jeudi 14 mai 2009
Exiger du CNDD le respect scrupuleux des Droits des citoyens
Oumar Wann

Les nations civilisées d’aujourd’hui sont signataires dans la plupart des cas des conventions internationales relatives aux différents Droits reconnus aux citoyens du monde. Les États épris de paix, de justice sociale et soucieux de la prise en compte de l’intérêt général des citoyens,  œuvrent inlassablement à rendre lesdits Droits effectifs. 

 

Qu’il s’agisse du Droit à la vie, à l’éducation, à la santé, à l’eau, à l’information, à  la nourriture, au travail, au logement, etc., ils sont tous sacrés et constituent les raisons sine qua none d’être d’un État moderne qui est au service exclusif de son peuple. C’est pourquoi, il est vraiment dommage pour la Guinée, qui a librement souscrit  aux dites conventions sans aucune pression nationale et internationale, de porter constamment atteinte aux Droits de ses propres filles et fils.

 

Au-delà même des  conventions, c'est la question du respect de la dignité humaine qui est en jeu. Nos sociétés traditionnelles l'ont toujours respecté contrairement à ce que certaines voudraient faire croire. 

 

Quand un État devient une référence positive au niveau mondial dans un domaine, cela constitue une fierté pour ses dirigeants ainsi que pour l’ensemble de ses citoyens. Quelle fierté avons-nous d’être toujours épinglés sur les questions de droit de l’homme depuis l’aube de l’indépendance jusqu'à nos jours ? Est-ce par mépris pour les  citoyens guinéens ou par ignorance de la part de ceux qui sont à l’origine des tels actes ?

 

Le feu Capitaine Sankara ne disait-il pas : « un militaire sans formation est un assassin » ?

 

Les guinéennes et guinéens se souviendront pour long temps, des atrocités commises par les forces de l’ordre lors des douloureux événements 2006, 2007 et 2008. Pourquoi les citoyens continuent-ils d’être martyrisés par les services qui sont censés assurer leurs sécurités ?

 

Le dernier rapport de l’ONG Internationale Américaine Human Rights Watch sur la Guinée est très alarmant, eu égard au non respect des promesses faites par les nouvelles autorités du pays, relatives entre autres, à la lutte contre l’impunité et la protection des personnes et de leurs biens vivant sur le territoire guinéen.

 

Le peuple de Guinée est en majorité croyant. La foi en Dieu exige de nous, le respect profond et la protection de l’être humain au-delà des questions de droit à la vie. Nul n’est censé user de sa position pour ôter la vie d’un être humain. Combien d’innocents ont-ils perdu leurs vies durant les deux premières Républiques ?

 

Les historiens nous aideront un jour à reconstituer notre passé pour permettre d’éclairer les futures générations afin de savoir qui à fait quoi. Les cinéastes trouveront des sources d’inspirations abondantes pour immortaliser les actes barbares commis par les bourreaux qui n’ont ni foi et ni pitié.  

 

Les promesses faites par le CNDD ont suscité un immense espoir au niveau du peuple martyr de Guinée qui s’attendait à ce que les sombres pages de notre histoire soient tournées, en rompant définitivement avec des telles pratiques. Le chef n’a pas le droit de disposer de la vie d’un citoyen. Par contre, il est de son obligation d’assurer sa défense et sa protection. Il ne doit pas être remercié, s’il réalise une telle mission. Car, c’est effectivement sa principale raison d’être chef. Assumer la fonction de Chef de l'État, exige l’obligation de servir les citoyens avec loyauté et non se servir d’eux.

 

Le peuple est par essence souverain. Donc, il est l’unique détenteur de réels pouvoirs. L’ignorance a fait que le peuple Guinée n’a jamais su qu’il est le vrai dépositaire du pouvoir légitime. Il n’a ni besoin de vanter les louanges d’un dirigeant et solliciter ses faveurs. Il suffit qu’il fasse montre de sa détermination à faire aboutir ses légitimes revendications dans l’esprit de la Loi. La démagogie est l’arme par excellence des médiocres pour vanter et chanter les louanges d’un chef.

 

L’instruction est la clé de voute essentielle du développement et constitue un droit fondamental. Pourquoi remercier un chef parce qu’il a construit une école à partir des fonds de l'État ? Nous devons éviter de confondre l’argent du contribuable et les maigres ressources d’un dirigeant honnête et intègre. Est-ce objectivement possible pour un chef de réaliser toutes les fonctions dévolues à l'État à partir de ses fonds propres?

 

Une nouvelle éthique de fournitures de services publics s’avère indispensable. Si les dirigeants ne sont pas capables d’offrir les services, selon les moyens disponibles, l'État n’a pas le droit de lever les taxes et impôts auprès des citoyens.

 

Examinons le taux brut de scolarisation ou celui du redoublement et de l’abandon, pour se demander qu’est-ce nos dirigeants sont entrain de faire ? Observer les ratios élèves et classes ou élèves et tables bancs ou élèves et livres ou nombre d’élèves par latrines, etc., vous comprendrez aisément que nos dirigeants ont très peu d’amour pour notre pays en 50 ans d’indépendance.

 

Est-ce les 4x4 ou les bureaux climatisés et équipés de télévision qui vont être les leviers du développement de la Guinée ?  Le Capitaine Thomas Sankara l’avait compris très tôt, il s’était débarrassé des 4x4 en se fixant comme objectif, chaque district son cycle d’école primaire au complet.

 

Les pays émergeants ont misé d’abord sur l’accès au savoir. Des pays comme le Botswana, l’Ile Maurice, le Ghana, sont entrain également de suivre les mêmes traces et gagner le pari de développement.  

 

La situation catastrophique de nos structures de soins à tous les niveaux de la pyramide sanitaire, est une véritable honte pour notre pays, qui est le précurseur de l’indépendance des pays d’Afrique Francophone. La vétusté des infrastructures, le manque criard d’équipements modernes, l’insuffisance du personnel, surtout dans l’arrière pays, le faible niveau de formation et de motivation sont entre autres des éléments qui limitent la fourniture des services de soins de qualité aux citoyens. 60 % du personnel de santé évolue dans la capitale.

 

Cette triste réalité est connue des autorités nationales. Alors qu’il suffit de légiférer sur la fonction publique territoriale et de créer un système incitatif à la performance, en privilégiant les zones les plus reculées. 

 

Il est à  noter que l’éthique et la déontologie dans le cadre de l’offre de services, sont absentes des préoccupations de la plupart de nos agents de santé. Peut-on se faire une idée des statistiques de nombre de personnes ayant rendu l’âme par manque d’attention ou d’incompétence professionnelle ?

 

Le moyen le plus sûr pour éviter la fatalité est de procéder à l’évacuation des patients à Dakar et Maroc, etc. pour ceux qui sont nantis. Les devises du pays servent à améliorer l’offre de services de soins et créer la richesse en faveur desdits pays au détriment du nôtre. Où est passé notre fierté ou notre désir de réaliser ce droit aux citoyens ?     

 

Ne dit-on pas que l’eau est la source de la vie ? Aucun être humain ne peut se passer de cette précieuse ressource. Le manque de l’eau traitée est criard dans tout le pays, ni la capitale et ni l’arrière pays, ne sont épargnés.

 

Théoriquement, la Guinée est appelée le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Mais concrètement, l'État est incapable de mettre en valeur nos différentes potentialités naturelles pour offrir aux citoyens, de l’eau et de l'électricité. Le Sénégal voisin annonce qu'il atteindra les Objectifs de Développement du Millénaire (OMD) dans le secteur de la couverture de l'eau  à l'horizon 2012. Ce qui équivaudra à une performance d'une avance de  trois ans par rapport à la date butoir fixée à l'horizon 2015 par les Nations Unies.  

 

La diversité écologique de la Guinée offre d’excellentes opportunités de diversification de la production des cultures vivrières et celles de rentes, en vue d’assurer le droit à l’indépendance et à la sécurité alimentaire.

 

Madame Hadja Kadiatou Telly Diallo ne disait-elle pas : « qu’avons-nous à faire avec un peuple ignorant et malade » ? Elle conclut : « mendier ».  Et nous ajouterons : « un peuple qui a faim ».

 

Voilà les raisons pour lesquelles nos dirigeants passent leurs temps à mendier auprès du guide libyen ou  d’autres partenaires d’aide au développement. Qu’est-ce qui empêcheraient nos dirigeants à valoriser nos immenses terres fertiles, pour subvenir à nos besoins alimentaires et procéder ainsi à l’exportation ? 

 

Le monde est en perpétuelle mutation. Le passage de l’ère de l’agriculture à celui de l’information, en passant par l’industrialisation, atteste les immenses progrès enregistrés par les nations modernes. L’information est une ressource capitale. C’est également une denrée périssable, qu’il faut chercher au bon moment et au bon endroit.

 

Pourquoi le Chef de l'État peut-il se donner le droit d’interdire la couverture médiatique d’activités des partis politiques et d’émissions en faveur des forces vives et des citoyens ? S’il avait eu dérapage, nous aurions compris et accepté de voir les instances en charge de la régulation des médias, mettre des garde-fous ou prendre les mesures qui s'imposent.

 

Nous pensons qu’il opportun de faire comprendre au Chef de l'État que les services publics ne sont pas sa propriété privée. Ils sont les fruits du contribuable guinéen. Pourquoi les médias d'État se mettent-il à couvrir des mouvements de soutien au CNDD, comme si cela pourrait contribuer à améliorer notre situation ?

 

Le droit d’expression est sacré. L'État ne saurait constituer un frein à son éclosion. Les images de notre journal télévisé nous offrent la désolation. On ne nous montre que celles relatives à l’ouverture et fermeture de séminaires, de visites de missions des ministres pour distribuer des dons de documents ou voir des chenilles et insectes qui attaquent quelques localités du pays, etc.

 

Offrir de l’emploi décent aux citoyens est l’une des raisons d’être fondamentales de tout État ayant des dirigeants responsables. Malheureusement, Cela semble très peu être la préoccupation majeure de nos chefs. Le manque d’électricité, de l’eau, d’un système de communication fiable, la haute corruption et l’insécurité font que notre pays est classé comme zone à haut risque. D’où, la faible présence d’investisseurs d’une grande crédibilité pour valoriser nos immenses ressources naturelles.

 

L'État guinéen s’est désengagé au profit du secteur privé sans pour autant créer les conditions de son épanouissement. Il n’existe pas de statistiques fiables sur le nombre de demandeurs d’emplois, ni les moyens pour déceler celui créé chaque année. Il n’y a pas de supports techniques et financiers ni de centres de métiers d’excellence mise en place par l'État pour promouvoir l’emploi des jeunes.

 

Nos dirigeants se complaisent à manipuler les jeunes à des fins de propagande à travers des comités de soutien. Le fait d’habiller les jeunes de t-shirts ou chemises portant d’effigies de nos dirigeants, avec des miettes d’argents, suffisent-il pour prétendre aimer sa jeunesse. Au lieu de distribuer des sommes colossales, sans impacts positifs, pourquoi ne pas mettre en place des supports techniques et financiers adaptés au contexte guinéen ?    

 

Améliorer le cadre de vie des populations constitue l’une des préoccupations fondamentales des dirigeants qui sont attentifs aux citoyens. L'État se doit de créer les conditions essentielles pour aider les citoyens à avoir un logement décent, correspondant aux normes de cadre de vie requises, à travers le lotissement y compris la  desserte en eau, en électricité, en téléphonie et en routes, ainsi que la réalisation d’infrastructures d’intérêts collectifs (école, structure de soin, air de jeu, marché, parc, etc.).

 

Notre État brille par son absence, pour rendre des tels services et excelle avec zèle et mépris pour détruire les réalisations des pauvres citoyens.

 

Est-ce un citoyen peut-il s’arroger le droit de construire sur un domaine de l'État, sans la complicité active des agents en charge du patrimoine public ou des autorités locales ?  Nous pensons que la démarche aurait été d’identifier l’ensemble des bâtiments et domaines publics concernés, au cas par cas, déceler les conditions de cessions, situer les responsables de chaque acte et classer selon la nature des dossiers. L'État devrait, ensuite, analyser objectivement, selon les impératifs et les besoins du moment, s’accorder sur les types de solutions à prendre dans l’intérêt supérieur du pays.

 

S’il doit y avoir destruction, l'État a l’obligation de dédommager les personnes concernées et sanctionner tous ses agents impliqués dans des tels actes.

 

La justice sociale et l'équité exigent des nouvelles autorités, la restitution à l'État, du domaine de la cité de chemin de fer, y compris les immeubles. Car, tout le monde sait que Mr Santullo n'est qu'un prête-nom. Le feu Président a exproprié l'Etat à son profit personnel, sans aucune contrepartie.

 

L'État doit être fort pour faire respecter la Loi, et faible pour jouer le rôle de facilitation, en vue de permettre l'éclosion des initiatives individuelles et collectives.       

 

La force de l'État doit être mise à profit pour protéger et servir les citoyens, et non abuser de leurs droits. Cela ne pourrait se concrétiser dans le cadre d’un État de droit respectueux de la personne humaine. D’où l’intérêt de la Guinée de mettre l'État de droit au cœur de nos revendications.

 

Il nous faut également des dirigeants éclairés et attentifs aux préoccupations des citoyens à tous les niveaux pour relever les défis de développement de notre chère patrie. C’est pourquoi, nous estimons qu’une description claire et précise des postes de responsabilités, du plus bas et au plus haut niveau, est un passage obligé pour remettre notre Administration en marche.

 

Cette description doit être axée sur le profil et les exigences de chaque poste, ainsi que les critères de choix, basés sur le mérite, la compétence, l’intégrité et la loyauté. Chacun peut être utile au pays et mettant en avant le slogan : « l'homme qu’il faut à la place qu’il faut ».

 

L'État doit cesser d’accorder plus de droit aux hommes en uniforme au détriment des citoyens qui sont des laissés pour compte. Oui ! à la modernisation de l’armée guinéenne au service de la protection des citoyens, et non ! à son instrumentalisation contre le peuple de Guinée. 

 

Redonner l’espoir aux guinéens et guinéennes exige des actes forts de la part de nos dirigeants.

 

Nous fondons l’espoir de voir les assises du Forum National, toucher du doigt nos différents maux et proposer les remèdes appropriés, et non pas pour solliciter la longévité du CNDD au pouvoir.

 

Il est temps de faire comprendre à  nos dirigeants que la Guinée ne peut plus être gérée selon leurs volontés. Le peuple n’est plus dupe, il s’est réveillé et  n’a plus peur de la mort. Il aspire au changement immédiat et non lointain.

 

C’est seulement au prix des reformes ardues, avec des hommes dont la seule ambition serait de servir le pays et non vouloir se servir, que nous pourrions espérer relever les défis de développement.

 

Par respect au peuple de Guinée, le Chef de l'État ne saurait se permettre d’acheter un troisième hélicoptère et pour quel fin ? Il doit logiquement utiliser rationnellement les maigres ressources du pays aux impératifs de développement. Comment veut-on être pris au sérieux par les partenaires auxquels on sollicite de l’aide et au même moment l’on se permet d’utiliser 12 millions d'euros pour acheter un hélicoptère d’occasion ?

 

Nous pensions qu’un État qui sollicite de l’aide pour payer son personnel, pour organiser des élections et de surcroit, qui n’assume aucune responsabilité relative à l’accès des populations à leurs différents droits, peut être déclaré en faillite ? 

 

S’il est vrai que le Chef de l'État a effectivement procédé à l’achat dudit hélicoptère, nous pensons que ceux qui l’ont conseillé de poser des tels actes, ne l’aime pas et ne sont pas également des bons patriotes. Ils veulent ternir son image d'homme d'État sensible aux préoccupations de ses citoyens.

 

Puisque notre Chef de l'État aime très bien son peuple, nous lui demandons humblement de renoncer à l’achat de l’hélicoptère, et d’accepter de mettre ledit montant à la modernisation de l’armée guinéenne et à l’alimentation du fonds d’insertion des jeunes.

 

A défaut de créer spécialement un Département en charge de la promotion de l’Emploi des Jeunes et de la Formation Professionnelle, nous lui recommandons de mettre en place une Agence Autonome, directement rattachée à la Primature ou à la Présidence. Ladite agence devra rendre compte directement à l’Assemblée Nationale et à la Primature ou à la Présidence.

 

L’Agence mettra en place des supports techniques et financiers ainsi que des entreprises d’insertion pour soutenir la création, la consolidation et l’expansion des entreprises économiques rentables, en vue d’offrir des produits et services à moindre prix à  leurs communautés.

 

Nous interpellons le Chef de l'État sur l’impérieuse nécessité de faire une relecture de l'étude de l’USAID sur les sources potentielles de conflits en Guinée. Nous pensons qu’une meilleure lecture desdites causes, pourrait lui permettre de prendre les mesures qui s’imposent en termes de choix des dirigeants, non pas sur la base du copinage, et de faire face aux forces armées et à la jeunesse guinéenne.

 

Q’ALLAH continue de guider le Chef de l'État sur le chemin du renouveau tant ambitionné par le peuple de Guinée. Amen !

 

 

Oumar Wann
Consultant en Gouvernance et Développement Local
Columbus-Ohio

 

Pour www.guineeactu.com 
 

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Moussa Konaté @ Toronto Canada, vendredi 15 mai 2009
Sankara avait dit " Un militaire sans FORMATION POLITIQUE EST UN CRIMINEL EN PUISSANCE" et non ce que vous avez ecrit. A part cela, le texte est pleins d`enseignements Mr Wann.
tutankhamon, vendredi 15 mai 2009
well done.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011