mardi 2 mars 2010
Exclusion des Guinéens de l’étranger de la présidentielle : Une mesure qui fait polémique
Ben Sékou Sylla

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) préfère se passer du vote des Guinéens de l’étranger, afin de pouvoir respecter le délai imparti pour la tenue de la prochaine présidentielle. La diaspora ne l’entend pas de cette oreille et fustige déjà Ben Sékou Sylla, le président de cet organe chargé de l’organisation et de la supervision du scrutin, qu’elle accuse d’être à la solde de certains courants politiques.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe à l’extérieur de la Guinée, où nos compatriotes se compteraient par milliers. Et dire que tous ces Guinéens qui ont dans leur majorité fuient la misère et pour sauver leurs têtes face aux dérives des différents régimes qui se sont succédé en Guinée depuis l’avènement des indépendances, n’auront pas la possibilité de porter leur bulletin dans l’urne, au scrutin prévu pour le 27 juin 2010. Cela ne pouvait que produire une onde de choc au sein de la classe politique.

Pour étayer ses arguments qui sous-tendent cette mesure d’exclusion, la CENI à travers son président invoque des retards enregistrés dans l’enrôlement des électeurs.

Seuls 56.000 électeurs auraient pu être recensés lors de l’opération qui avait débuté dans 18 pays, avant de connaître une interruption, à cause des massacres du 28 septembre 2009. Ce chiffre serait très infime par rapport à toute la masse d’électeurs que ces pays sont censés abriter.

Au cas où cette mesure d’exclusion venait à être appliquée le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), en seraient les grands perdants. C’est du moins ce qui se clamerait dans l’état-major de ces formations politiques dont de nombreux militants et sympathisants seraient très actifs à l’extérieur. Au niveau de ces partis, les esprits commencent à s’échauffer et l’on serait prêt à batailler dur, pour annuler cet ostracisme. Dans la foulée, le président de la CENI risque de s’attirer les foudres de ces partis qui commencent déjà à crier au complot. A travers certaines voix basées à l’extérieur. Ben Sékou Sylla, qui n’a pas que des amis dans les milieux politiques est traité de tous les noms d’oiseau. Ses détracteurs vont jusqu’à lui prêter des intentions destinées à affaiblir les partis qui disposent d’une forte représentation à l’extérieur au profit de leaders dont il serait proche.

Nombre d’observateurs se disent également que voter sans les Guinéens de l’extérieur pourrait inhiber les efforts de ceux-ci, dans leur contribution au changement. Ils se demandent à quoi servirait même le ministère des Guinéens de l’Etranger, si la diaspora n’est pas associée au choix du futur président démocratiquement élu ?

On le sait pourtant, que ce département qui était rattaché aux Affaires étrangères a été initié pour rapprocher davantage la diaspora guinéenne de sa terre d’origine.

Un projet destiné à encourager les immigrés à rapatrier leurs avoirs. Quand on sait que des pays voisins comme le Mali et le Sénégal estiment à des milliards de FCFA, l’argent issu des fonds envoyés au pays par leurs ressortissants vivant à l’étranger par an, il y a de quoi comprendre le poids économique que représente cette diaspora. Le général Sékouba Konaté s’en est aperçu certainement, c’est du moins ce qu’on peut espérer lorsqu’il a déclaré la semaine dernière à Bamako que les Guinéens de l’étranger pourraient prendre part au scrutin présidentiel si cela était « techniquement faisable ».

Des propos qui ont rassuré les personnes concernées qui espèrent ainsi que le gouvernement fera des efforts pour ne pas les exclure du vote. Pour ce faire, il suffit de relancer dès maintenant les opérations d’enrôlement des électeurs vivant hors de nos frontières. 

Une telle démarche pourrait éviter une division entre les Guinéens. Sans oublier que bâcler le processus de transition pourrait coûter cher à la longue aussi au gouvernement qui prendra le relais. Question de légitimité oblige.

Ben Sékou Sylla a dû se raviser, lui que le discours de Konaté devant la communauté guinéenne de Bamako n’a pas laissé indifférent. Il promet dorénavant de tout mettre en œuvre pour que les Guinéens de l’étranger puissent prendre une part active au vote de la présidentielle. En tout cas son avenir à la tête de la CENI pourrait en dépendre.


Mamadou Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Bangaly Traoré, mercredi 3 mars 2010
Mr Ben est en mésure d`organiser les élections transparentes sans aucune violence dans notre pays.NB:pour le moment il mérite la tête de cette institution.
Mohamed Salifou Camara, mercredi 3 mars 2010
Mr Balde votre analyse est bien mais pas pour les deux partis seulement c`est pour l`interet de notre pays que nous GUINEENs de L`etranger comme vous le dite devons voter mais pas a cause tel ou tel parti nous avons simplement le droit de voter. Je pense bien que Mr Ben Sekou Sylla a ses raisons,qu`il faut connaitre avant de lui traiter de tout nous Guineens de l`etranger nous n`avons jamais le meme pour notre famille donc deviner le reste. Merci!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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