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Président, je vous avais avertie hier que vous auriez du pain sur la planche, vous n'êtes même pas assis sur le trône que vos futurs sujets m'interdisent de vous appeler Excellence, ils pensent que ce titre ne nous porte pas chance, vos prédécesseurs en ont trop profité. Faites donc vos preuves car les titres pompeux ça se méritent désormais. Je cherche un titre qui vous sied : Monsieur? Trop simple pour un président, Docteur? Prête à confusion, tout le monde est docteur de quelque chose au pays, Votre honneur? Parfait.
- La fonction publique : Votre Bonheur, pardon, honneur ! Vous me permettez de vérifier que le malin qui a écrit`` le bourbier de la fonction publique`` n’est pas du camp adverse et qu’il n’essaie pas de vous décourager d’occuper le trône si proche ? Moi je voulais vous épargner ce casse tête. Lui a osé l’appeler le bourbier alors que c’est le seul secteur qui a réussi à mettre l’égalité entre guinéens morts et vivant, instruits et analphabètes, pauvres et riches, intérieurs et extérieurs, presque tous sont fonctionnaires.
- Votre honneur, vous vous souvenez du slogan de vos prédécesseurs ? : Les morts ne sont pas morts, ils vivent en nous. Ça vous étonne alors qu’ils continuent à avoir un salaire ? Peut importe morts ou vivants du moment ou c’est une personne sur mille qui a réellement du travail, le reste est figurant. Peut importe morts ou vivants du moment que c'est un qui se tape le revenu de cent mille, peut importe quand le vétérinaire est infirmier à l'hôpital, l'agriculteur est douanier...je vous répète que le pauvre s'en fiche de Colonisation, Révolution, Démocratisation, il veut une SOLUTION.
- Mettez vous à la place d’un mort, vous avez ouvert les yeux sur des parents qui triment pour vous trouver à manger et étudier. Vous avez hérité de cette misère puisque c’est la seule richesse qu’ils peuvent vous léguer. Votre épouse et vos enfants suivent vos pas de miséreux avec un salaire de misère, quand un jour vous êtes rappelé à Dieu, un comptable sans scrupule se tape votre salaire en laissant votre famille croupir car votre mort à coupé toute source de revenu (pas de sécurité sociale, caisse maladie, subsides, assistance sociale…rien de rien) accepterez vous de mourir pour de bon ? Vous ressuscitez sous une autre forme à la fonction publique.
- Vous avez fui pour des raisons x ou y, ingénieur ou docteur en Guinée, vous trimez comme femme de ménage ou chauffeurs de taxis en occident. Vous arrivez à peine à payer vos factures quand une bande de cow-boys réunis en western union vous en laisse un peu. Vous avez un cas de conscience qu’à même: votre salaire qui continue à être versé sur votre compte, vous aimeriez le reverser dans le trésor publique ? Mon œil, il va directement dans la poche du premier trésorier. Vous faites quoi ? Si votre conscience vous empêche de l’utiliser, vous l’offrez au moins à plus pauvre plutôt que d’enrichir les plus fortunés. Logique.
- Puisque la critique bien ordonnée commence par soi, je ne m’engage volontairement (sauf sous contrainte) à déverser le mien que lorsque vous aurez mis les choses au clair, c'est-à-dire pour une fois en traitant la cause de la maladie et non les symptômes,( chassez les fictifs, et les morts par la porte si vous ne créez pas d’ emplois, ils reviendrons par la fenêtre.) par une gestion saine des biens publics, une politique industrielle qui permette aux gens de travailler, une couverture sociale pour tout le monde, des indemnités de chômage, une couverture sanitaire pour tous (tout le monde à droit à des soins, au logement, à l’instruction, sans exception). Je tourne ce texte en humour pour dédramatiser, même si je pense à mes deux meilleurs professeurs, qui avant de mourir, quémandaient le prix de leurs ordonnances.
- Votre honneur, je vous vois déjà fulminer de colère en me demandant où allez vous trouver tout cet argent. Les moyens ? Vous en avez suffisamment. Que de garder le secret, vos prédécesseurs ont criés sur tous les toits que la Guinée était un scandale géographique, pardon géologique et voici que chinois, américains, anglais trouvent leur compte en Guinée, pourquoi pas les guinéens ?
- Votre honneur, un sage conseil, ne badinez pas avec la gestion de la manne (les richesses du sol et sous sol) que le Père céleste a mis à disposition de tous ces enfants guinéens. Ils servent à créer des emplois, écoles, hôpitaux, usines…prenez des mesures draconiennes contre tous les bradeurs de cette richesse sinon, c’est vous qui aurez à vous justifier devant le chef le jour du grand bilan. Vous savez mieux que moi que le chef ne peut être acheté avec un pot de vin.
Un autre point de discorde : Nos bourgeois étant sollicité au point de vue économique et social (c’est souvent eux qui financent les partis et les gens au pouvoir), il serait normal qu’ils aspirent à l’être sur le plan politique. Ce qui amène des griefs avec certains intellectuels qui ne veulent voir en eux que des robinets d’argent. C’est pourtant eux qui sont aussi atteint par le désordre financier et la grave crise économique. De là naît le désir d’une transformation politique qui leur permettra de surveiller l’administration donc de participer au gouvernement de l’Etat. Les rôles doivent être définis aussi dans ce sens.
Il serait injuste de dire que tout était mauvais dans les institutions des anciens régimes, cependant comment ne pas dénoncer l’abus, l’oppression, l’arbitraire, l’inégalité, et la confusion qui noient ce pays ?
Le Guinéen vit un immense vague d’optimisme, il espère chaque jour à la venue d’un homme qui s’opposera à toute forme d’injustice et d’oppression qu’il subit. Il vit dans l’attente de grands événements qui, pense-t-il, amènera une ère nouvelle, d’où la fièvre à l’approche des décrets, des élections, attente d’autant plus fiévreuse que trop souvent déjà, les espoirs de reformes ont déçus.
De temps en temps un homme tente de supprimer les abus les plus criants mais il échoue devant l’égoïsme des privilégiés qui refusent de laisser porter atteinte à leurs privilèges. Ainsi la crise dont ont soufferts les régimes antérieurs n’a fait que s’aggraver : crise économique, financière, crise d’autorité.
Le seul moyen de salut était la suppression des privilèges financiers et l’égalité de tous. Mais pour imposer aux privilégiés cette révolution sociale, il eut fallu un gouvernement fort et courageux.
Or la crise d’autorité est la plus grave en Guinée, le gouvernement va à la dérive, les ministres plus soucieux de garder leur poste ou de faire au plus vite des placements pour leur famille, sont sans crédit. Ajouter un président passif, aux décisions variantes, excellence, votre bonheur, voilà le cadeau.
Nous avons déjà dit que l’organisation sociale avait pour principe l’inégalité, Le rétablissement de l’ordre passe forcement par l’assainissement des finances, le retrait de l’armée, la politique de conciliation, voilà qui vous rendra crédible et respectable. Le reste suivra aisément, comme l’éducation civique qui sensibiliserait la population et favoriserait l’union et le respect des choses publiques.
LA POLITIQUE D’APAISEMENT
Votre honneur, il serait intellectuellement plus honnête si je retraçais textuellement ce que dit le livre d’histoire, `` La France et Bonaparte``, à vous de mettre votre nom à la place du sien.
« Lorsque Bonaparte reçu la mission de réorganiser la France, le pays était plongé dans la misère et l’anarchie….la grande majorité des français demandaient que l’œuvre sociale subsiste, que Bonaparte leur garantissent l’égalité devant la loi et devant l’impôt… qu’il rétablit la sécurité à l’intérieur et la paix dehors.
Or ce programme convenait parfaitement à Bonaparte, la lassitude du pays faisait le jeu de son ambition. Son désir effréné du pouvoir n’était d’ailleurs pas égoïste, il se proposait :
- de pacifier les esprits
- d’unir tous les français royalistes et révolutionnaires, émigrés et terroristes et de les faire travailler d’un commun accord à la grandeur de la patrie.
Pour cette œuvre d’apaisement, Bonaparte était prêt à faire appel tous les hommes de bonnes volonté, de quelque parti qu’ils fussent. Je suis national, disait-il, j’aime les honnêtes gens de toutes les couleurs.
Le grand mérite de Bonaparte fut de se servir de son immense pouvoir dans une vue d’ordre et d’apaisement. Personne ne fut moins que lui homme de parti, gouverner par un parti, disait –il, c’est se mettre tôt ou tard dans sa dépendance, on ne m y prendra pas.
Le personnel du gouvernement fut soigneusement trié, parfois avec une évidente volonté d’équilibre pourvu qu’on fut capable et laborieux, il ne s’inquiétait pas des opinions passées, il fit le choix de faire l’oubli du passé, il prit pour collaborateurs des rigides aussi bien que des modérés pour affirmer sa volonté d’apaiser les discordes. Beaucoup de gens devinrent fonctionnaires, ce fut une force pour Bonaparte d’avoir tant de places à distribuer : ou se réfugieraient l’opposition quand tous pouvaient trouver rang et traitement dans la nouvelle administration ?»
Votre honneur, je ne saurais finir sans vous recommander de faire au plus vite comme ce Bonaparte. Engagez un vaste programme de réconciliation entre tous les enfants de votre royaume, les enfants de ceux qui ont été au pouvoir, les enfants des victimes des camps et autres...tous vous avez besoin d’eux, le retard est immense, les erreurs sont immenses, le travail à faire est immense. Dites leur aussi que le passeport biométrique renferme tous les données, personne ne franchira la frontière Guinéo- Au-delà et se présenter devant le chef avec un tampon rouge de la haine. Descendez de votre trône et demander pardon à chacun, la vie est précieuse et éphémère.
Votre honneur, faites le au plus vite car je viens de découvrir un vaste complot ourdit contre votre trône vacillant, des malins veulent scinder votre minuscule royaume en renvoyant les soussous en Guinée Bissau, les forestiers au Liberia, les malinké au Mali et les peulhs en Ethiopie, il ne vous restera que les chiens et chats errants à gouverner.
Votre dévouée
Aissatou Barry, Nene Aye, Suisse
www.guineeactu.com
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