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Agitateur un jour, donneur de leçons le lendemain : c’est l’image que Jean Marie Doré donne de sa personne. Après sa conférence de presse du 28 avril 2010, Jean Marie continue sur le rythme de la manipulation et du mensonge. D’entrée de jeu, il n’hésite pas à accuser les politiques dont il était le serviteur de l’ombre, dans le régime de Lansana Conté et de Dadis Camara. Il n’est un secret pour personne que c’est lui, en tant que porte-parole des Forces Vives, qui rendait compte au Président du CNDD de toutes les activités de celles-ci, comme il le faisait au temps de Lansana Conté et de Sékou Touré. Selon les témoignages de ses compagnons d’alors, Jean Marie a toujours joué à ce jeu de balançoire, espérant être dans les bonnes grâces des gouvernants en place, de l’indépendance à aujourd’hui.
On savait tout cela avant qu’il n’accède à sa fonction actuelle. Il est donc incompréhensible que les Forces Vives aient porté leur choix sur une personnalité comme lui pour diriger un gouvernement de transition, qui a tout l’air d’hypothéquer l’avenir radieux auquel tout le monde rêve en Guinée. On avait mal évalué les ambitions personnelles de Jean Marie, faites de voltefaces, de reniements de la parole donnée. Il était nommé pour mettre en place les conditions d’une sortie de crise en préparant des élections crédibles, qui permettent d’avancer et non de revenir à des situations déjà vécues. C’est dommage qu’après les derniers douloureux évènements du 28 septembre, malgré le nombre important de cadres intègres et compétents que nous avons, qui auraient pu conduire une bonne transition, on ait choisi Jean Marie Doré, Premier Ministre, qui peine encore à orienter son gouvernement dans le bon sens.
C’était mal connaître Jean Marie DORE que de lui faire confiance. Il est venu à la Primature avec l’idée de perdurer et de se servir aussi copieusement que possible de nos derniers publics. C’est évident. Car lorsqu’un journaliste lui demande, au cours de sa conférence de presse, la source du financement énorme des travaux de rénovation de sa maison, pris de court, il ne trouve pas mieux que de répondre qu’il touchait 18500 dollars en tant que fonctionnaire du BIT. Il oublie de nous dire que toutes ses économies se sont envolées depuis, après presque 30 ans de chômage et de mauvaise gestion d’une entreprise de transport à peine née. On aurait accepté une réponse comme celle-ci : « J’ai puisé cette somme dans le budget qui m’a été affecté » ; ou bien : « c’est une partie de la somme qui m’a été allouée pour améliorer mon standing ». On allait comprendre, mais pourquoi mentir ?
S’il a puisé dans ses fonds personnels, pourquoi attendre d’être à la primature pour effectuer des travaux de rénovation de sa maison ? Puisqu’il est chômeur riche, alors pourquoi continuait-il à toucher le salaire de ses 3 députés élus en 2002 à l’Assemblée nationale alors que son parti n’avait pas voulu y siéger ?
Mais l'art du mensonge politique est en effet « l'art de faire croire au peuple des faussetés salutaires, pour quelque bonne fin ». Jean Marie Doré profite donc, lui aussi, de la faiblesse du pouvoir de notre société en crise dont la plupart des « laisser pour compte » désespèrent toujours de voir le bout du tunnel. En effet, comme d’autres premiers ministres, Jean Marie cherche à « se remplir les poches, … se servir librement des biens de l’Etat, … exploiter le petit peuple affamé sans être inquiété tout en le massacrant à chaque fois qu’il tente de contester la légitimité du pouvoir, et rien de plus. » Voilà le cynisme et l’immoralisme qui caractérisent un bon nombre de politiciens dans nos Etats, la Guinée en particulier. Ce qui fait dire à certains que la politique, en son fond dans notre pays, est un tissu de mensonges et d’impostures au service d’intérêts sordides et d’une idéologie encore plus sordide.
Toutefois, faut-il se désintéresser de la politique ? Non évidemment ! Il faut plutôt analyser et dénoncer l’association mensonge et violence en politique, afin de parvenir à une redéfinition de la politique. Le mensonge et la violence sont devenus des instruments essentiels du politique sans foi, la raison d’être de la mauvaise politique. Machiavel fait si bien de souligner cette spécificité dans le Prince, lorsqu’il enseigne au prince comment conserver, garder le domaine qu’il a conquis ou dont il a hérité sans s’en trouver dépossédé. Ce petit traité est le livre de chevet de la plupart de nos dirigeants africains. Apprendre à manipuler, à user de la ruse pour avoir raison du petit peuple est ce qui définit la plupart de nos dirigeants qui n’ont parfois aucune légitimité populaire et des qualités morales requises à exercer un pouvoir politique.
Pour ce qui est de la situation actuelle, il est temps de penser déjà à remplacer Jean Marie à la tête du gouvernement de Transition, afin d’éviter un autre chaos à la Guinée. D’ailleurs, il ne devrait plus être Premier Ministre après le 27 juin, élections ou pas. Sa mission, prévue pour six mois, s’arrête à cette date. Nous devrions nous en tenir à cette date, car aucune prolongation n’est prévue par les Accords de Ouagadougou.
A cette date, si les élections ne sont pas organisées, il faudra faire appel à un autre chef de gouvernement pour assurer une éventuelle prolongation de la transition, et éviter à la Guinée une situation à l’ivoirienne. Nous devons nous rappeler cette parole d’Abraham Lincoln : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps ; on peut tromper le peuple une partie du temps. Mais on ne peut pas tromper le peuple tout le temps ». Le peuple de Guinée sait maintenant où se trouvent ses intérêts et il saura, le moment venu, choisir les hommes qu’il lui faut pour gouverner, en faisant la différence entre ses pilleurs d’hier et d’aujourd’hui, et ceux qui feront son bonheur demain très proche. Aidons-le à faire face à ses obligations, sans faux-fuyants.
Oumar BAH
www.guineeactu.com
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