure de façon significative sinon majoritaire, les représentants des préfectures notamment.
Aujourd’hui, beaucoup de Guinéens veulent se jeter dans les bras du CNDD : c’est encore une fois, la solution de facilité, l’abdication de leurs responsabilités de citoyens, le refus d’affronter les difficultés à surmonter dans la patience, pour nous doter d’une classe politique et d’une organisation collective aptes à nous permettre de sortir de l’ornière actuelle.
En 2007, après la formidable insurrection populaire initiée par l’Intercentrale syndicale et appliquée sur toute l’étendue du Territoire, les négociations de sortie de crise avaient eu lieu dans un face à face entre les syndicats seuls et les vieux loups, Conté et Babangida, en l’absence des opposants politiques : beaucoup de gens ont, par la suite, imputé à cette absence, le caractère calamiteux de l’accord obtenu ; grâce à quoi le Général Conté n’a pas eu de peine à bloquer le gouvernement Kouyaté, qui s’était isolé du Mouvement social. Malgré les lourds sacrifices consentis, ce fut ainsi une nouvelle occasion manquée par l’ensemble de la Nation.
Dans la Guinée d’aujourd’hui, deux camps bien délimités se partagent la société politique : d’un côté les magouilleurs mobilisés pour la poursuite du triomphe des intérêts égoïstes et la neutralisation de l’intérêt général (opportunistes à la recherche de postes coûte que coûte, anciens profiteurs des première et deuxième républiques, déçus de l’opposition au Général Conté, citoyens naïfs et impatients, prêts à se jeter dans les bras du premier prétendu Zorro qui se présente) ; de l’autre, les patriotes, conscients que leurs aspirations ne peuvent aboutir qu’avec la promotion de l’intérêt général.
Nous ne ferons pas l’économie de la construction méthodique et patiente d’une nouvelle classe politique républicaine, pour avoir les hommes d’Etat aptes à organiser le pays de manière à valoriser les nombreuses potentialités au profit de tous. Cela passera notamment par une réforme drastique des procédures pour la création des partis politiques dans la troisième république.
Conclusion
Les tâches prioritaires actuelles sont donc :
. Pour le CNDD et le gouvernement : organiser dans la transparence, la désignation des membres du CNT par les huit entités de base (CNDD, gouvernement, partis politiques, syndicats, associations patronales, associations civiles, préfectures, diaspora), puis les réunir pour le traitement serein des trois principaux dossiers du changement que sont : la réforme constitutionnelle, l’organisations des élections présidentielle et législatives, et la Commission Vérité et Justice pour la réconciliation nationale.
. Pour les patriotes soucieux de l’intérêt général : engager avec les Forces Vives, la bataille politique, incontournable pour faire échec aux magouilleurs déjà mobilisés et largement financés par l’argent de la drogue et des deniers publics détournés, en vue de l’installation de la troisième dictature sur le pays.
A.S. BAH
Porte-parole du CIC (Comité d’Initiatives Citoyennes)
pour www.guineeactu.com
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