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Les 15 et 16 août 2008, la capitale belge a abrité la rencontre internationale fulfuldé sur l’initiative de la section Tabital Pulaaku de Belgique (TPB). C’est très tôt le matin du 15 août que les femmes drapées des plus belles couleurs tropicales faites de leppi (tissus teints à l’indigo), Wax hollandais, Bazin, Baye Fall et magnifiquement coiffées se sont jointes aux hommes enveloppés dans leurs boubous amples et amidonnés, Lâfa (bonnet brodé à la main) sur la tête, babouches aux pieds pour se diriger vers la salle de conférence. Les passants n’ont pas tardé à comprendre que les fulbé du monde entier s’étaient donnés rendez-vous à Bruxelles. Il n’y a pas une seule partie du globe qui n’ait été représentée par les membres, amis et sympathisants de Tabital-Pulaaku. Plus d’une quinzaine de pays ont répondu à l’appel : Burkina-Faso, Cameroun, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad. J’en oublie. Les sections Haal-Pular d’Europe : Allemagne, Espagne, France, Pays- Bas, Italie, Suisse, Portugal etc. n’ont pas voulu se faire conter l’événement. Etaient également présentes les sections d’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) et celles d’Asie. La Chine et le Japon ayant envoyé des messages de soutien ont promis d’être présents aux prochaines du genre. Bref, des contreforts du Fouta-Djallon aux falaises de Bandiagara ; du Waalo (Sénégal) en passant par le Bambouk jusqu’au au Lac Tchad ; de l’Adamaoua à la vallée du Nil, de l’Atlantique au Zambèze ; du Sahel sec aux steppes glaciales ; des bords du Pacifique à l’Oural, les hommes et les femmes qui, naguère, trottaient derrière leur troupeau ont convergé vers cœur de l’Europe. Le but : se rassembler, discuter, analyser et décider dans un cadre apolitique des voies et des moyens de revaloriser leur langue et leur culture. Naturellement, plusieurs personnalités du monde culturel, scientifique, associatif, syndical, politique, d’organisations non-gouvernementales (ONG) étaient à Bruxelles et côtoyaient la jeunesse, les sages et autres anonymes. Le Parrain du festival, M. Macky Sall, Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal, n’ayant pu se déplacer, était représenté par une forte délégation qui a transmis le message de soutien de leur mandant. Le Chargé d’Affaires de l’Ambassade du Sénégal a fait part des vœux de réussite que lui a confiés Maître Abdoulaye Wade, Président de la République. Le GAMES (Groupe de femmes pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles) qui lutte pour les droits des femmes en Afrique et dans le monde tout comme d’autres associations était également présent. Donc, il y avait à Bruxelles toutes les catégories socioprofessionnelles d’origine fulbé : cadres ou intellectuels, ouvriers et artistes étaient venus de partout pour signifier leur attachement au Pulaaku : manière d’être et de se comporter vis-à-vis de soi et des autres. C’est dans une salle comble que la cérémonie a débuté. C’est à 10h que M. Alpha Amadou Diallo, Président de Tabital Pulaarku International (TPI) - abréviation à ne pas confondre avec l’autre TPI - a déclaré l’ouverture officielle du festival. La parole reviendra à M. Ibrahima Timbo Bah, Président de Tabital Pulaaku de Belgique qui adressera les souhaits de bienvenue aux participants. Il a émis, en son nom personnel et au nom de toute la communauté Haal-pulaar de Belgique, les vœux de réussite au festival. Il a insisté sur la portée de l’événement et n’a pas oublié de remercier la représentante du bourgmestre de sa commune. Justement, cette dernière fera part à l’assemblée de l’honneur et de la fierté que sa ville tire de la tenue d’une telle manifestation. A son tour, le Présidents de Tabital-Pulaaku Europe (TPE), M. Tidiane M’Ballo remerciera la communauté Haal-Pulaar de Belgique pour l’accueil et l’organisation des journées fulfuldé. Il relatera l’histoire de Tabital en insistant à la fois sur les acquis et les faiblesses de l’organisation. Dans son allocution, M. Alpha Amadou Diallo, auquel il reviendra de faire la synthèse des différentes interventions, exhortera l’ensemble des Haal-Pulaar à l’unité, la concorde et à l’ouverture aux autres. Il va également remercier la section Belgique de Tabital pour son organisation et son engagement. Un acte d’autant plus mérité que la capitale de l’Europe abrite, pour la deuxième année consécutive, une telle rencontre. Les discours officiels ont laissé la place aux différentes conférences qui commenceront après le repas où couscous au lait et au beurre rivalise avec d’autres plats non moins succulents. Les conférences étaient axées sur trois thèmes qui ont été traités par des spécialistes ou des acteurs du monde associatifs et culturels. La première conférence portant sur « Langue, culture et développement » a été animée par le Dr Issa Diallo. Dans une parfaite maîtrise de son sujet, l’intervenant a posé la problématique de l’Harmonisation de la langue peule et montré les avantages qui s’y attachent. La question d’adoption de l’alphabet arabe, Adjani ou latin a été au centre des débats. La majorité s’est faite autour du latin déjà fort usité dans différents pays. Ce choix, a-t-on souligné, n’exclut pas de nouvelles orientations dans le futur. La condition de la femme peule et africaine en général, qu’elle réside à l’étranger ou qu’elle vive au pays (comme on dit) a été abordée dans « Femmes et Sociétés en mutation. La conférencière, Mme Hindou Oumarou Brahim, Coordinatrice de l’Association des Femmes Peules Autochtones du Tchad (AFPAT) a magistralement montré le rôle des femmes dans le processus de développement de la société peule en insistant sur la dimension-genre. La tchadienne a soulevé les questions d’égalité, d’injustice, d’équité, bref du statut de la femme dans la société peule pastorale et moderne. Elle a indiqué que la femme est le pilier sur lequel l’homme doit s’appuyer. Elle est la lanterne qui éclaire la marche de toute société, a-t-elle renchéri sous une salve d’applaudissements. La troisième conférence « Diaspora Peul et Co-développement » a été animée par le Dr Hamett Watt. Le conférencier a brillamment traité des questions de Migrations et Développement et montré comment rendre dynamique la diaspora peule dans un contexte de mondialisation. La stratégie de fundraising comme l’appellent les américains semble la mieux appropriée pour la communauté fulfuldé a-t-il indiqué. La protection de l’environnement et les enjeux qui s’y rattachent ont été analysés par ce spécialiste d’une institution américaine de Recherche de la Météorologie et de l’Environnement. Ce dernier aspect à particulièrement retenu l’attention. Faut-il rappeler que les peuls sont avant tout des pasteurs et qu’ils sont concernés au premier degré par les variations climatiques. La première journée a pris fin après cette série de conférences et débats. A suivre, la deuxième partie consacrée aux ateliers et aux recommandations. Lamarana Petty Diallo, Rapporteur de Commission pour www.guineeactu.com
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