mercredi 25 février 2009
Fin de course pour les barons du narcotrafic ?
Thierno Fodé Sow

Ils jouiraient tacitement de la protection d’une certaine autorité tapie dans l’Administration publique et/ou militaire. Ils vivaient dans une opulence fort singulière et roulaient inexorablement, dans de rutilants 4x4. Ils avaient vraiment pignon sur rue dans les milieux huppés de la capitale, peut-être même, au-delà des frontières guinéennes.   
Ils, ce sont les narcotrafiquants, et tout ce qui y ressemblent.

Actuellement, la nébuleuse est en train d’être décryptée au grand soulagement de la population. Laquelle s’attend beaucoup à la suite donnée à cette démarche menée tambour battant par le chef de la junte, Capitaine Dadis Camara, érigé par ailleurs, en un véritable acteur du show télévisé, accordant ainsi du coup, au pauvre petit écran guinéen, une grande audience.

En auditionnant publiquement certains présumés coupables et en faisant arrêter d’autres présomptifs, le président autoproclamé gagne davantage de l’affection auprès de la majorité. Seulement, au vu de la procédure, il sied de la mener avec beaucoup plus de professionnalisme : les structures judiciaires sont faites pour cela. L’objectif consistera à pallier à tous reproches censés assimiler la poursuite, l’interpellation ou l’audition des présumés coupables à un règlement de comptes tacite ou avoué. 

Mais si l’on tient compte du drame commis par les uns et les autres, avec la complicité réelle de certains dignitaires de l’ancien régime, la junte risque de se faire du mal.

Après tout, elles sont connues de tous, sinon presque, ces chevilles ouvrières du narcotrafic, qui ont transformé la Guinée en plaque tournante du trafic de la drogue de toutes sortes. Une mauvaise et honteuse étiquette qui franchit largement l’Atlantique.

A y voir clair dans la nébuleuse, Ousmane Conté et les siens ne sont que la partie immergée de l’Iceberg. Le chef de la junte en est conscient : « C’est pourquoi, je déclare que la plupart des fils des généraux à la retraite, sont dans la drogue. Ou encore les hauts fonctionnaires de la Police. Et peut-être même, des anciens ministres. Tous seront dépistés. Ils nous diront comment ils ont fait des châteaux. Comment ils ont fait pour construire des hôtels », témoigne Moussa Dadis Camara, lors de son show télévisé du lundi dernier. Avant d’ajouter : « Moi je connais tout, car depuis longtemps dans les rouages, j’ai beaucoup observé. Et puisque je connais beaucoup de choses, on voulait à un moment donné m’abattre. J’étais devenu encombrant, il était question de m’abattre. »

 Les canailles de la drogue étant donc connues, en principe, si ce n’est pas juste encenser l’opinion, le prochain tour ne devrait donc pas tarder. Et de gros poissons devraient être capturés.

S’il est question alors de ratisser large, certainement, on aura plus de place dans les déjà lugubres et restreintes prisons, pour abriter tous les coupables. Tant et si bien que le mal avait gagné le pays, dorénavant devenu le carrefour et le terreau international du narcotrafic.

Les présumés auteurs, acteurs et complices de cette souillure sans précédent ont joué leur partition. On évoque même leur implication dans la pornographie des mineurs. Mais ceci est une autre histoire.

Pour le cas précis du fils du président défunt, Ousmane Conté, des sources indiquent que ce nom a été cité une première fois, en 2005, lors de l’interception en Guinée-Bissau, d’un avion avec, à son bord, de grosses sommes d’argent liées à la drogue. Une affaire qui confirmera, selon une station étrangère, les liens étroits entre la Guinée Conakry et la Guinée-Bissau. Deux pays qui sont, pour les cartels latino-américains, d'importants points de stockage et de redistribution de la coke vers l'Europe.

L’année dernière déjà, le département d’Etat américain, évoquait, dans son rapport sur les stupéfiants dans le monde, des informations selon lesquelles, en Guinée, « des membres de la famille de hauts responsables gouvernementaux étaient impliqués et facilitaient la distribution de stupéfiants ou le blanchiment d’argent de la drogue. »

Cette appréhension donne déjà des pistes à la junte, afin d’approfondir les enquêtes. Lesquelles ne devant pas prendre du temps, puisque les présumés coupables étant connus. 

Des questions restent cependant posée : à quand, la poursuite de ceux qui ont tiré sur la population en janvier et février 2007 ? A quand la poursuite de ceux qui ont tiré sur les élèves à l’intérieur du pays ? Quand pourra-t-on circuler librement à Conakry et à l’intérieur du pays, sans être tué ou dépouillé ? Quels sont ces hommes en uniformes qui attaquent les magasins et pillent les commerces ? D’où viennent ces uniformes et ces armes ? Pourquoi tant de barrages d’arnaques sur les routes intérieures ?

Ces préoccupations peuvent aller de paire avec l’opération en cours, c’est-à-dire la lutte contre le trafic de la drogue, qui paraît moins importante aux yeux de certains, par rapport aux multiples massacres commis.


Thierno Fodé SOW
Rédacteur en Chef de 
www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Alpha, jeudi 26 février 2009
Merci pour cet article M. SOW mais comme l`a si bien dit A.S il faudrait suivre les étapes pas à pas sinon on risquera faire des ratés dans le programme envisagé par le CNDD. Seulement prions Dieu qu`Il nous aide à ce que lumière soit bien faite.
A.S, mercredi 25 février 2009
Tu as bien parle mais vers la fin tu es un peu presse. Allons pas a pas.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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