dimanche 1 février 2009
Etats Unis d'Afrique ?
Ibrahima Diallo

Ces jours-ci, les pays africains sont sensés jeter les jalons d'un éventuel Etat, qui serait les Etats Unis d'Afrique. Tout un programme ! 

 

La première question à se poser : quel mandat ont-ils reçu, qui les autorise à parler au nom de leur peuple et engager la souveraineté de leur pays dans ce projet ? Jusqu'à preuve du contraire, aucun referendum ou débat parlementaire réel n'a été organisé pour mandater ces chefs d'Etat à l'Union Africaine, dans ce but. 

 

Beaucoup d'entre nous, découvrons dans la presse, que telles ou telles décisions ont été prises, sans même savoir qu'elles avaient été évoquées auparavant. 

 

Au niveau régional comme la Cedeao, ils ont été incapables d'appliquer de simples textes comme la libre circulation des biens et des personnes, ainsi que la liberté de s'installer et travailler, a fortiori permettre le vote des ressortissants de la sous-région. Pour les étudiants par exemple, pendant que la Guinée accepte facilement ceux d'autres pays africains, la réciprocité ne joue pas au niveau de la Cedeao. 

 

Quel gage de sérieux peut-on leur accorder à la formation de cette entité, avec des leaders comme Kadhafi, au pouvoir sans partage depuis 1969 ; Oumar Bongo depuis 1967 ; les pays du Maghreb qui sont tous des "monarchies" déclarée, comme le Maroc, ou de facto pour les autres ; Wade qui a transformé une démocratie naissante en dictature, avec la préparation de son fils pour lui succéder (apparemment) ? 

 

Le projet de l'U.A, en lui-même, est souhaitable et louable, mais sommes-nous vraiment prêts, et surtout, qu'il soit piloté par des dictateurs ?

 

Il y a de quoi s'inquiéter lorsque le Guide libyen Kadhafi, qui n'a pas lui-même une Constitution dans son pays, et le dirige comme sa propriété privée, et dit en plus, qu'il faut des présidents à vie en Afrique, s'ils sont « éclairés », sans donner sa définition du mot. De plus, la Libye a expulsé récemment des Africains sub-sahariens manu militari, sous prétexte qu'ils sont clandestins.

 

Kadhafi veut ce projet pour satisfaire sa mégalomanie, en espérant utiliser le continent pour imposer sa vision au Monde.

 

L'autre problème des Etats Unis d'Afrique réside dans son ambition transcontinentale et transculturelle, force potentielle mais aussi son talon d'Achilles : quel sera notre "ciment national", autrement dit, qu'est-ce qui nous unit, à part notre passé de colonisés, et à présent, d'opprimés (par nos dirigeants et l'Occident) ? Qu'est-ce qui peut unir un Sahraoui à un Bushman du Kalahari ?  Ni leur passé ni leur avenir ! 

 

Ceux qui ont vécu au Maghreb, comme moi, vous diront que ses habitants ne se sentent pas tout à fait Africain, mais plutôt "Arabes" – en fait Arabo-Berbères serait plus vrai, ce qu'ils réfutent-  à défaut d'être considérés par les Occidentaux, égaux à eux.  Les maghrébins savent mieux, dans tous les domaines, ce qui se passe en Occident qu'au sud du Sahara : en réalité, ils en ont cure ! 

 

Prenez l'exemple de la Mauritanie, qui ne sait pas encore (surtout après le départ du Mokhtar Ould Daddah), si elle doit faire partie de l'Afrique de l'ouest ou du Maghreb, et semble avoir finalement opté pour le dernier, tout en tentant de ménager la première.

 

Mais tout cela serait un moindre mal, si la démocratie était dans les mœurs de ces pays. Je ne connais pas un seul pays arabophone où l'alternance politique existe. L'Algérie s'y est essayée avant de rejoindre les autres dans la région, en confiscation du Pouvoir.

 

Imaginez donc une grande majorité d'Etats anti-démocratiques, associés à une petite minorité (moins de dix pays) de "jeunes" démocraties ! Que pensez-vous qui va arriver à ces dernières ?  Phagocytées et discréditées par le syndicat des dictateurs de l'Union Africaine, sous prétexte "d'Africanisme" !    

 

Tout cela pour dire que vouloir créer les Etats Unis d'Afrique avec le leadership actuel, n'est rien d'autre qu'une supercherie politique et utopique, dans la mesure où ce projet veut être imposé au peuple, sans lui demander son avis.  Au lieu de venir du bas, il veut être dicté par le haut, ce qui rend le processus antidémocratique, donc de mauvais augure. 

 

Mon problème est que je n'ai pas confiance aux "pères" et "oncles" de ces Etats Unis d'Afrique, car ils ont été incapables de faire le bonheur -en terme de droits de l'Homme- de leur propre peuple. Comment peuvent-ils faire celui de tout un continent ?  Et puis, cette nouvelle entité intégrée suppose une armée, une monnaie commune et une ou des langues officielles (Anglais, Français, Portugais, Espagnole et Arabe, peut-être Souahili aussi ?). Autant dire que les sujets de désaccords et de controverses ne manqueront pas à la phase de concrétisation.

 

La formation des USA par exemple, est une autre histoire, dans la mesure où ils se sont créés à partir de territoires vidés de leurs habitants natifs, pour être remplacé par des immigrants d'origine européenne (minimum de points communs par l'Histoire) qui se sont accommodés des us et coutumes issus du melting pot en formation. Ce qui n'est pas le cas en Afrique, berceau de l'humanité.

 

Par contre, les Etats Unis de l'Afrique de l'Ouest, pourrait être un projet d'ambition réaliste et réalisable à court terme. Il faut tout d'abord, veiller à appliquer intégralement tous les textes existants, en leur donnant un caractère supranational dans la Cedeao.

 

Puis la seconde phase indispensable pour la réussite de la constitution du nouvel Etat ouest africain est le démantèlement des armées nationales au profit d'une armée ouest africaine, avec commandement intégré, basé dans un des pays du Sahel. 

 

Pourquoi ce dernier point ? En effet, l'Armée a toujours été un obstacle à l'établissement de la démocratie, à travers les coups d'Etat à répétions et/ou comme moyen utilisé par les dictateurs pour asservir leur peuple. Les intérêts personnels des dirigeants primant sur ceux du peuple, ont rendu tout projet d'intégration régional impossible, d'autant plus que la démagogie sécuritaire a contribué à diviser les habitants de la sous-région.  Si la force ne peut plus être utilisée, les hommes politiques devront user alors d'arguments convainquant pour accéder au Pouvoir. 

 

Les pays de l'Afrique du nord, du centre et du sud pourraient en faire autant. Puis, éventuellement plus tard, envisager un regroupement. Pourquoi abandonner ou mettre en péril le projet viable de la Cedeao pour une « chimère khadafienne » ?

 

L'alternance politique d'abord, par l'intermédiaire de la démocratie, avant toute intégration panafricaine, autrement, ce serait mettre la charrue avant les bœufs.

 

Que chacun nettoie devant sa porte d'abord, en réconciliant ses contradictions ! Des pays autoritaires, sans culture démocratique et de contradictions, ne peuvent bâtir une entité aussi compliquée qu'un Etat moderne, où l'Exécutif et ses contre-pouvoirs cohabitent bon gré, mal gré. 

 

Bâtissons les Etats Unis de la Cedeao d'abord !  Telle est, en tout cas, mon opinion.

 

 

Ibrahima Diallo "Ollaid"

pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
K.S, mardi 3 février 2009
Une Chose est sur L`Afrique: QUAND NOUS SERONS UNIS, UNE SEULE AFRIQUE JE VEUX DIRE. UNIS DANS SON VRAI SENS: C`EST LA VICTOIRE DE L`AFRIQUE. Mais quand nous serons demeurons desunis: C`est toujours le symbole de nos retard. alors il est bon moment pour nous de cogiter.
Ibrahima SAKOH, Genève, dimanche 1 février 2009
Excellent texte! J`ai des commentaires à faire sur votre analyse, mais ils seraient trop longs pour une réaction. J`en ferai un article, si le temps me le permet. Merci

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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