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L’idée d’envoi d’une force internationale de protection en Guinée, qui sera chargée de sécuriser la population serait-elle devenue une obsession pour le président de la Commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Mohamed Ibn Chambas ? Voilà à quoi pensent bien des gens pour qui M. Chambas serait en train d’empiéter sur les plates bandes du facilitateur de la crise guinéenne, à qui il devait revenir de juger oui ou non de l’opportunité d’une telle option.
La 9e Session du Groupe de contact sur la Guinée qui s’est déroulée dans la capitale burkinabé le dimanche dernier n’a pas permis d’enregistrer une avancée significative dans les pourparlers inter guinéens. C’est du moins l’avis de maints observateurs. Et comme à son habitude, le Groupe de contact s’est contenté de pondre un communiqué final dans lequel ont été consignées une série de recommandations. Dont l’une a engendré une vive polémique au sein de l’opinion. Il s’agit en effet du déploiement d’une mission internationale d’observation en Guinée. Une force qui serait ‘’ composée de personnels civils et militaires, qui devraient contribuer, grâce à leur expertise technique, à l’instauration d’un climat de sécurité pour la population et à la protection des institutions et des principaux acteurs de la transition ‘’. Cette proposition en soi n’est pas nouvelle, ayant été déjà soumise à la CEDEAO par le Groupe de contact le 12 octobre 2009.
Ainsi, Mohamed Ibn Chambas et ses pairs n’ont fait que remettre ça, lors de la rencontre de Ouaga. Et le président de la Commission de la CEDEAO, dans son discours prononcé lors de cette réunion, a eu un ton ‘’ discourtois ‘’ à l’endroit de la junte qu’il a rappelée à ses responsabilités.
En affirmant que « les violations répétées des droits de l’homme ne resteront pas impunies ». De quoi rassurer les Forces vives et leurs militants, devenus depuis un certain temps la cible d’éléments incontrôlés de l’armée. Qui se paient sur la bête, en procédant à des descentes musclées dans les zones qu’ils considèrent comme hostiles au pouvoir en place.
D’ailleurs la traque de Aboubacar Toumba Diakité ouvre la porte à toutes sortes d’exactions de la part des hommes en uniforme. Mais cela peut-il suffire à lui seul comme argument pour déployer un contingent de casques blancs en Guinée ? La question divise aujourd’hui les Guinéens. Et ceux qui trouvent qu’une telle démarche pourrait faire plus de mal que de bien sont sur le point de l’emporter dans la balance. Car, selon cette tendance qui réfute l’idée de voir arriver des soldats de la paix dans notre pays, cela pourrait affecter davantage l’équilibre fragile de la Guinée.
Sans oublier que les casques blancs s’illustrent parfois par des comportements qui jurent avec leur mission. Comme en Côte d’Ivoire où des Bangladais de l’ONUCI sont accusés d’avoir commis des viols sur des mineures dans la région de Bouaké, fief des Forces nouvelles. Dans ce même registre, les mémoires sont encore fraîches par rapport à ce que certains soldats guinéens et nigérians ont fait au Liberia et en Sierra Leone, lors de la guerre civile qui a déchiré ces pays de la sous région, dans les années 90.
Ces militaires qui avaient été déployés sous la bannière de l’ECOMOG avaient fait main basse sur les biens des pauvres populations de Freetown et Monrovia. Et les bateaux qui faisaient à l’époque la navette entre Conakry et ces villes étaient toujours bondés de réfrigérateurs, de climatiseurs, de téléviseurs et autres biens durables. Ce butin de ‘’ guerre ‘’ servait ainsi à alimenter la tirelire de ces soldats peu enclins au respect des droits humains.
Encore que le Liberia et la Sierra Leone étaient vraiment des Etats en guerre, alors que la Guinée n’est qu’un pays qui souffre de son corps malade qui est son armée. Mohamed Ibn Chambas devrait donc laisser le soin au médiateur de la crise guinéenne, le président Blaise Compaoré, de poursuivre sa mission.
Celui-ci n’ayant encore pas évoqué l’opportunité d’envoyer une mission de paix en Guinée. Du moins publiquement.
Amara Moro Camara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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