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L’histoire de la Guinée qui m’a été contée par les plus vieux et qui m’a été enseignée dans nos écoles aussi a révélé que la femme guinéenne a toujours été aux côtés de ses frères pour la lutte de libération nationale. Cette implication des femmes a eu lieu pendant les plus durs moments de la colonisation qu’a connue la Guinée et également lors de la phase ultime de la lutte ayant suivi la fin de la deuxième guerre mondiale. Le parcours de la Guinée pour son indépendance et son développement est ponctué par les apports précieux des femmes. Que naisse l’idée d’avoir plus de femmes dans le mouvement politique et la gestion des grandes institutions de notre pays me semble tout à fait dans la logique des choses. A mon humble avis, la femme guinéenne peut tout à fait réclamer une femme présidente pour son pays et j’ose croire que nos hommes ne peuvent s’opposer à cela sous aucun prétexte parce que tout simplement nous sommes aussi capables qu’eux si nous ne sommes pas d’ailleurs les meilleures. Tout le monde en convient, même si notre niveau de développement est ce qu’il est, que nous ne sommes plus à l’âge de la pierre taillée ou de la féodalité. Les temps ont changé en évoluant. Le rôle des femmes ne doit pas se réduire à danser quand: · une ville ou un quartier bénéficie d’une fontaine publique ou d’une route, · des hôtes de marque arrivent dans la région, · leur leader politique a remporté les élections. De nos jours, on parle d’équité et d’égalité qui ne peuvent être obtenues que si les individus, hommes ou femmes, peuvent exercer les fonctions sociales et politiques de leur choix et qui correspondent à leurs talents. Un regard porté sur le monde moderne d’aujourd’hui nous apprend que les Nations qui mettent à profit les potentialités de leurs populations sans aucune discrimination sont celles qui occupent les premières places dans le développement. Elles sont les Nations les plus prisées qui suscitent toutes les tentations entraînant l’exode de nos jeunes, le plus souvent au risque de leur vie. Il est important que les mentalités changent à l’égard des femmes et c’est là que je soutiens l’idée de Dr Adama Raby Youla quand elle parle de changement de mentalités féodales et de l’éradication des idées fondamentalistes et rétrogrades concernant les femmes. Plusieurs personnes auront tendance à dire que les mentalités ne sont pas encore prêtes, que la Guinée n’est pas encore suffisamment mûre pour accepter une femme présidente ou occupant des hautes fonctions politiques dans notre pays. A ces personnes je rétorquerais tout simplement que c’est dans la même Guinée qu’un syndicat, entre autre dirigé par une femme, a réussi à mobiliser toute une population. C’est dans cette même Guinée que des jeunes, pour la plupart de moins de vingt ans, ont tenu par la force d’un idéal à braver tout ce que la Guinée a de force de répression conservatrice et rétrograde. Devrait-on continuer à attendre que les esprits mûrissent ou devrait-on profiter des temps qui changent pour faire évoluer les mentalités ? Il est certes vrai que la construction et le changement social se font dans un environnement social propice. Mais l’histoire nous montre clairement que c’est par le combat qu’il faut aussi créer les environnements favorables. Le mouvement pour une contribution effective des femmes est possible. Il faut compter sur les femmes, sur nos grands intellectuels ou grands instruits qui vivent en Guinée et aux quatre coins du monde pour rendre ce mouvement possible. Pour ma part, j’y crois, comme toutes mes sœurs qui se sont déjà exprimées sur la question. En tant que femme et citoyenne Guinéenne, je suis tout à fait prête à m’engager avec toutes les femmes de bonne volonté qui désirent apporter leur modeste contribution pour l’émancipation de la femme guinéenne pour un véritable changement démocratique. Me concernant je n’ai aucune ambition d’occuper un poste de responsabilité en Guinée, mais je n’hésiterai à aucun moment de soutenir une femme pour la députation ou les présidentielles en souhaitant qu’elle ait un bon programme de société profitable à tous les Guinéens, sans distinction de sexe, de religion et de classe sociale. Braves femmes de Guinée, réclamons beaucoup de femmes députées et préparons nous pour les présidentielles parce que tout simplement c’est notre droit et soyez en sûres que nous pouvons réussir si nous nous organisons dès maintenant. J’ai toujours dit que la lutte de la femme guinéenne n’est pas une lutte pour arracher aux hommes leur place d’homme et le rôle social qui est le leur. C’est plutôt un combat pour que nous retrouvions notre place dans tous les domaines de la société, pour continuer à apporter notre contribution au développement de notre pays et à la mise place d’un état de droit et de justice pour tous. Il importe de lutter contre la mauvaise gestion des biens publiques et cela nos hommes doivent le comprendre et l’accepter. La femme moderne ou rurale doit conquérir sa place de façon à ne pas se laisser intimider par des idées dépassées qui la mettent toujours au second plan en lui faisant avaler n’importe quoi. Mes chers compatriotes, nous devons relever le défi par une bonne représentation à l’Assemblée en vue de défendre notre cause, qui est une cause juste et noble, afin que la femme guinéenne puisse enfin connaître le bonheur à l’image des autres femmes du monde. Vive les femmes de Guinée dans une Guinée libre unie et prospère. Madina Barry Kouyaté, Dakar
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