« Le CNDD ne doit, en aucun cas, prétendre être un organisme de la Transition, si celle-ci doit être démocratique », dixit Abdourahmane Barry
M. l’ambassadeur de la République de Guinée aux Etats Unis d’Amérique,
Mesdames et Messieurs les diplomates,
Messieurs les dirigeants des différentes organisations guinéennes aux Etats Unis, ici présents,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi d’apporter, au nom de mon ONG, l’Association des Guinéens pour la Promotion de Démocratie (AGPD), notre modeste contribution à cette assise.
Il y a plus de 50 ans depuis que la République de Guinée a accédé à son indépendance, mais il est regrettable de constater que les contradictions entre les aspirations de nos populations et les orientations des différentes équipes qui se sont succédées à la tête de l'Etat, n’ont cessé de s'approfondir. Pour le comprendre il est important de faire ce bref aperçu historique qui suit.
Le peuple de Guinée avait massivement voté non au referendum du 28 septembre 1958, mettant fin à 60 années de colonisation française. Le nouvel Etat était né, donnant ainsi un exemple historique en Afrique et au reste du monde. Cet acte patriotique avait incité beaucoup de bonnes volontés guinéennes et étrangères à mettre leurs forces intellectuelles et morales au service de son développement. C'était également avec enthousiasme que les différentes couches socioprofessionnelles s'étaient engagées aux cotés des premières autorités pour la mise en valeur des immenses ressources naturelles du pays, afin de bâtir une Guinée libre et prospère.
Les données ci-dessus énumérées poussaient, sans hésitation, à l'optimisme quant à la réalisation d'un avenir radieux du peuple de Guinée. Quelques années plus tard, c'est non seulement la pauvreté, mais aussi l'absence totale de liberté. Malheureusement, cela dura 26 années.
A l'instar du 28 septembre 1958, l'avènement de la deuxième république le 3 avril 1984, ressuscita l'espoir déjà perdu. En se référant aux toutes premières déclarations du Comité Militaire de Redressement National (CMRN), il était permis de penser que l'ère de la confiscation des droits élémentaires des citoyens était révolue et que le retard économique et social serait rattrapé, tout en faisant asseoir les bases d'une société démocratique et prospère. Très tôt, cet optimisme commença à se dissiper avec la conduite, d'une manière incertaine et anarchique, des affaires de l'Etat et on a assisté à un retour exagéré des fléaux sociopolitiques du passé.
Encore, en 1989, une autre lueur d'espoir avec les promesses faites aux guinéens par le président Lansana Conté, annonçant l'instauration du multipartisme et la mise sur pied d'une commission chargée de rédiger une nouvelle constitution. La loi fondamentale adoptée par voie de référendum en 1990, contenait toutes les bases essentielles d'une démocratie réelle en Guinée.
Le changement intervenu le 23 décembre dernier, à la suite de la disparition du général Lansana Conté et à l’avènement du CNDD, ouvre une autre lueur d’espoir pour les populations guinéennes. On est en droit de poser aujourd’hui la question de savoir vers quelle direction cette nouvelle autorité veut envoyer la nation ?
Force est de reconnaître que pour tout observateur averti de la situation sociopolitique en Guinée, l’arrivée aux commandes du CNDD n’était pas un événement inattendu.
En effet, le blocage du processus démocratique par le général Lansana Conté, qui était opposé à toute idée d'alternance politique et son état de santé très critique ces dernières années, avaient fini par plonger la Guinée dans une incertitude totale. Il était d’ailleurs permis de penser que le pays repose sur une poudrière qui peut exploser à tout moment. La faiblesse de la société civile, les divisions profondes tant au niveau des partis politiques fondés sur des bases purement ethniques que dans l'entourage du président de la République, ainsi qu'au sein de l'armée et des services de sécurité, malheureusement regroupés en ce temps, en clans, pourraient entraîner dangereusement le pays vers des troubles aux lendemains imprévisibles.
Vu toute cette situation, on est en droit de poser aujourd’hui la question de savoir vers quelle direction cette nouvelle autorité va-t-elle mener la nation ?
Lors de sa première rencontre avec les forces vives et le Groupe International de Contact au début du mois de février, le capitaine Moussa Dadis Camara avait souligné la nécessité d’avoir un cadre de concertation pour l’organisation duquel, il avait posé 11 questions auxquelles, avait-il insisté, des réponses méritent d’être apportées. Nous l’en félicitons et nous souhaitons que cette assise puisse nous permettre d’en trouver les réponses adéquates.
Il serait irresponsable de notre part de contourner le débat et la concertation sur l’avenir de notre pays, qui a eu un passé catastrophique. A notre entendement, cette concertation nationale dont la tenue a toujours été le cheval de bataille de l’AGPD depuis 2001, aura la charge de créer les structures d’une transition démocratique et consensuelle.
Cette transition devra avoir une mission et être gérée par des hommes et des femmes choisis pour leur intégrité et leur compétence. Les institutions qui seront créées lors de ces assises, seront chargées de gérer les affaires de l’Etat, jusqu'à l’entrée en fonction de celles qui seront issues de l’organisation d’élections démocratiques, libres et transparentes.
Le CNDD ne doit, en aucun cas, prétendre être un organisme de la transition, si celle-ci doit être démocratique.
L’AGPD invite la Communauté internationale à contribuer à la réussite de ces assises. Le choix de la date de la tenue de cette rencontre sera décidé par le CNDD, en commun accord avec les Forces Vives. Si le CNDD veut entrer la tête haute dans l’histoire de la Guinée, il doit être facilitateur du processus démocratique menant à l’avènement de l’Etat de droit, ambitionné par notre peuple.
Pour cela, l’armée doit se démarquer du rôle qu’elle a toujours joué et qui consiste à maintenir et à servir les dictatures qui ont martyrisé le peuple de Guinée. Elle doit se reformer, se professionnaliser pour assurer la sécurité des citoyens et la défense de l’intégrité territoriale de notre pays.
S’agissant de la moralisation de la société guinéenne en général, et de la vie publique en particulier, il serait regrettable que l’on se focalise exclusivement sur l’aspect économique, au détriment d’autres dérives qui, depuis l’indépendance, ont enfoncé le pays dans le gouffre de l’intolérance, de la souffrance et de l’humiliation humaines. Et aussi, dans le souci de restaurer la cohésion nationale, il est nécessaire de rétablir les victimes dans leurs droits et de mettre fin à l’impunité, par l’organisation d’un procès équitable sur les violations des droits de l’homme et la mauvaise gestion de l’économie nationale, de l’indépendance à nos jours.
C’est pourquoi, nous encourageons et soutenons le CNDD dans sa lutte contre les prédateurs, les narcotrafiquants et le grand banditisme. Cependant, les audits doivent s’étendre à la gestion dans tous les domaines de la vie nationale, de l’indépendance à nos jours, afin que ceux qui ont, de près ou de loin, violé les droits de l’Homme et du citoyen, fait couler le sang des innocents, et ou contribué à renforcer et ou à maintenir les dictatures que le pays a connues, ainsi que ceux qui ont pillé d’une façon ou d’une autre, l’économie nationale, répondent de leurs actions devant la justice.
Il est totalement inacceptable que le gouvernement du CNDD se mette à démolir des infrastructures réalisées par des citoyens, sous prétexte que ce sont des domaines de l’Etat, sans justification aucune. Le Chef de l’Etat est, bien entendu, le chef de la justice, mais il doit permettre aux institutions compétentes en la matière de statuer en pareilles situations avant d’entreprendre n’importe quelle action. L’Etat doit se baser sur les dispositions de la loi en vigueur pour exproprier toute personne de ses biens. Si en ville, on peut parler de plan cadastral, il n’en n’est pas le cas dans les villages guinéens.
Le rôle de l’Etat c’est, en entre autres, de protéger les personnes et leurs biens sur toute l’étendue du territoire de la république. Le cas du citoyen El hadj Amadou Oury Diallo alias Sadakadji est révélateur d’une absence totale de justice, quand on sait que c’est un citoyen qui lui avait vendu le domaine conformément aux lois en vigueur.
Nous ne devons pas oublier que la faillite du système de gouvernance dans notre pays depuis 1958 est à la base de toutes ces tares dont certains de nos compatriotes sont en train de payer un lourd prix.
Nous invitons les nouvelles autorités et les Forces Vives de la nation à prendre toutes leurs responsabilités historiques pour que le changement entamé dans notre pays le 23 décembre 2008, aboutisse à la construction en Guinée, d’une société démocratique, prospère et solidaire.
Je vous remercie !
Washington, le 26 avril 2009
Abdourahamane Barry
Président de l’AGPD
pour www.guineeactu.com