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Le chef d’état-major général des armées, le colonel Nouhou Thiam, s’est lancé le défi de nettoyer les Ecuries d’Augias au sein de la Grande muette. Une bien délicate mission dans une armée où l’anarchie avait pris le dessus, à la faveur des grands déséquilibres créés par les deux régimes précédents.
Le chef d’état-major général des armées a fait le tour des casernes militaires de la capitale la semaine dernière pour sensibiliser la troupe autour de l’interpellation des officiers, qui à un moment donné avaient eu le privilège de gérer des fonds alloués à leurs différentes unités de commandement.
Ces hauts gradés de l’armée, tous quasiment des chefs d’état-major adjoints ont passé environ quatre jours à la gendarmerie de Matam.
Avant d’être libérés le mardi dernier.
Il y a comme l’impression que leur gestion avait des relents de corruption. C’est ce qui expliquerait cette convocation par les services de la Gendarmerie nationale.
Comme a tenu à le souligner le chef d’état-major général des armées, le colonel Nouhou Thiam, durant sa tournée.
L’officier a affirmé que dorénavant les biens destinés à la troupe auront un caractère sacré. Et que se hasarder à en abuser pourrait mener à des poursuites judiciaires. L’heure de la moralisation des biens de l’armée a donc sonné.
Le colonel Nouhou Thiam n’a pas manqué aussi d’effleurer un sujet très sensible, au cours de cette visite dans les garnisons de Conakry. Il s’agit en fait des massacres perpétrés le 28 septembre au stade du même nom par des hommes en uniforme.
Nouhou Thiam a déclaré sur un ton véhément que les auteurs de ces actes barbares seront livrés aux instances judiciaires, si jamais le besoin se faisait sentir. Le chef d’état-major général a, dans tout son sérieux, fait savoir que le temps des exactions contre les pauvres populations civiles est désormais révolu.
En bon chef militaire, le colonel entend débarrasser l’armée guinéenne de ses brebis galeuses, qui ont terni son image. Faisant d’elle une armée de « bouchers et de violeurs ».
Il faut reconnaître que de vaillants officiers comme le général Noumandjan Kéita ou le colonel Kaman Diaby, tous victimes du régime de Sékou Touré, ont bien pu se retourner dans leurs tombes, face à la mauvaise image que s’est forgée la Grande muette, sous le règne de Conté puis de Dadis Camara. Avec des officiers corrompus jusqu’à la moelle. Devenus de surcroît des protecteurs des cartels de la drogue.
Le chef d’état-major général des armées est un homme de poigne, qui doit sa promotion à sa témérité. Selon des indiscrétions, avant même qu’il ne soit à ce poste, Nouhou Thiam s’était décidé à remettre de l’ordre au sein de la troupe.
Dans son viseur, il y avait semble-t-il, entre autres l’ancien bras armé du CNDD, Claude Pivi.
En somme, tous ceux qui pouvaient constituer, à tort ou à raison, une menace potentielle pour la transition, après la mise à l’écart du chef de la junte.
Heureusement que le commandant Jean-Claude Pivi a su se conformer à l’air du temps. L’homme mène tranquillement sa mission à l’ombre du général Sékouba Konaté, qui lui a renouvelé sa confiance à la faveur du remaniement survenu au lendemain des Accords de Ouaga.
La dernière sortie du chef d’état-major des armées contre les auteurs et commanditaires des massacres du 28 septembre 2009, vient prouver que l’armée guinéenne recèle encore des valeurs. Loin des officiers timorés, à la moralité douteuse, Nouhou Thiam entend réconcilier le peuple avec son armée. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de mettre fin à l’impunité au sein des troupes.
Une tâche qui s’annonce tout de même délicate, au regard du parcours qu’a connu cette armée, ces dernières années. Avec en prime le népotisme, le clientélisme et le régionalisme, comme seuls critères ayant prévalu dans les enrôlements au sein des troupes.
Traiter ce corps malade de la Guinée, qu’est son armée, ne peut se faire par un coup de baguette magique.
C’est un processus de longue haleine, à en croire de nombreux observateurs. En se faisant déjà remarquer aux yeux de l’opinion, par sa fougue et sa détermination à bien accomplir sa tâche, Nouhou Thiam pourrait ainsi continuer à apporter quelque chose de positif, même avec le futur gouvernement démocratiquement élu.
A qui il reviendra de poursuivre les réformes engagées par Konaté.
Pourvu que le colonel ne change pas de méthode. Car certaines mauvaises langues vont jusqu’à dire que Nouhou Thiam est juste en train de tirer les marrons du feu pour son bienfaiteur qui n’est autre que le président de la Transition. Histoire de se venger de Dadis Camara qui pour seule récompense, après le putsch, l’avait nommé comme inspecteur général.
DB Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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