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Depuis le décès de l’ancien Président Conté, la Guinée vit une période décisive de son histoire où, à tout moment, tout peut basculer. La situation est à nouveau ouverte et le pays a un ultime choix à faire entre la perpétuation suicidaire de la dictature et une vraie rupture pour une gestion démocratique et efficace de son destin.
Le meilleur est encore possible si l’on se fie aux déclarations d’intention du CNDD, sur le retour des militaires dans les casernes, après des élections démocratiques.
Mais le pire est à craindre, à la lumière des premiers actes posés par les nouveaux dirigeants, à commencer par sa propre composition, qui ne reflète pas toute la diversité du pays.
Citons également, la nomination, sans aucune concertation, de ministres, dont le premier d’entre eux, les persécutions naissantes de partis politiques et de citoyens et la valse des décisions et contre-décisions, dans le secteur minier et les carburants notamment.
Il appartient à tous les Guinéens, et principalement aux partis politiques, de prendre enfin en main leur destin.
En effet, les partis politiques ont une double partition à jouer, pour constituer l’aiguillon du CNDD, aux côtés de la société civile.
Tout d’abord, ils doivent être responsables, en montrant qu’ils peuvent travailler ensemble. La Guinée compte aujourd’hui une cinquantaine de partis politiques, dont un observateur célèbre disait, que les militants de certains d’entre eux peuvent tenir sur une moto.
En réalité, le nombre de partis politiques ayant une implantation nationale, se compte sur les doigts d’une main.
Aux partis politiques de constituer des alliances, pour réduire le nombre d’interlocuteurs face au CNDD. Dans cette perspective, nous pouvons nous retrouver en Guinée, avec deux coalitions, voire trois à la rigueur. Ce faisant, nous éviterons toute critique, fondée ou non, de connotation ethnique des partis politiques guinéens.
Avec 2 ou 3 coalitions bien structurées, les chances de transition démocratiques deviennent plus fortes. Elles pourront alors se concerter plus facilement entre elles et présenter un front uni face aux militaires. Elles rassureront tout le pays et éviteraient tout risque de dérive ethnique du pouvoir politique.
Cette fois, le hasard a bien fait les choses: aucune ethnie n’est majoritaire dans le pays. Toute coalition qui peut prétendre sérieusement au pouvoir, dans des élections démocratiques, est condamnée à ratisser dans les différentes régions du pays.
Souvenons-nous que l’ancien Président Conté avait, en son temps, proposé qu’il n’ y ait que 2 partis politiques en Guinée. Pour une fois, il avait vu juste. Qui sait ! si cela avait été avalisé par les acteurs politiques de l’époque, la situation du pays aurait été toute autre aujourd’hui.
Alors, aux partis politiques de se mettre immédiatement en ordre de bataille, pour apporter plus de lisibilité à l’avenir du pays, et conforter le camp de la faction des militaires sincèrement désireux d’une transition démocratique.
A cet égard, ils doivent contribuer, comme le propose d’ailleurs le Président du CNDD, à organiser très rapidement des élections législatives, vers le milieu de l’année 2009. Le pays pourra ainsi, pour la première fois, connaître le poids de chaque parti politique. Cela aidera au regroupement et à la recomposition du paysage politique guinéen à partir d’une photographie fidèle de la situation.
Incités objectivement à se réunifier, au risque de disparaître, les coalitions de partis construiront alors, des programmes cohérents et pragmatiques, aptes à constituer une relève crédible des militaires, le plus rapidement possible, c’est-à-dire le temps matériel d’organiser des élections transparentes à la fin de l’année 2009.
Cela est important pour démontrer au CNDD, que leurs objectifs sont bien pris en compte, et que la réalisation de certains d’entre eux est certes possible, mais seulement dans la durée.
En guise d’illustration, les militaires entendent lutter contre la corruption. Cet objectif louable est cependant hors d’atteinte dans les court et moyen termes. On peut certes marquer le changement en mettant immédiatement un terme à l’impunité face à la corruption. Il faut néanmoins savoir que l’éradication de la corruption suppose la relance de l’économie permettant l’instauration de salaires décents, faisant vivre dignement les fonctionnaires, et le développement des infrastructures économiques et sociales. Toutes choses qui peuvent être réalisées dans un horizon de 4 à 5 ans, par un pouvoir civil intègre et compétent.
L’organisation de la transition démocratique constitue à mon avis une tâche à plein temps pour le CNDD. Alourdir la barque n’est pas réaliste et ne ferait que retarder, voire compromettre la transition.
Si la Guinée veut résolument opter pour une transition dans les meilleurs délais, les partis politiques rassemblés, ont le devoir et le pouvoir d’être la force centrale de proposition et de dialogue.
Mahmoudou Barry pour www.guineeactu.com
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