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En janvier et février 2007, les Guinéens, à l’appel des syndicats, sont massivement descendus dans la rue pour réclamer un changement profond et qualificatif dans la gestion quotidienne de leur pays. Lors des manifestations organisées à Conakry et dans les principales de province, des dizaines de personnes ont été tuées par les forces de l’ordre. Aujourd’hui, vu la l’incroyable immobilisme de la commission d’enquête mise en place à cet effet, la question que tout observateur sérieux serait tenté de se poser est celle de savoir si les auteurs de ces tueries seront un jour identifiés et traduits devant une juridiction compétente.
Il faut rappeler que parmi les nombreux objectifs que le gouvernement de consensus s’est fixés au lendemain de son installation, l’on peut citer entre autres la promotion des droits de l’homme et la lutte contre l’impunité sous toutes ses formes. Vu les circonstances exceptionnelles dans lesquelles le Premier ministre Lansana Kouyaté et son équipe ont été installés, beaucoup ont pensé effectivement que toutes les dispositions légales allaient être prises dans les meilleurs délais pour faire la lumière sur les tueries et les graves manquements aux droits de l’homme enregistrés pendant les douloureux événements de janvier et de février 2007. Un optimisme d’autant plus justifiable que dans la nouvelle équipe gouvernementale mise en place au lendemain desdits événements, il y avait un département chargé de la Justice et des Droits de l’homme. Au fil des semaines et des mois, les Guinéens ont commencé à être déçus par la tournure que prenaient les choses. Selon les résultats d’une enquête menée par les organisations de la société civile guinéenne, quelque 180 personnes auraient été tuées en janvier et février 2007, principalement par leurs frères en uniforme (bérets rouges, gendarmes, policiers). Le lundi 22 janvier 2007, ce sont des dizaines de jeunes gens qui ont péri au pont du 8 novembre, dans d’autres quartiers de Conakry et dans certaines villes de l’intérieur. Aujourd’hui, les parents de ces victimes innocentes ne cessent de caresser le secret espoir de voir un procès se tenir pour punir, conformément à la loi, tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à écrire cette page que d’aucuns considèrent à juste titre comme la page la plus sombre de la deuxième République. Sous la pression conjuguée de la presse nationale et des défenseurs des droits de l’homme, le gouvernement Kouyaté s’est vu dans l’obligation de mettre sur pied une commission d’enquête indépendante pour essayer d’identifier et de punir éventuellement les auteurs et les présumés commanditaires des tueries de ces trois dernières années. La suite est connue de tout le monde. Le 20 mai 2008, au terme d’un éprouvant bras de fer entre la mouvance présidentielle et la Primature, Lansana Kouyaté a été démis de ses fonctions de Premier ministre et remplacé par Dr Ahmed Tidiane Souaré. Mais quelque cinq mois après l’entrée en fonctions du gouvernement dit de large ouverture, l’on a la désagréable impression que l’enquête sur les tueries de janvier et février 2007 est dorénavant renvoyée aux calendes grecques. Un peu loquace au temps de Kouyaté, la fameuse commission d’enquête indépendante brille curieusement aujourd’hui par un silence aussi assourdissant qu’inquiétant pour les parents des victimes et les organisations de défense des droits de l’homme. Les auteurs de ces tueries inqualifiables vont-ils continuer perpétuellement à bénéficier de ce que les mauvaises langues qualifient de régime d’impunité. La balle est désormais dans le camp des autorités politiques et judiciaires du pays pour rectifier le tir. La Guinée ne saurait indéfiniment se prélasser dans le cercle des pays où la violation des droits de l’homme et l’impunité sont érigées en véritable système.
Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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