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S’il y a un fait aujourd’hui qui inquiète les Guinéens patriotes au plus haut point, c’est bien l’exacerbation de l’ethnocentrisme et du régionalisme dans les débats politiques. D’où l’impérieuse nécessité de mettre des garde-fous pour éviter à la Guinée un saut périlleux dans l’inconnu.
En 1992, feu le Général-Président Lansana Conté avait humblement suggéré la création de deux partis politiques : l’un de la mouvance présidentielle et l’autre de l’opposition. Mais fort malheureusement, cette suggestion avait été perçue par certains comme une tentative de brider littéralement le processus démocratique. Celui qui était alors l’homme fort de la Guinée a dû lâcher du lest pour ne pas passer aux jeux de ses détracteurs pour un obstacle majeur à l’instauration du multipartisme intégral dans le pays. Pour le Général Lansana Conté et certains de ses compatriotes, la création de deux partis aurait pu avoir l’avantage de ne pas tomber si facilement dans le monstrueux piège de l’ethnocentrisme et du régionalisme. Son appel est tombé dans des oreilles de sourds. Comme conséquence, la plupart des partis politiques créés à la faveur de l’instauration du multipartisme intégral l’ont été sur des bases ethniques et régionalistes. Le patronyme d’un leader peut susciter des vagues d’adhésions à son parti. Quant à l’appartenance ethnique, elle fait figure de programme politique intéressant pour les adhérents. Le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée) du Pr Alpha Condé s’est vu coller par exemple l’étiquette de parti des Malinkés. L’UNR (Union pour la nouvelle République) de feu Bâ Mamadou et le PRP (Parti du renouveau et du progrès) de feu Siradiou Diallo ont été présentés, à tort ou à raison, comme des partis peuls. L’UPG (Union pour le progrès de la Guinée) de Jean Marie Doré et le PPG (Parti du peuple de Guinée) de Charles Pascal Tolno ont été classés automatiquement dans la catégorie des partis forestiers. Parce qu’il a été fondé par un Soussou, le PUP (Parti de l’unité et du progrès) a été perçu comme le parti des Soussous. Avec l’avènement du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) dans les circonstances que tout le monde connaît, nombreux sont les Guinéens, soucieux de la préservation de l’unité de leur pays, qui ont pensé que des dispositions pratiques allaient être prises pour tordre définitivement le cou à l’ethnocentrisme et au régionalisme. Mais hélas, certains partis politiques continuent de se comporter comme des regroupements ethniques ou des coordinations régionales, avec tous les risques que cela comporte pour l’unité nationale. Les autorités et les leaders politiques ne devraient pas se faire prier pour faire comprendre aux populations, majoritairement analphabètes, qu’un parti digne du nom ne saurait s’identifier à une ethnie pour quelque raison que ce soit. La Guinée est une famille indivisible, dit-on souvent avec emphase. Il serait à la fois salutaire et souhaitable que les Guinéens acceptent de le traduire dans leurs faits et gestes quotidiens. L’ethnocentrisme et le régionalisme représentent aujourd’hui les pires dangers pour une Guinée résolument engagée dans la voie du changement qualitatif et du renouveau. Espérons que chaque Guinéen, par ses propos ou dans son comportement, s’emploiera à faire passer en toute circonstance le message de paix et d’unité.
Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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