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La transition, que ça sonne bien. Expression qu’on entend que dans nos pays Africains. Et la Guinée, notre cher pays a refusé de ne pas être cité parmi ces pays qui ont connu ou qui connaissent le mot transition, pays dans lesquels on l’utilise dans toutes les directions ou le vent l’emporte.
On aurait l’impression que les Guinéens se soient dit: « Une transition: pourquoi pas nous aussi. » Transition ne signifie autre chose qu’un passage d’un lieu à un autre, d’une étape à une autre. Transition signifie traversé, séjour à durée limitée, changement…
La qualité et la durée d’une transition importent beaucoup. Si elle dure trop, ce n’est plus une transition, si elle est trop courte elle risque de mal se passer. Mais surtout si elle est mal vécue et mal organisée, vous prenez un virage qui vous conduit dans un gouffre.
Alors, une simple question: Nous transitons pour aller où ? Ou bien si vous le voulez, notre transition va dans quelle direction ? Oui, vous me direz certainement dans le sens d’une meilleure démocratie. Un autre pourrait même sévèrement me rétorquer: « mais quoi, tu es idiote ou quoi ? » Non je ne le suis pas. Mais je vous invite à lire simplement les signes des temps, à ouvrir les yeux, puisque je sais que Guinéens que vous êtes, vous ne dormez pas. Attention, je ne vous demande pas d’écarquiller les yeux, mais de les ouvrir. Les anglophones diraient: « Use your noodle. »
Dans trois mois nous irons aux élections. Vous le croyez, je pense. Je le crois aussi comme vous. La démocratie c’est la volonté du peuple. Mais, j’ai l’impression que le navire de notre démocratie s’est arrêté. L’organe qui a déclenché la dynamique de la transition démocratique en Guinée semble ne plus bouger. Je veux parler du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement). Je ne vois pas, je n’entends pas et je ne sens pas des conseils que ce conseil offre pour que nous allions vers de bonnes élections. Eh oui, Conseil National, le constat de ce manque est national et pas seulement à Conakry.
Notre démocratie semble être sous perfusion et cela se sent dans les préparatifs des prochaines élections, desquelles on parle comme si elles étaient une solution magique pour notre pays et notre démocratie, tous paralysés depuis des décennies. Conseil National pour la Démocratie et le Développement pour quel développement ? Depuis deux mois qu’on parle des élections, on n’entend plus parler d’un seul projet de développement. Les projets annoncés ou amorcés par le CNDD, lorsqu’il avait pris les commandes, se sont évanouis. Quel est ce pays où on ne nous donne pas le goût d’espérer, de rêver, de décoller ?…
Ce qui est sûr, nous ne condamnerons personne d’autre que nous-mêmes parce que nous voyons les autres (dans d’autres pays) marcher, alors que nous sommes couchés. Le Mali et le Burkina Faso qui sont des pays du Sahel ont l’eau et l’électricité 24h sur 24.
Président par intérim du gouvernement du CNDD, assurez-nous que nous pouvons faire de bonnes élections dans de bonnes conditions avec les conditions dans lesquelles ces élections se préparent actuellement.
La différence entre vous et votre prédécesseur, M. le président, est que vous au moins vous sortez du pays, vous voyagez régulièrement. Mais si on nous disait seulement combien coûte le déplacement d’un président avec toute sa suite et leur séjour. Ce ne serait pas une mauvaise information.
Je ne sais pas pourquoi nous ne nous étonnons pas, nous Guinéens. Celui qui vient, il fait de beaux discours, et conclut en disant que les caisses de l’Etat sont vides. Mais le lendemain, on le voit faire des dépenses, voyager, faire des cadeaux par ci et par là, sans oublier les fameux cadeaux de sacs de riz. Je pense d’ailleurs que c’est un cadeau qu’on devrait supprimer par un article de la prochaine loi fondamentale parce qu’au lieu qu’on apprenne aux Guinéens à cultiver le riz, on leur fait des cadeaux de sacs de riz. Le « bon chef d’Etat guinéen, c’est celui qui distribue les sacs de riz. » Et quand on reçoit ces sacs, on ne le critique plus. Mais diable, à moins qu’il ne soit un vrai fils du diable, qui peut critiquer un chef tellement bon qu’il distribue le riz ? Même s’il décide tout à notre place, même s’il nous piétine ou nous tue, s’il nous distribue le riz, c’est qu’il est bon. Je vous distrais là. Non ce sont plutôt eux qui nous distraient.
Ah M. le président par intérim, je disais que vous au moins, vous aimez voyager. D’ailleurs, lorsque vous étiez ministre de la défendre sous Dadis, quels voyages n’aviez vous pas effectués ? Rien que pour le beau pays de vos oncles, pays de votre mère, le Liban. Certainement, c’était pour signer de très bons contrats entre le Liban et la Guinée, mais seulement, jusqu’à présent nous n’avons appris aucune signature d’un quelconque contrat entre le Liban et la Guinée qui puisse réjouir les Guinéens. Heureusement, ou malheureusement, qu’il y a ces indiscrétions qui dissent toujours dans les coulisses ce qui se passe réellement dans les mouvements des hautes autorités de votre gouvernement. Certaines de ces indiscrétions auraient même dit que Konaté s’est plus enrichi que Dadis lui-même au temps de Dadis. Mais je souhaite ardemment que cela soit faux parce que si cela est vrai, combien de fois plus un tel Konaté peut-il s’enrichir alors qu’il ne tourne plus autour du fauteuil, mais qu’il est lui-même dans le fauteuil ? Et quand il prendra sa retraite, non, quand il laissera le pouvoir après avoir organisé des élections éthérées, ce serait beau de voir quelques Guinéens aller lui rendre visite au Liban.
Ah non, je dois me taire, parce que les langues qui parlent trop, on finit toujours par les couper. Ok, M. le président par intérim, on nous fait croire que nous aurons enfin des élections très transparentes en Juin en oubliant qu’en France et aux Etats Unis (et pourquoi ne doit-on pas les citer, car gare à celui qui ne les cite pas) on n’a jamais organisé des élections en six mois.
L’enrôlement ou le recensement de la population guinéenne de près de dix millions est-il achevé ou ne reste-t-il à achever qu’à l’intérieur du pays ? M. le Président par intérim, on ne sait pas jusqu’à présent combien de gens ont déjà été recensés et quel pourcentage cela représente sur l’ensemble de la population.
Mieux, combien de temps la révision de la liste électorale, la constitution des bureaux de vote et le déploiement du matériel logistique électoral sur toute l’étendue du territoire national pour que nous allions aux urnes dans trois mois peuvent-elles prendre ?
Cela semble impossible à certains, n’est-ce pas, mais non c’est tout à fait possible. Vous voulez les élections, vous les aurez. Pourvu qu’au jour J, il y ait une liste électorale, un isoloir et des urnes et que sous les yeux des observateurs nationaux et surtout internationaux (pour avoir vu plusieurs fois les mêmes magouilles pour les mêmes résultats et sans étonnement), que des Guinéens déposent des bulletins dans des urnes.
Et qui contestera les résultats ? Ah laisse, ils les contestent toujours, voilà pourquoi on ne perd plus son temps à écouter les contestataires. La date, les observateurs internationaux, les journalistes avec leurs caméras, les interviews, tous ceux-là suffisent pour montrer qu’il y a eu élection. Vous-mêmes, M. le Président par intérim, aviez dit que dans certaines conditions la paix vaut mieux que la justice. Alors, pour la Guinée, les élections valent mieux que l’Etat de droit et la vraie démocratie.
Alors qui doute encore que nous n’irons pas aux élections le 27 juin 2010 ? Et si tout ne portait pas à croire que nous n’irons pas aux élections le 27 juin 2010 ? Faisons maintenant ces élections pour fermer la gueule à toutes les mauvaises langues et les antidémocrates.
Quand il y a élection c’est signe qu’il y a démocratie. Qualité ou pas qualité des résultats, il y aura résultats de toutes les façons. Vive la démocratie pourvue qu’elle ne soit pas la dembo-koun-naci. Heureusement que je n’ai pas encore perdu mon malinké.
Celine NINAMOU, Salt Lake City, Utah (USA)
www.guineeactu.com
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