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Quelques jours après sa tentative d’assassinat perpétrée contre son chef le Capitaine Moussa Dadis Camara, le Lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, alias ‘’Toumba’’ s’exprime enfin. Hier mercredi 16 décembre, il a donné sur les ondes de RFI sa version des faits sur les circonstances qui l’ont amené à attenter à la vie du chef de la junte en Guinée.
Selon le fugitif Toumba, qui répondait aux questions de la radio RFI, hier mercredi à 6h 30 mn TU, le chef de la junte voulait lui faire porter à lui seul, le chapeau de la tragédie du 28 septembre dernier. Lors du meeting pacifique organisé au grand stade de Conakry par le Forum des Forces Vives contre une éventuelle candidature au Capitaine Dadis à l’élection présidentielle de 2010.
Le désormais célèbre wanted guinéen explique son geste par la trahison de son chef qui, selon lui, voulait lui faire porter l’entière responsabilité des massacres du 28 septembre. « Il a essayé de rejeter toutes les charges des événements du 28 septembre sur ma personne… », lance-t-il.
Il accuse Dadis d’avoir tout planifié en ordonnant à son second, le lieutenant Marcel Guivalogui, de diriger la répression. Selon lui, l’opération aurait été supervisée par la présidence et le ministre en charge de la Sécurité présidentielle le capitaine Claude Pivi, alias Coplan.
Il estime que le passage que son ancien chef et président du CNDD Dadis a effectué devant la Commission d’enquête internationale pour le faire passer pour l’instigateur des événements du 28 septembre, est un acte de trahison. Toumba Diakité affirme qu’il n’est en rien l’instigateur et l’organisateur de cette répression qui, selon lui, a été conduite par les Bérets rouges, l’armée, la police et la gendarmerie, ainsi que des centaines de jeunes éléments infiltrés parmi les manifestants. Selon l’ancien aide de camp, ces éléments avaient été envoyés par le président en personne et étaient dirigés par certains de ses adjoints. Tout en prenant à témoins les principaux concernés, Toumba affirme que c’est lui qui au contraire a exfiltré les leaders politiques pour leur éviter d’être tués par les soldats. Il s’agit de François Fall du FUDEC, Mouctar Diallo des NFD, Sidya Touré de l’UFR, etc.
Le lieutenant Toumba déclare par ailleurs que le Capitaine Dadis Camara avait ordonné à son adjoint, le lieutenant Marcel Guilavogui, de diriger les opérations contre les leaders politiques présents à la manifestation.
« Les événements du 28 septembre ont été montés… Et que c’est moi qui devrais répondre à tout ça étant donné que ce n’est pas ça du tout. Le jour du 28 septembre, il les a envoyés au stade pour s’interposer et empêcher les manifestants… Il connaissait cette réalité depuis. Et, il a également fait venir 250 jeunes nouvelles recrues du centre d’instruction de l’armée de l’air… Qui ont été manipulés, habillés en civil et armés en armes blanches, qui ont causé d’énormes massacres. Et il connaît toutes ces réalités du terrain. Et nous, nous sommes venus au stade dans les environs de 11 heures, la situation était déjà pire. Et la responsabilité personnelle que j’ai prise, c’était d’aller directement sauver les leaders. » Affirme-t-il à son tour.
A la question de savoir s’il savait que des témoins ont affirmé l’avoir vu au stade: « Je suis venu mais cela ne signifie pas que je me suis comporté autrement. Tous les corps habillés se sont mal comportés ce jour là. Je veux parler de mon adjoint le sous lieutenant Marcel Guilavogui, qui a blessé tous les leaders politiques. Moi-même j’ai reçu des coups. Les leaders peuvent témoigner… J’ai aussi donné des coups à certains militaires, policiers, gendarmes pour sauver les leaders. Moi, c’est ce que j’ai pu faire. Il y avait la police, la gendarmerie et les hommes infiltrés par le pouvoir ».
Et le journaliste Olivier Roger d’enfoncer le clou : « Et vous, vous avez dit que tous ces gens avaient été envoyés directement par Dadis Camara» Réponse de Toumba : « Tout à fait ».
« Est-ce que vous comptez vous livrer à la justice de votre pays ou est-ce que vous allez continuer à vous cacher ? »
Toumba : « Je ne compte pas me livrer parce qu’ils ne veulent pas que la vérité soit connue. Donc, ils préfèrent me tuer avant que... C’est une chance que j’ai eue avec vous de pouvoir donner des explications », confie-t-il depuis sa cachette.
Expliquant les circonstances dans lesquelles il a tiré sur le Capitaine Dadis le 3 décembre dernier au camp Koundara, sis dans la Commune Kaloum, le lieutenant a affirmé que le chef de la junte était venu avec sa garde pour le mettre aux arrêts. « Quand le président est venu, je lui ai demandé pourquoi il y avait ces arrestations arbitraires (certains des amis de Toumba avaient été arrêtés et incarcérés à la prison du PM3, NDLR) alors que je n’étais pas informés. Il s’est jeté sur moi. Il a fait tomber mon béret. C’est alors que son garde nommé Makambo a voulu m’attaquer. J’ai sorti mon arme pour tirer sur Dadis. Je l’ai touché du côté droit de sa nuque. Il est tombé. Directement, j’ai vu Makambo courir pour aller prendre une arme lourde. Je l’ai attaqué. On a engagé le combat », narre Toumba. A la question de savoir comment il a échappé à toute la garde de Dadis, le Lieutenant précise que : « Ce sont eux qui ont fui. Moi j’étais là », conclue-t-il.
A rappeler que la junte guinéenne a mis à prix la tête de l’ancien aide de camp en promettant une prime à la délation de 200 millions de francs guinéens et une villa. Le gouvernement guinéen n’avait pas encore réagi aux révélations de Toumba Diakité au moment où nous allions sous presse.
N’Diaré Amadou D. L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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