lundi 18 février 2008
Faut-il déplacer Conakry ?
Tolomsö Camara

Pour imprimer le cinquantenaire de l’indépendance de leur pays, d’un cachet spécial, les Guinéens sont de plus en plus fertiles en imaginations. Des propositions aussi saugrenues qu’incongrues, réalistes ou non, surgissent ici et là, peuplent journellement notre quotidien. En ce temps de petites et grandes réflexions, il en est qui nous pendent au nez et nous barbent, supposées apporter remède à nos grands maux. Chacun veut participer, à sa manière, au gâteau d’anniversaire que nous devons confectionner. Et ce sont nos sens d’improvisation qui sont les plus sollicités. Ils viennent à l’appui de la volonté de chacun de s’investir dans cette étape de maturité de la vie d’une nation. On ne peut que se féliciter de ce dynamisme vivifiant de notre peuple, à gagner absolument le combat contre la misère et l’arbitraire. On cherche la nouveauté, par tous les moyens, pour effacer nos traumatismes et notre incapacité à entamer un véritable dialogue constructif.

De nos démarches à la recherche de l’originalité (peut-être !), il y a cette idée évoquée par quelques esprits avant-gardistes ou futuristes, non dénuée d’intentions voilées, de se doter d’une autre capitale administrative, à la dimension de nos ambitions de partage équitable, en la plaçant au centre du pays, on ne sait encore où exactement. Ou juste ailleurs qu’au bord des eaux océaniques de l’Atlantique, loin de ses senteurs iodées. L’idée n’est pas nouvelle, mais elle nous déplace vers le centre. Le Centre ! Qu’y a-t-il donc au centre et qu’est-ce qui en fait un milieu ? Les motifs, réels ou cachés, restent encore flous, de cette tendancieuse et ruineuse volonté, de plus en plus affichée, de transférer ailleurs le chef-lieu de la Guinée, à peine sorti de ses allures campagnardes et débarrassé de ses gangues rurales, mais déjà indexé du cercle fermé des villes en entonnoir. Chiche ! La proposition ne paraît pas la plus farfelue, mais elle est la plus préoccupante de nos fourmillements cognitifs. Elle est au cœur d’un débat en sourdine, qui nous invite à engloutir ce qui nous restera d’économie, après que chacun se sera servi copieusement.

Le sujet, assurément, ne manque pas d’intérêt. Déménager de Conakry ! entend-on dire ici et là, comme un aveu d’impuissance aux changements socioéconomiques et à l’évolution des mentalités qui tardent à faire de nous des Guinéens plus responsables de leur avenir. Comme s’il ne suffisait que d’accomplir ce geste d’émigrer ailleurs pour que le destin s’accomplît et que nos chimères devinssent réalité. Conakry, supputerait-on, exposé à tous les tsunamis marins et sociaux, à toutes les décadences ! Le charme désuet des quartiers d’une ville décalée de la modernité et du temps, laisse le touriste de marbre. On oubliera le temple, plus de prière que de présidence, à la façade architecturale douteuse, qui fait de l’ombre à la fière allure de la Cathédrale. Exit le bâtiment de béton monolithique, édifié à la hâte, du Ministère de l’Education nationale, et autre « Quinze étages » hérissé d’arbustes, déclinant de malfaçon et vacillant de son socle argileux ! Une autre Tour de Pise sous les tropiques, qu’on aurait intérêt à choir de sa hauteur et de son équilibre précaire. Fierté et curiosité d’antan ! Faire ainsi de Conakry flétri, une ville fantôme, réduite à un port d’attache quelconque, où il ne fera pas bon s’attarder, puis aller tout droit repeupler un no man’s land de paysage tracé au cordeau et à l’équerre.

Que reproche-t-on donc à Conakry, qui ne prendra pas racine ailleurs (par vice rédhibitoire) où on rêve de transférer l’ensemble de nos souverainetés et prérogatives ? Pour quelles visées, inavouables ou indicibles, s’aventurerait-on ensuite à installer, en pleine nature plus ou moins hostile, ce qu’on n’a point réussi d’infrastructures suffisantes à édifier solidement ici? Impensable d’imaginer abandonner les basses toitures de Kaloum, érigées à la dimension de leurs bâtisseurs, dont la stature et le maintien assurés devaient se situer en deçà de la taille hors norme de nos enfants et de certains d’entre nous. Un habitat qui oblige aujourd’hui les Conakrykas à se voûter pour prendre possession de leurs appartements. Que gagne-t-on vraiment à déplacer la capitale de quelques kilomètres, à l’intérieur du territoire ou à n’importe quel emplacement du littoral, à trouver de nouvelles marques un peu plus loin ? A créer ou s’approprier une autre localité, d’où ne ressortiront jamais les griefs déjà ressassés contre Conakry ? A y construire de nouveaux édifices, aux traits assurément futuristes, mais rébarbatifs et dépourvus d’âme ? Fuir Conakry et abdiquer face à l’adversité, oublier que c’est à l’être humain de soumettre la nature, son milieu, à ses besoins et non, à l’inverse, répondre à l’appel lénifiant des sirènes, sans coup férir.

Par quel phénomène, camper sur un site idyllique changerait-il nos modes de gestion de pots-de-vin, qui nous suivraient forcément dans notre pérégrination ? Socrate et Platon dans sa République, suivis d’autres utopistes, tels Aristote, saint Thomas More, y avaient déjà rêvé. Mais, on réussirait, me rétorquera-t-on, à faire du Guinéen un être uniquement de qualités. Et pourquoi irait-on plus loin que la banlieue, à l’architecture dépareillée, où il ne suffirait que de mettre fin au désordre d’implantation des villas en hauteur et des bunkers sur nos plages ? On ne ferait qu’accélérer l’exécution d’un vieux projet d’occupation du domaine de l’Etat par les services administratifs. Kaloum serait sauf. Mais, qui n’a point rêvé de faire de son village ou de sa ville une métropole : ce sont les désirs personnels qui guident souvent les grandes décisions et leur accomplissement.

Mais, à toutes ces questions existentielles, attendons tout de même d’être rassurés par de fermes arguments, indémontables de leurs bases, par des accords de consensus national vers lesquels il faudrait arriver, si nous nous acheminons vers l’oubli de Conakry et d’une partie importante de notre passé commun. Sauf si, pour éviter d’y répondre, il ne suffirait que de changer notre nature à improviser systématiquement et à imiter des choix d’autres mondes, sans discernement suffisant, à calquer ce qui a été pensé et conçu sous ces cieux, en fonction de besoins inhérents aux situations sur place.

Du reste, et si nos embrouilles actuelles ne dépendaient que d’un dysfonctionnement comportemental, purement circonstanciel et temporel ? Et si nous étions en train de fonctionner à rebrousse-poil ? Sûr au moins, qu’à cinquante ans d’âge de notre indépendance, l’heure devait être aux grandes et nobles décisions pour la Guinée et non aux tâtonnements. Mais quoi qu’il en soit, nous devons plus nous atteler à la reconversion de nos mentalités qu’aux choix sans intérêt. Nous n’avons à nous inscrire ni dans un statu quo démobilisateur de bonnes volontés ni dans un nihilisme qui nous détournerait de l’essentiel des maux que nous osons à peine aborder. Qu’importerait alors, dans un environnement sociopolitique sain, que les centres de décisions soient éclatés !

De l’avenir, le nôtre, dans notre quête de solutions sans résultats probants et immédiats, serions-nous si désemparés que cela, au point que nous n’aurions plus confiance en notre génie créateur et que nous serions, de désespoir survenu, tentés par tous les risques, même ceux qui seraient périlleux et suicidaires ? Or les faux-fuyants, la crainte d’endosser les responsabilités, la peur de lutter contre nos vieux démons, ne seront pas la panacée à nos difficultés.

Ressaisissons-nous et tordons le cou, une fois pour toutes, au moins pour longtemps, à la fatalité et à la morosité ambiantes, facteur et moteur de la plupart de nos importantes décisions. Osons enfin avancer, dans la symbiose et la solidarité, confiants en nous et aux projets raisonnables, afin que s’estompent nos courses aux illusions perdues. Allons en bataille rangée contre l’absence de rigueur et de méthode qui mine nos initiatives ! Ainsi parviendrons-nous à transformer Conakry et la Guinée entière en un havre de paix, débordant sur les pays limitrophes. Juste rançon de retour des choses !

Joyeux et bel anniversaire à la Guinée ! Buvons à sa santé et à la nôtre, solidairement ! 

Tolomsè CAMARA

Créteil, le 18 février 2008

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Vos commentaires
lansana Camara, mardi 19 février 2008
Je voudrais simplement dire à mon frere Camara que s`il n`a rien à faire, il peut se taire car le suijet qu`il nous donne a lire n`a aucune valeur informative et rien d`intéréssant pour nous autresz guinéens. Il sera plus intéréssant s`il nous proposait autre suijet d`analyse ou autre, s`il a vraiment les capacités requises. saluataion.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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