vendredi 17 avril 2009
Et si les Guinéens créaient leurs dictateurs !

Il est malheureusement à craindre, que les Guinéens aient renoué avec une pratique dont on pensait,  après cinquante ans de malheurs, qu’elle était désormais révolue. Force est de constater que nous sommes spécialistes d’un système dont la mécanique est désormais bien rodée et qui débouche invariablement sur la mise en place de dictateurs. Et, il semble que l’expérience actuelle n’échappera pas à la règle.

 

Tout commence souvent, par un engouement incompréhensible pour tout nouveau venu quel qu’il soit. Qu’il ait fait ses preuves ou pas, il bénéficie tout de suite d’un enthousiasme sans aucun rapport avec ses mérites. L’exemple récent de Kouyaté (qui n’avait aucun passé honorable) et de sa bande est là pour illustrer nos propos. Il a tout de suite soulevé un grand espoir dans la population qui comme on pouvait s’y attendre a été déçu. Au lieu de contribuer au renforcement des acquis de la société qui l’a fait PM, il s’est plutôt employé à travers une dérisoire stratégie ethnique à œuvrer pour sa petite personne. Autrefois, Sékou Touré, Lansana Conté, ont bénéficié de la même carte blanche. Aujourd’hui, il ne fait pas de doute, que certains sont gagnés par la même tentation.

 

Nous constatons depuis l’arrivée au pouvoir de Dadis et du CNDD, que les mauvaises habitudes reviennent au galop. Par ci, les meetings de soutien, par là, la lecture du coran !

 

On peut affirmer sans grand risque d’erreur, que c’est ce genre de comportement qui participe à la création d’un dictateur.

 

D’abord, ces mouvements de foules artificiellement gonflés ont pour effet d’anesthésier voir de discréditer les contre-pouvoirs légitimes. Quiconque ne va pas dans le sens du vent est taxé de « mauvais » guinéen. Il en résulte une disparition tragique de tout esprit critique, de tout débat pourtant nécessaires à une recherche pertinente de solutions aux problèmes du pays.

 

Le deuxième effet que produit ce type de comportement, et on l’a vu dans l’histoire de la Guinée, c’est de persuader l’heureux bénéficiaire de ce traitement, qu’il est une personne d’une qualité rare. Le comportement d’allégeance à Dadis risque à terme de lui persuader qu’il a été choisi. C’est ce qui était déjà arrivé avec Sékou Touré et Lansana Conté. Ces gens étaient persuadé d’avoir été choisis par la Providence. La tentation est alors grande de prendre tout interlocuteur comme un sous-homme, et les Guinéens des sujets auxquels aucun compte n’est à rendre.

 

C’est donc ainsi que nous fabriquons des dictateurs. Nous devons donc prendre garde, et nous pouvons le faire, de ne pas retomber dans ce travers qui nous a tant coûté.

 

Les guinéens doivent comprendre qu’aucun être Humain sur terre n’est prêt à céder le pouvoir. Cela est vrai dans les démocraties occidentales à fortiori dans nos pays. Il n’y a que le rapport de force qui oblige les décideurs à céder la place à des élections libres et transparentes. C’est pourquoi les penseurs de la démocratie moderne, comme Montesquieu, ont imaginé la séparation des pouvoirs et des contre-pouvoirs efficaces.

 

Et nous aurions tort de croire que nous avons la chance d’avoir des Hommes pour lesquels ces dispositifs sont superflus. Il est temps que les partis politiques e t la société civile s’investissent sans agressivité mais avec fermeté sur la voie du respect des règles démocratiques, qui sont à vrai dire, les préalables indispensables au développement. Si le Général Malien ATT a cédé sa place après le renversement de Moussa Traoré, c’est  parce qu’il a compris qu’en face de lui il y avait un Peuple déterminé qui avait compris qu’il n’y avait pas de messie ; et, c’est vrai qu’il a quitté le pouvoir avec honneur pour revenir aujourd’hui, fort de l’adhésion de son Peuple.

 

Dadis peut le faire car, il paraît déterminé à assainir le pays malgré, les initiatives confuses qu’il prend en décidant seul et, reconnaissons-le, dans un environnement hostile. A cet égard, l’environnement qui lui est le plus hostile est celui qui pourrait lui faire croire, pour le plus grand malheur du pays, qu’il est infaillible, indispensable bref omnipotent. Nous avons vu où nous ont menées  ces croyances ces cinquante dernières années.

 

 

Alpha-Malal BARRY

Economiste, Coordonateur du groupe Gesficome-Cred

pour guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Moîse Soumah, mardi 28 avril 2009
Je suis d`accord à 100% avec M.BARRY. Les Guinéens ont repris les mauvaises habitutes alors que jusqu`à preuve du contraire Dadis n`a rien fait contre les fossoyeurs de l`économie comme par exemple Kouyaté qui a ruiné le pays en deux ans plus que ce que Conté a fait en 25 ans!
Oumar Sylla, samedi 25 avril 2009
M.BARRY, votre article répond aux questions que se posent nos conpatriotes. Il faut dezs gens comme vous pour diriger notre pays. Malheureusement, nos dirigeants préfèrent les médiocres. Une fois encore, bravo M.BARRY
franck Camara, jeudi 23 avril 2009
Bravo M.BARRY! Je suis parfaitement d`accord avec vous. Néanmoins nous constatons qu`un incapable comme Kouyaté est toujours entrain de se promener à Ckry sans rendre des comptes sur ses vols de l`argent public et sur le fait qu`il a divisé le pays par sa stratégie ethnique. Dadis et CNDD qu`est ce que vous attendez pour demander des comptes à Kouyaté?
Ansoumane Doré, jeudi 23 avril 2009
Cet article équilibré n`est ni une critique mesquine ni un appel au repli aristocratique sur soi vis-à-vis l`expérience de changement en cours en Guinée mais un appel à la vigilance des Guinéens sur ce qui pourrait advenir de la transition.Ceci est donc clair. Pourtant s`il arrivait à Barry de dire à nos compatriotes, demain, je souhaite que la periode transitoire, en cours dans notre pays,soit une réussite,un nombre non négligeable de nos concitoyens qui l`apprécient dans cet article,l`oublieraient illico presto, pour lui dire qu`ils le reconnaissent plus .Tout cela pour dire que l`état des mentalités de chez-nous , nous a conduits un véritable blocage. Je crois, en ce qui me concerne, que la porte de sortie se trouve du côté des Guinéens modérés comme Barry.
Le thié, mardi 21 avril 2009
Bonjour Je suis globalement d’accord avec plusieurs analyses pertinentes comme celle-ci, j’ai juste un problème avec plutôt les mots utilisés souvent au sens figuré et généralement loin du vrai sens. Je citerai chef, président, armée, opposition, parti politique, société civile syndicat etc. … Somme-nous vraiment sûre de les employer à bon escient. Un gars sortirai de nulle part du jour au lendemain endosserai le titre de président Un groupe de gens pareillement le nom d’opposition et j’en passe A ce rythme il va nous falloir inventer un dictionnaire de spécificité guinéenne. Moi je préférai commencer par me poser la question de ce que ses mots cache avant de m’engagé dans une logique aristolécienne.Tout le problème Guinéenne se résume fondamentalement à de l’étymologie qui ne peux être résolue qu’à travers un verdict populaire et puis après on s’enivrera de toute la grammaire car reposant une base incontournable Le VRAI Merci
Me LAMAH Dakar, lundi 20 avril 2009
Je suis d`accord avec vous sur un point;le grand soutien des religieux à Dadis par des prières et de lectures du coran et de la bible. Elles ne sont pas mauvaises en soi; et n`est pas aussi prohibé de formuler des voeux de prières à l`endroit d`un chef mais...mais...mais enfin de compte ce chef s`estimera avoir l`adhésion entière des chefs religieux dont le corollaire est la moralisation à outrance de la population à la résignation dans les lieux de culte contre tout acte de revendication qui pourrait être exigé à ce chef ou à son pouvoir. Rappelez-vous que ce sont les multiles veillés de prières et de lectures de coran organisées d`alors par l`ex Ministre Almamy Fodé de Tondon à Tondon qui avaient contribué à diviniser le pouvoir de CONTE à partir des années 2000 jusqu`à la mort de CONTE. Les conséquences, nous les vivons encore. Feu Président CONTE n`a pas hésité de dire que lui, sa maison est déjà construite au paradis. De telle déclaration blasphèmatoire devant tous les chefs religieux de Guinée est restée sans aucune réaction car ils avaient désormais la conviction qu`il tient son pouvoir de Dieu. Alors chers compatriotes, limitons le soutiens par les prières religieuses qui est un facteur d`éclosion ou de fabrication d`un dictateur.
abou camara, samedi 18 avril 2009
Je suis parfaitement d`accord avec vous.Ce qui m`effrai c`est le fait de voir Kouyaté revenir en Guinée sans que Dadis lui demande des comptes sur ses malversations financières et du crime qu`il a commis en divisant le pays après l`avoir trouvé uni. Kouyaté mérite un jugement et un chatiment exemplaire; encore merci M.BARRY de cette analyse lucide.
Saliou Camara, samedi 18 avril 2009
On voit bien que la guinée a besoin d`un changement RADICAL
Souleymane Diallo, vendredi 17 avril 2009
Helas! Monsieur Barry, vous avez raison sur toute la ligne.
Camara, vendredi 17 avril 2009
Un homme qui se noie s`accrochera a n`importe quoi même au cou du serpent. Mais qui peut sortir la Guinée de ce cercle vicieux vieux de cinquante longues années ? Des compétences, des diplômes de tout genre nous en avons en Guinée, mais des honnêtes hommes, des patriotes il est difficile d’en trouver. La Guinée fabriquera des dictateurs et des dictateurs. Cette fois-ci, pas de distraction, ce dernier dictateur, que vous le vouliez ou pas, nous le fabriquerons en tenant compte des erreurs du passé, pour qu’il rééduque les Guinéens pour une Guinée meilleure. Pardon ! Arrêtez ces théories et si vous en avez gardé dans les banques à l’extérieur ou en poche, ramenez le pour qu’ensemble nous construisions ce pays.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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