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Les Guinéens de New York, de New Jersey et de Connecticut étaient en conclave encore ce mercredi 5 mai 2010 dans la salle de conférence de l’Ambassade, sous la présidence du Consul, Almamy Babara Touré, pour trouver une issue au double bras de fer qui oppose d’une part la commission de rédaction du statut au Bureau Sortant, et d’autre part les tenants du suffrage universel direct aux partisans du suffrage indirect. Mais rien n’en a été. Ce fut une véritable toxicomanie ou la marche du crabe : un pas en avant deux pas en arrière.
Pourtant tout le monde pensait que cette dernière réunion pouvait mettre fin à ces tiraillements qui n’ont fait que s’aggraver depuis l’élargissement du Président de la GUICA qui n’attend plus laisser la Commission de rédaction usurper la place du Bureau Sortant.
C’est dans ce climat de méfiance que M. Babara, après avoir remercié tous ceux qui ont fait le déplacement et transmis les meilleures pensées de Son Excellence M. l’Ambassadeur, Représentant Permanent auprès des Nations Unies, Ibrahima Sory Sow à toute l’assistance, a ouvert les débats.
Le Consul rappellera que le Bureau Exécutif de la GUICA avait souhaité que le nombre des statutaires de cette réunion soit limité aux 5 représentants par association régionale, 5 représentants de la Commission de rédaction du statut et 3 représentantes des femmes.
A l’ordre du jour, il n’y avait que deux principaux points à débattre : la fixation de la date de l’élection et les modalités.
Sans tarder, le Consul s’attaquera au vif du sujet à savoir la question de renouvellement du Bureau de la communauté. « Nous sommes ici ce soir pour les préparatifs du renouvellement du Bureau. La semaine dernière nous avons tout dit. Chaque représentant a eu la chance de s’exprimer et à la fin nous nous étions mis d’accord que le travail qui a été fait par la Commission n’était pas un travail à rejeter mais plutôt à l’amender et que sous la responsabilité du Bureau nous allons maintenant partir à l’élection. Aujourd’hui il est question de voir les modalités d’organisation de cette élection et trouver les solutions qui nous permettront d’avancer. Je prie chacun de dépassionner les débats et faire des propositions concrètes». C’est sur ces termes que le Consul passera la parole au Président de la Communauté Guinéenne.
Amadou Sara, remonté contre les indésirables dans la salle, précise qu’on n’attendait que les représentants des quatre régions naturelles. Ce n’était pas une réunion élargie à tout le monde. « A partir d’aujourd’hui, le Bureau décide de ne travailler qu’avec les représentants des régions pour mettre en place un nouveau bureau ». Pire. Le Président de la GUICA dénoncera l’attitude de la commission de ne jamais vouloir coopérer avec le Bureau.
Au Secrétaire Général du Bureau, Cheik Doumbouya, d’enfoncer le clou. Pour lui, la Commission doit être exclue des débats devant aboutir à la mise en place du nouveau Bureau. « Cependant, nous remercions la commission pour son travail. Désormais c’est au Bureau de conduire l’élection et non une commission sans mandat, de surcroît illégitime », conclura-t-il.
De cette déclaration, il fallait comprendre que la Commission dont le travail a été apprécié par tout le monde n’est plus en odeur de sainteté auprès du Bureau sortant.
Et pour réagir à cette position, le Président de la Commission Demba Cissé dira ceci : «Nous remercions tous ceux qui sont ici présents. Nous saluons l’intelligence d’Amadou Sara d’avoir invité les femmes à ce débat. Cette retrouvaille est une victoire de la communauté guinéenne. Nous sommes réunis aujourd’hui pour deux objectifs seulement : fixer la date de l’élection et adopter les modalités. C’est pourquoi, pour le respect de la communauté guinéenne, nous devons commencer le travail et mettre en place le nouveau bureau le plus tôt que possible».
S’agissant de l’accusation qui consiste à dire que la Commission de rédaction n’a envoyé aucune copie du statut au Bureau sortant, Mohamed Diallo confirmera que le vice-président de la GUICA, M. Billy Nankouman Kéita et d’autres membres ont bel et bien reçu des copies.
Avant de passer la parole aux représentants des régions, le Consul précisera qu’aujourd’hui il y a une date à fixer et une commission différente de celle de la rédaction à mettre en place sous la direction du Bureau sortant, pour se pencher sur les modalités et les conditions d’élection. « Lorsque la Commission de rédaction a commencé son travail, j’ai toujours dit d’aller vers le Bureau sortant. Même si son mandat est fini depuis très longtemps, mais c’est toujours ce Bureau que nous avons en place. C’est ce Bureau qui a la légitimité et donc qui peut organiser l’élection légitime. Si j’ai bonne mémoire, la Commission avait accepté de travailler ensemble avec le Bureau pour que nous allions vers cette élection », ajoutera-t-il.
Après cette mise au point du Consul, le représentant de la Haute Guinée, Dr Ibrahima Magassouba qui a pris tout le temps qu’il fallait pour passer au peigne fin le Statut ficelé par la Commission de rédaction, félicitera ceux qui l’ont rédigé, relèvera des incohérences et proposera beaucoup d’amendements qui feront l’objet d’études ultérieures d’une autre commission qui sera formée par le Bureau sortant. Dr. Magassouba égrènera une dizaine d’articles qui doivent être retouchés. Entre autres incohérences, il reprochera au document proposé par la Commission de rédaction, le fait qu’à la lecture, il donne l’impression qu’il s’agit d’une nouvelle organisation, alors qu’il s’agit de l’amendement du statut d’une organisation qui existait déjà et reconnue conformément aux critères d’incorporation de l’Etat de New York et du Gouvernement fédéral. « En principe, tout rajout ou toute diminution d’une partie du premier statut avec lequel l’organisation a été incorporée doit faire l’objet d’un amendement en accord avec les dispositions en vigueur dans les lois de l’Etat de New York et de celles de l’Etat fédéral », martèlera Dr. Magas.
Pour terminer, il éclaircira la position de la Haute Guinée en proposant la création d’un congrès composé par la représentation des quatre régions naturelles au nombre de 15 personnes par région pour un total de 60, ajouté du nombre impair des membres du Bureau Exécutif assigné à 19 dans le document. Ces 79 membres seront suffisants pour élire le Bureau Exécutif et le Comité de Suivi.
C’est dans le même ordre d’idée qu’interviendront le Doyen Mohamed Baro et Moro Diakité pour non seulement renforcer cette proposition de la Haute Guinée qui consiste à faire élire le Bureau par un suffrage indirect, c’est-à-dire par les représentants des quatre régions naturelles, mais aussi proposer la création d’une nouvelle commission qui sera composée de l’ancienne Commission de rédaction du statut, de Dr. Ibrahima Magassouba et tous ceux qui sont compétents en la matière.
La même position sera réitérée par la représentante de la Basse Guinée. Hadja Sira Touré informera l’assistance que c’est la Basse Guinée qui a été l’initiatrice de la création de ce congrès composé de 5 représentants par région pour l’élection du futur Bureau Exécutif. Pour Hadja, le président du bureau doit être entouré de trois vice-présidents issus des trois autres régions naturelles.
La Moyenne Guinée par la voie de Baba Amadou Barry, proposera la mise place d’une commission qui sera composée de 3 représentants de chaque région naturelle, une femme par région naturelle, 3 représentants de la commission de rédaction, ce qui fera au total 19 personnes qui se pencheront sur les deux statuts et présenteront un nouveau document sur la base duquel l’élection sera organisée au suffrage universel direct.
«Nous n’accepterons jamais que cette communauté se fissure». C’est par cette phrase que le sage Ibrahima Boké Barry commencera son intervention pour appuyer la position de la Moyenne Guinée. Aussi demandera-t-il au Président Amadou Sara de fixer une date d’élection et de choisir Dr. Ibrahima Magassouba comme président de la nouvelle commission qui sera créée pour les amendements du nouveau statut.
Au nom de la Guinée Forestière, Fernand Loua dira ceci : « Nous sommes entrain de partir de charybde en scylla. Aucun progrès depuis que nous avons commencé les discussions. Or, le but de cette réunion est on ne peut plus clair : la fixation de la date d’élection et les modalités ». La forêt souhaiterait la formation d’un bureau hétérogène où tout le monde se reconnaîtrait. Autant dire que la forêt n’acceptera jamais que la communauté soit dirigée par les personnes de la même région. « Si le bureau n’est pas représentatif, la forêt ne fera pas partie », ajoutera-t-il.
Beaucoup d’autres intervenants seront écoutés. Deux tendances se sont dégagées :
La Haute Guinée, la Basse Guinée et la Guinée Forestière souhaitent la formation d’un bureau représentatif ;
La Moyenne Guinée quant à elle, exige l’élection du bureau au suffrage universel direct.
Au final, le Consul demandera à Amadou Sara de donner une date d’élection séance tenante. C’est ainsi que Sara se retirera de la salle avec un représentant de chaque région pour trouver la date du 1er août 2010 pour l’élection du bureau. M. Babara Touré soumettra cette date au vote, les membres de la Commission de rédaction du statut s’abstiendront parce qu’ils n’ont pas été associés au groupe restreint qui a choisi cette date.
Il n’en fallait pas plus pour provoquer le courroux de notre cher Consul qui a longtemps pu garder ses nerfs dans un pot d’acier. « Débrouillez-vous à régler votre problème, je m’en lave les mains », dira-t-il sous le coup de la colère avant de lever la séance dans une cacophonie indescriptible.
Désormais, il incombe au Bureau Exécutif de prendre ses responsabilités. Créer une nouvelle commission qui va apporter des amendements au statut rédigé par les «révolutionnaires» et conduire la communauté guinéenne à l’élection à la date du 1er août 2010 choisie par les représentants des quatre régions naturelles. C’est en cela seulement qu’Amadou Sara Diallo et ses collègues auront leur salut.
La grande inconnue reste l’attitude que vont adopter les artificiers de la Commission de rédaction.
A suivre…
Un reportage de Bangaly Condé « Malbanga »
www.guineeactu.com
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