mardi 26 mai 2009
Femmes de Guinée : Caisse de résonnance ou bétail électoral !!
Adama Rabi Youla-Baldé

ELIRE LES FEMMES GUINEENNES ET NON S'EN SERVIR UNIQUEMENT POUR LA MAMAYA OU COMME CAISSE DE RESONNANCE : FEMMES DE GUINEE REVEILLEONS-NOUS !

Les élections en Guinée approchent à grands pas. L’heure est venue de montrer et démontrer la bonne volonté des autorités politiques et gouvernementales en ce qui concerne la promotion et l’émancipation des femmes en politique ainsi qu’à l’accès aux positions stratégiques. Les femmes représentent avant tout près de 52% de la population. 

Je voudrais conscientiser mes compatriotes et faire un petit rappel du cursus politique sur les femmes depuis l'avènement de la 1ère république à nos jours. Surement, ce bref rappel ne sera pas exhaustif, mais tout de même important pour certains faits marquants de l’histoire.

De la création du PDG en 1947 à l’arrivée de de Gaulle en Guinée pour le référendum en 1958, les femmes avaient été au 1er plan du mouvement. Mais leur rôle se limitait à. animer et amuser la galerie. Ce qui continua et continue de nos jours.

Depuis 58 donc, les gouvernements successifs se sont servis des femmes pour atteindre leurs buts.

Sous la 1ère république, M’Ballia Camara était devenue héroïne nationale suite à des démêlés avec le chef de canton David TONDON ‘qui ne soutenait pas les efforts du PDG. A l’image de l’histoire de Jeanne d’Arc en France, le PDG s’en était servi comme tremplin pour assoir et renforcer sa base.

Mafory Bangoura, Hadja Loffo Camara (torturée et assassinée sous la première République), Hadja Soba Keira, Hadja Mariama Sow de l’URFG (union révolutionnaire des femmes de Guinée), N’Fanly Kesso Bah de la Banque Centrale, Mme Sophie Maka URFG, Mme Jeanne Martin Cissé 1ère femme représentante de la Guinée au Conseil de Sécurité de l’ONU, Miriam Makéba durant sa présence en Guinée ont tour à tour servi la cause de la Révolution. Mme Binta Pountchoun Diallo 1ère femme pilote d’Afrique (pilote hélicoptère présidentiel d’Ahmed Sekou Touré), les amazones de Guinée (orchestre national des femmes conduisant les motards de la garde présidentielle) ont été souvent citées comme exemples de l’émancipation de la femme.

A côté de ces femmes , on peut également citer la contribution de certaines femmes cadres dans l’avancement de notre pays et qui sont restées ignorées pour la plupart, telles que Hadja Aminatou Caba Bah l’une des 1ères guinéennes diplômées de Sorbonne en France, professeur de géographie à l’Institut polytechnique, Mme Bah Aissatou Diallo vice rectrice l’Institut Polytechnique, ancienne professeure de Lansana Kouyaté , Cellou Dalein, Kabiné Komara ( nos ex- actuels premiers ministres),Mme Marie Aribot, Mme Sultan Mariama Traoré, Mme Bangoura de l’école de la corniche, Mme Adèle Hijazy place des martyrs, Mme Aicha Traoré(école de la sante) toutes ont été des directrices d’école et ont contribué à la formation de plusieurs cadres en Guinée et à l’étranger..

Souvenons-nous du mouvement des femmes du 27 aout 1977, il y a plus de 30 ans. Ce mouvement de soulèvement qui a fait ébranler le régime de l’époque forçant l’instauration des 1ers changements. Ce fut un acte courageux et spontané de la part des femmes.

A l’événement de la deuxième République, l’UFRG ainsi que la JRDA ont été supprimées. La 1ère femme à être nommée ministre fut Hadja Mariama Djélo Barry. Avec l’arrivée de Kadiatou Seth comme deuxième épouse, on constate la formation des clans de femmes gravitant autour des nombreuses épouses du chef de l’État,

Durant les élections communales Mme Kaba Rougui Barry fut élue Maire de Matam à cause de sa popularité assez grande dans cette commune.

Des femmes comme Feues Hadja Kouta Oularé, Hadja Bobo Amy de Sandervalia furent parmi les piliers de l’implantation du PUP pour ne citer que celles-ci.

Les femmes balayeuses des quartiers, les vendeuses de Boulbinet, les femmes de Sandervalia, ont également servi de « bétail électoral » pour le PUP. On les voyait dans les rues de Conakry avec des branches d’acacia dans les mains pour faire la Mamaya.

La Junte militaire actuellement au pouvoir semble utilise la même tactique.

Récemment on lisait que le gouverneur de Conakry s’était servi encore des groupes de femmes en première ligne, se servant de leur ignorance pour animer la mamaya à Conakry.

Dans chaque région naturelle, les femmes se sont illustrées par leur courage, leur bravoure.

En Basse- Guinée, il suffit de jeter un coup d’œil sur les femmes qui sont dehors à 6 heures du matin pour sécher le poisson, le fumer, travaillant dans des conditions dures, préparant le petit commerce du détail (tout en s’occupant de la famille) pour soutenir le budget familial voire l’économie du pays en général.

Du côté des femmes de la Guinée-Forestière qui exploitent l’huile de palme, le plantain, l’artisanat, le savon etc., les femmes teinturières de leppi, vendeuses de kossan, fermières dans les gorè du Fouta, les productrices de pomme de terre n’ont rien à prouver quant à leur contribution au développement socio-économique du pays.

Les commerçantes en Haute-Guinée, qui n’ont rien à envier aux Mamas Benz de Cotonou ou Lomé font non seulement bouillir la marmite pour subvenir aux besoins familiaux, mais aussi soutenir toutes les actions sociopolitique et économique de leur région...

 Toutes ces femmes, même si elles ne sont pas diplômées des grandes écoles ou universités et malgré leur niveau d’alphabétisation faible, ont été a la base de la réussite ou de la chute du pouvoir en place.

L’émancipation de la femme passe nécessairement par la scolarisation de la jeune fille. Il ya eu très peu d’investissement pour soutenir les PME, les ONG dirigées par les femmes. Les actions menées pour sortir la couche féminine de la dépendance économique restent très faibles.

Les données sont entrain de changer malgré tous ces obstacles. Contrairement à ce qui se passait il ya plus de 20 ans, les cadres guinéennes capables d’occuper les postes stratégiques et politiques sont de plus en plus nombreuses aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur .Ce qui ne peut donc constituer une raison valable pour empêcher les femmes d’accéder à certains postes stratégiques ou politiques.

Le fait de se servir uniquement et de les abandonner doit cesser. Il faudrait plutôt les entourer d’équipes compétentes, leur assurer une formation adéquate. La nomination d’une ou deux femmes ne signifie pas émancipation, malheureusement c’est le cas en Guinée.

Les législatives approchent à grands pas, la participation de la femme et des jeunes est au cœur du débat. Elle est jugée cruciale et constitue un enjeu démocratique. La démocratie est inconcevable sans une participation réelle des femmes.

Ce qui me ramène à dire que nous les femmes, nous demeurons la force vive du changement de notre pays. Il est venu le temps de nous organiser, nous unir pour bâtir un programme et faire valoir nos droits.

Pour finir, je félicite le mouvement des femmes qui a organisée sa rencontre ce samedi dernier, sur invitation de Mme Sanaba Coné, je vous ai adressée toutes les belles ondes positives en vous soutenant a 100%, je demeure avec vous malgré la distance.

BONNE FETE DES MERES A TOUTES LES FEMMES GUINEENNES ! LA LUTTE CONTINUE !

 

Dre Adama-Rabi Youla-Baldé, MD, Msc

Pour www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
DIALLO, vendredi 29 mai 2009
C`est une excellante reflexion pour le changement dans notre pays. L`égalité entre les hommes et les femmes est necessaire. Le système politique patriarcale est dépassé, mais votre union est fondamentale.
YOMBOUNO Marie José, mardi 26 mai 2009
Sincères félicitations, Pour votre engangement dans la lutte contre les inégalités de traitement entre les hommes et les femmes en l`illustrant par l`historique sociale des femmes guinéennes. pour réussir cette mission, il est important que nous soyons unis pour réfléchir entre femmes à nos projets et prouver notre capacité à concrétiser des ations utiles à tous et toutes.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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