samedi 31 octobre 2009
Famille, appartenance ethnique et sentiment national !
Aboubacar Fofana

Tout Guinéen ayant une parcelle de fibre patriotique doit être préoccupé aujourd’hui par une menace qui risque de faire imploser la Guinée si l’on y prend garde, à savoir le fait ethnique. Il faut à tout prix éviter une « rwandisation de notre pays ».

En effet personne ne choisit de naître Peulh, Malinké, guerzé, Soussou, ou tout autre groupe ethnique. C’est le hasard qui organise la filiation des uns et des autres et ce phénomène se répète de parents à enfants et de génération en génération.

Comme le dit si bien l’adage, on ne choisit pas ses parents, eux non plus ne nous choisissent pas en tant que fils ou filles. Néanmoins nous sommes appelés à vivre ensemble en nous supportant à défaut de nous aimer.

L’individu, devant les vicissitudes de la vie courante, aura une tendance naturelle à se tourner vers les personnes qui lui sont les plus proches à savoir sa famille directe (père, mère, fratrie, cousins, voisinage immédiat, etc.) avant d’aller chercher de l’aide plus loin. Je veux dire qu’il se dirigera en priorité vers les gens en qui il a confiance et qui le rassurent.

Il est donc aisé de se rendre compte que la famille et par extension l’ethnie, le plus souvent, constituent des remparts contre ce qu’on estime comme une agression venant de l’extérieur.

Le véhicule de cette identité se trouve être la langue. Qui d’entre nous n’a pas été agréablement surpris d’entendre un jour dans un quelconque endroit du monde quelqu’un parler notre langue maternelle ? Subitement, cette personne devient notre « frère » parce que ayant en partage l’héritage commun qui est le langage.

Une nation se constitue par le sentiment d’appartenance qu’on en commun les individus qui la composent.

C’est une communauté de destin dans un espace géographique donné et avec une histoire commune. C’est un pays avec un supplément d’âme.

La nation a cette fonction globalisante de toutes les composantes particulières que sont les individus et les ethnies. C’est le contenant qui englobe toutes les particularités qui essaiment dans un espace donné.

L’ethnie constitue donc la matière première et qui associée à d’autres est capable de se révéler comme le génie créateur d’une valeur ajoutée, d’une richesse profitable à tous.

La diversité est dans la nature elle-même et constitue une richesse et non pas un handicap.

Par contre l’appartenance ethnique portée aux nues et sublimée peut se révéler un danger pour l’unité nationale, une base chimique instable et volatile prête à exploser au moindre choc.

C’est pour cela que chacun de nous devrait faire très attention aux actes posés à plus forte raison aux paroles qui peuvent se révéler plus dangereuses qu’on ne le pense.

Combattre l’ethnocentrisme peut et doit se faire à plusieurs niveaux : individuel, familial, partisan et gouvernemental.

Au niveau individuel, ce doit être une attitude, un comportement de tout instant qui privilégiera l’efficacité et mettra l’accent sur des relations personnelles débarrassées de tout à priori ou considération identitaire ethnique.

Dans une famille, et dans l’éducation des enfants qui seront les citoyens de demain, l’accent doit être mis sur des valeurs de solidarité intergénérationnelle et transversale, valeurs qui ne demeurent pas forcément au sein de la famille ou de l’ethnie. Tout enfant maitrisant plus d’une langue nationale s’enrichit.

Avec les mariages interethniques depuis quelques générations, il n’y a plus une seule famille qui pourrait se targuer d’homogénéité ethnique.

Les partis politiques dans leur rôle d’éveil des citoyens à la gestion des affaires de la cité ont un rôle de premier plan dans cette lutte.

En Guinée il leur a été reproché, surtout à leurs débuts, de s’être constitués sur des bases ethnocentriques ou régionales. Si tel était encore le cas, ils doivent tout mettre en œuvre pour élargir leur base militante pour en faire un creuset de cette unité et porter le combat au niveau des idées, des programmes et de leur vision de l’avenir du pays. Ils doivent jouer le rôle de vigie en ce domaine.

Au niveau de la gouvernance politique, l’éducation civique doit très tôt mettre le doigt sur les valeurs de rassemblement, de tolérance, de partage et d’héritage en commun.

L’ethnocentrisme apparait ainsi comme une aberration, un phénomène suranné qui ne doit plus avoir droit de cité. Nous tendons vers la civilisation de l’universel chère au Président poète Léopold Sédar Senghor

Dans quelle catégorie ethnique se classeraient un citoyen issu d’un mariage Peulh-Soussou ?

Méfiez vous donc de tous ceux qui veulent nous mener à notre perte avec des considérations ethnocentriques ou confessionnelles érigées en système de gouvernance politique et sociale.

Nos différences doivent nous enrichir et non pas le contraire.


Paris le 30 octobre 2009

Aboubacar Fofana
Economiste
Président du Club DLG


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Habib Diallo, vendredi 6 novembre 2009
Kéoulemba et tous ceux de ton genre, je répète que vous avez urgemment besoin d’une éducation civique. Après que tu ais affirmé la création des « Rounnde » au Foutah, tu dis maintenant que tu ne faisais que demander une question. En plus, tu reviens avec un autre mensonge concernant « immoler un bélier ». Tu es de l’espèce de Sékou Touré, pour qui seul le désir de vengeance pour vos encetres compte. Si tu voulais vraiment apporter quelque chose de positif au débat concernant le plus gros problème de la Guinée qui est « le débat ethnique» pourquoi y apporter des mensonges ou des « on dit »? En fait, malgré que Saifoulaye Diallo et d’autres Peulhs aient tout accepté de Sékou, celui-ci ne s’est jamais senti satisfait avec eux. Au lieu de regarder ceux-ci et essayer de construire la Nation avec leur appui – toutes ethnies confondues avaient voté pour Sékou en 1958 – il s’est acharné contre les Peulhs au point qu’il a même détruit la bourgeoisie et l’intelligentsia malinké. Moi, Je n’ai pu lire « l’enfant Noir » de Camara Laye que lorsque j’ai visite la Cote d’Ivoire en clandestinité en 1980. Que les Guinéens de ton espèce sachent une fois pour toutes que la Guinée a été indépendante en 1958. Elle n’a pas le pouvoir de juger ce qui s’est passé dans le Foutah Théocratique, le Mandingue, en Basse Cote et en Foret – avant que nous ayons signé notre CONSTITUTION. Nulle part dans cette constitution il n’est question de réparation des injustices antérieures. Les Lois de la Guinée ne couvrent que la période 1958 à maintenant. Il serait très utile pour toi et ton espèce de vous éduquer, cherchez à connaître ce qu’est un État de Droit, un thème que notre compatriote Modibo Traoré a évoqué un peu plus tôt sur ce site. Le débat sur notre pays ne peut être positif que si nous y apportions l’honnêteté et la vérité. Djarama.
Cissé Oumar de Bma, mardi 3 novembre 2009
Monsieur Fofana, Je vous envie la phrase suivante : ""... Par contre l’appartenance ethnique portée aux nues et sublimée peut se révéler un danger pour l’unité nationale, une base chimique instable et volatile prête à exploser au moindre choc.""" ! Cette phrase en effet, montre exactement l`origine de TOUS les problèmes posés à la Guinée depuis plusieurs décennies! Il faut maintenant prendre le courage, afin de la soumettre à ceux à qui vous pensez parce que, tourner autour du pot ne nous sortira JAMAIS de l`auberge!!!!! Le vrai problème posé à la guinée, est qu’une poignée de personnes issues de plusieurs ethnies du pays, trainent des casseroles très sales ! Trop sales. Ces personnes ont pillé le pays et empêchent les audits de se faire ; Il est inadmissible et inacceptable de les laisser postuler à la magistrature suprême, ni à quoi que ce soit d’autre ! Elles sont définitivement disqualifiées. Les guinéens ne sont ni imbéciles, ni masos et ces personnes ont beau s’agiter, ou agiter leurs pièges, ça ne marchera plus ! Par contre des gros malins et des escrocs professionnels vont profiter de leurs fortunes planquées pour se remplir les poches. Aucun guinéen ne pourra s’opposer aux candidatures des personnes qui n’ont rien fait, ni rien détourné, comme Bah Mamadou Baadiko, Bah Ousmane, le jeune Mouctar etc., et la liste des candidats peulhs est au moins aussi longue que celles des autres. Par contre, TOUS ceux qui ont été ministres ou premiers ministres, ainsi que des affairistes comme Mamadou Sylla, sont systématiquement hors jeu. Ils perdent leur temps et l’argent volé qu’ils ont utilisé pour créer des partis. Pour conclure, on s’en fiche de l’ethnie !!! Ce qu’on exige maintenant, ce sont des hommes et des femmes propres et honnêtes (pour ma part même des non guinéens sont les bienvenus dans cette course). Alors disons la vérité aux gens, au lieu de noyer le poisson dans du verbiage entre diaspouris car, ce sont bel et bien des diaspos (ou anciens diaspos), qui ont introduit cette pollution, et qui continuent à jeter de l’huile sur le feu ethnocentrique. J’écrirai deux ou trois pages dans les prochaines heures, incha Allah. Wa Salam. Cissé Oumar de Bma.
Keoulenba, mardi 3 novembre 2009
Habib et les deux DialDiallo, pas d’énervement, j’ai peut être écrit des choses que les gens pensent bas. J’ai juste besoin d’informations et, j’ai demandé si cela continuait jus qu’à présent au Fouta. Parce que quelque part j’ai vu que certaines personnes n’avaient pas le droit d’immoler un bélier au baptême de leurs enfants. Si ces pratiques ont cessé, je ne pourrais que m’en réjouir et avoir confiance que la Guinée a la chance d’être une vraie nation dans les années à venir. J’aime bien les peulh moi et je parle très bien le pular pour avoir vécu et étudier avec des peulh qui me racontaient beaucoup de choses dans mon enfance. « On atyanai lan hakè, Fi alla e nulaadho, si haala an tampini on ».
DIALLO B. Cherif, lundi 2 novembre 2009
A l`attention de Keoulemba (suite): le terme MIKHIFORE Ca te dit ? Est-ce un mot peul ? Mets de l`eau dans ton venin comme disait l`autre!!
DIALLO Boubacar Cherif, lundi 2 novembre 2009
Je trouvais ce (ou cette) Keoulemba particulierement cynique mais je comprends maintenant le pourquoi. Reactualise ta vision Du foutah. Je suis peul au vrai sens du terme mais j`ai une tante et une cousine qui ont pour maris des roundenke, des cousins diakanke. Ressaisis-toi ton ressentimennt ne te menera nulle part.
BARRY, lundi 2 novembre 2009
Ce message doit être lu particulièrement par Boubacar Ly et Mamadou Boiro de l`Université de Conakry qui disait plus jamais un Malinké au pouvoir. C`est honteux et scandaleux ces genres de propos. Personne n`est Guinéen par accident, tous donc méritent de diriger ce pays. Nous serons tous perdants si nous refléchissons en ethnie comme le font nos célèbres universitaires de Kokoo-lala.
Nassirou, dimanche 1 novembre 2009
Belle analyse! Personne n`a choisi son sexe, son nom, ses parents, son ethnie et sa race. Et chacun est fier de tous ces attributs, mais personne ne doit mépriser les autres pour ce qu`ils sont, parce qu`ils ne sont pas ce qu`on est. C`est pourquoi j`aime le terme " l`unité dans la diversité". Quand on a la foi en Dieu et une bonne philosiphie, on devient à l`aise dans sa peau. L`ethnie est une identité et chacun doit se forger une personnalité à travers laquelle on se fait respecter. Quand on est en Guinée, on est peul, soussou, malinké etc, mais quand sort du pays on vous regarde simplement comme un Guinéen. En Afrik centrale, au Gabon par exemple, on te fait payer la carte de séjour à 800 000 cfa parce que tu es Ouest Africain. En Angola, on te chasse pour la même raison. Lorsque tu quitte le continent, on te regarde simplement comme un Africain, comme un noir. A l`étranger, à cause de la nostalgie de notre pays, tous les guinéens s`entendent bien. Si on devait choisir sa nationalité avant la naissance personne n`aurait choisi d`être Guinéen. Pourtant les Guinéens ne New York, de Tokyo ou de Paris, rêvent de voir les choses se normaliser chez nous pour rentrer. C`est pourquoi en Guinée, la politique doit cesser de rimer avec l`ethnisme. Les Américains ont élu quelqu`un qui appertient à une race qui constitue 13 pour cent de population et 42 pour cent de blancs ont voté pour lui qui est Obama. Le Sénégal et la Guinée-Bissau, des pays que je connais bien, ne connaissent pas l`empleur de l`ethnisme Guinéen. Je présume que la langue y joue un rôle. Parce que la quasitotalité des sénégalais parlent Wolof et la quasitotalité des Bissau-Guinéens parlent le Créole. La langue est un outil de communication qui rapproche les peuples. C`est pourqoi je pense qu`il est important qu`on introduise les langues nationales dans l`éducation.
Habib Diallo, dimanche 1 novembre 2009
Keoulemba, des raisonnements pareils font que 51 ans après notre indépendance, le problème ethnique perdure. Vous êtes le type de guinéen qui a urgemment besoin d’une éducation civique. Sachez que c’est SEULEMENT en 1958 que la Guinée est devenue indépendante et elle s’est dotée d`une CONSTITUTION pour réglementer les relations entre les citoyens, entre les citoyens et ses dirigeants. Ce qui s’est passe dans le Foutah d’avant la Guinée était tout a fait légal au Foutah et cela est valide pour le Mandingue (pouvez vous nous expliquer comment les Peulhs du wassoulou ne parlent plus Peulh?), chez les Forestiers aussi. Ce n’est pas à l’État Guinéen de juger ce qui s’est passé sur nos territoires d’avant la création de notre pays et ce n’est pas à l’état de venger les humiliations que des ethnies ont ressenties dans le passé. Ce n’est pas à l’état non plus de déposséder, ségréguer une famille ou une ethnie pour compenser l’incapacité d’une autre famille, ethnie à s’éduquer ou de s’enrichir. Je n’ai jamais appris qu’un « Rounden » a ete crée au Foutah depuis l’indépendance, si c’est le cas, notre constitution prévoit des lois pour juger les auteurs et les punir. L’état ne peut pas décréter ce que les ignorants peuvent s’appeler entre eux – comme “bhaledjo, kule donyi, djabere donyi” et il ne peut pas obliger ceux qui ont le complexe d’infériorité de se sentir supérieurs et vice versa. Mais ce qu’il peut faire c’est de cultiver en nous les valeurs de liberté, de justice, d’égalité et de démocratie par l’éducation civique, par les promotions aux différents postes de la fonction publique. En plus sanctionner tout coupable de discriminations selon LA LOI.
keoulenba, samedi 31 octobre 2009
Mr Fofana c’est vraiment clair ce que vous avancez comme idée ; positiver la différence. Entre Sousou, Guerzé, Diakanké, Kissi, Loma etc. il n’y a aucun problème ; ils sont tous originaires du Manding. Le problème c’est au Fouta où dans mon enfance j’ai vu des gens qui nous appelaient des noirs et j’ai rencontré une catégorie d’hommes qui logeaient dans les bas fonds « Rounden » qui étaient des esclaves « Kordo ou Matyoudo » ces pauvres gens avaient des noms en relation avec les jours de la semaine ; Lundi « Tenen » Mercredi « Alarba » Vendredi « Djouma » etc. Ils n’avaient pas le droit de construire une mosquée pour y prier. J’avais beaucoup pitié de ces gens. Si cela continue encore là bas, il faudra beaucoup de sacrifices pour vivre en harmonie avec eux,
Modibo Traore, UK, samedi 31 octobre 2009
Oh qu’il me plait de lire de telles contributions. Mon Frère Fofana soyez mille fois béni. Que vous rappeliez a ceux qui refusent de faire fasse a nos vrais problèmes, que le changement doit commencer au niveau individuel avant de s’étendre a la nation, est assez bien. Monsieur Fofana vous savez, il suffit d’être un peu doué dans les etudes, pour qu’avec la volonté et la providence, on se retrouve avec un très grand niveau intellectuel. Mais il ne suffit pas d’être diplômé de Harvard, d’Heidelberg Cambridge et que sais-je encore, pour être capable d’analyser un phénomène social complexe, sans laisser ses considérations partisanes, ses complexes, ses passions et ses émotions biaiser ou orienter son raisonnement. Vous venez de faire là, une analyse d’une rare objectivité. Certes, il ne faut pas ramener tous nos problèmes à l’ethnie, mais il faut reconnaître que les complexes ethniques de supériorité et d’infériorité, les jalousies l’égoïsme le repli sur soi ou son ethnie minent le système politique Guinéen. Le jour qu’on sortira de l’engrenage des complexes identitaires nous retrouverons le chemin du développent.
Sinkefara Bomba, samedi 31 octobre 2009
Merci Mr Fofana pour cet article plein de bon sens. Vous voyez, je suis de ceux qui croient que tous les guinéens sont frères et que le seul combat qui mérite d`être mené dans ce pays est celui pour l`unité nationale et la lutte contre la pauvreté. Tout le reste n`est que manipulation dangereuse pour se remplir les poches au detriment des caisses de l`Etat pour les autres et imposer une domination française à notre pays pour les autres.
MARGA, samedi 31 octobre 2009
Dans quelle catégorie ethnique se classerait une personne issue d`un mariage peul-soussou? Réponse: il prendra l`ethnie de son père c`est comme ca chez nous en Guinée. Ecoutez les ethnies ont existé avant la Guinée et elle doivent exister.Nous sommes tous issus d`etnies et nous sommes tous différents. Mais là n`est pas le problème. le problème c`est comment nous pouvons vivre avec ces différences dans la paix et dans l`amour de son prochain.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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