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Le chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy a profité de la présence du général Sékouba Konaté dans le bureau de Claude Guéant, conseiller à l’Elysée pour s’inviter de façon inopinée dans les débats. C’était lors du récent séjour du président de la Transition à Paris. Et Sarkozy se serait alors montré intransigeant face à toute idée relative à un éventuel retour du capitaine Moussa Dadis Camara en Guinée, comme le rapporte notre confrère Jeune Afrique, sur son site internet.
Le président de la Transition vient de boucler une visite privée d’une semaine en France. Et son retour au pays devait se faire dans les conditions normales ce mardi, selon des sources gouvernementales. Durant son séjour dans la capitale française, le général Sékouba Konaté a retenu l’attention de l’Elysée, où il a été reçu par M. Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée.
Il aura même eu l’insigne honneur de rencontrer le président français, Nicolas Sarkozy de façon informelle. Le président français ayant profité de la présence de Konaté avec son conseiller pour faire un clin d’œil amical au chef de la junte par intérim.
Notre confrère Jeune Afrique qui rapporte la nouvelle sur son site Internet, citant une source proche de la délégation guinéenne, révèle que le maître des lieux « s’étant introduit dans le bureau de son collaborateur au moment où celui-ci abordait la question d’un éventuel retour à Conakry de Moussa Dadis Camara (l’ex-chef de la junte en convalescence à Ouagadougou), Sarkozy a réagi avec vigueur : « Il est hors de question qu’il retourne en Guinée avant la fin du processus électoral. Et puis, il doit d’abord répondre de ses actes devant la justice. Le rapport de l’Onu l’accuse d’être le principal responsable du massacre du 28 septembre. » Puis le numéro un français de poser une série de questions à Konaté : « Votre sécurité est-elle bien assurée ? », « Où vivez-vous à Conakry ? », « Qu’allez-vous faire après l’élection ? »...
Konaté aurait répondu en ces termes à cette question : « Je vais prendre le large et me reposer ». Sarkozy a eu l’air un peu surpris : « Vous ne pouvez tout de même pas prendre la retraite à 56 ans ? » Konaté a rectifié: « Je n’ai pas 56 ans, j’en ai 46 ! » Ne comprenant visiblement pas la source de cette grossière erreur inscrite dans la fiche technique qui lui avait été transmise, le locataire de l’Elysée s’est tourné vers Guéant et l’a scruté du regard avant de poursuivre la conversation... »
Le général Sékouba Konaté l’aura donc compris, Paris veut entendre parler de tout sauf d’un éventuel retour de Moussa Dadis Camara en Guinée, avant que le pouvoir ne retourne dans les mains d’un président civil démocratiquement élu.
Une position partagée par Washington, quand on sait que les Américains avaient exercé une forte pression sur le Royaume chérifien, afin que Rabat ne laisse pas Dadis retourner au pays, au terme de sa convalescence.
Le Roi Mohamed VI qui a voulu prévenir tout incident diplomatique lié au cas Dadis avait renvoyé à Blaise Compaoré son « hôte encombrant ». C’était en janvier dernier et le président burkinabé qui est en même temps le médiateur dans la crise guinéenne, l’a installé dans une luxueuse villa, à la résidence 2000, un quartier chic de la capitale.
Le Roi du Maroc avait été bien inspiré, car c’est ce retour de Dadis, qui a accouché des accords de Ouaga signés le 15 janvier entre le chef de la junte et le général Sékouba Konaté, qui a du coup eu les pleins pouvoirs pour conduire la transition vers des élections libres et transparentes, auxquelles ne seront candidats ni les membres du gouvernement de transition ni les membres du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD).
Le CNDD d’ailleurs a reçu du plomb dans l’aile suite aux événements malheureux du 28 septembre 2009 et ne semble plus s’en remettre.
Le gouvernement français a profité du séjour du général Sékouba Konaté à Paris pour lui réitérer son soutien et confirmer la reprise de la coopération militaire avec la Guinée, après une période de rupture suite à la répression du 28 septembre.
Cette visite privée du président de la Transition en France a été couronnée de succès, c’est le moins qu’on puisse conclure. Et on est loin de la mésaventure que le même Konaté avait vécue lors de son précédent passage à Paris, au cours d’une tournée d’explication qui consistait à convaincre les partenaires au développement à accepter la candidature de Dadis à la présidentielle.
La délégation de la junte avait quitté la capitale française sur la pointe des pieds, face au tollé que cette démarche avait provoqué au sein de la diaspora guinéenne dont une frange importante avait campé plusieurs heures durant devant l’hôtel où étaient hébergés les émissaires du chef de la junte, en vue d’en découdre avec eux.
Ce fut le même accueil qui avait été réservé au colonel Korka et sa suite, du côté du pays de l’Oncle Sam, où la police avait dû intervenir dans le Maryland pour canaliser la bande de manifestants anti-CNDD.
Fort de toute cette expérience, Sékouba Konaté en homme averti a compris que la Guinée avait atteint une phase où il ne servait plus à rien de jouer à la politique de l’autruche.
Et c’est ce qui lui vaut aujourd’hui tous ces honneurs et cette considération auprès de la communauté internationale.
Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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