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Il est malheureusement à craindre, que les Guinéens aient renoué avec une pratique dont on pensait, après cinquante ans de malheurs, qu’elle était désormais révolue. Force est de constater que nous sommes spécialistes d’un système dont la mécanique est désormais bien rodée et qui débouche invariablement sur la mise en place de dictateurs. Et, il semble que l’expérience actuelle n’échappera pas à la règle.
Tout commence souvent, par un engouement incompréhensible pour tout nouveau venu quel qu’il soit. Qu’il ait fait ses preuves ou pas, il bénéficie tout de suite d’un enthousiasme sans aucun rapport avec ses mérites. L’exemple récent de Kouyaté (qui n’avait aucun passé honorable) et de sa bande est là pour illustrer nos propos. Il a tout de suite soulevé un grand espoir dans la population qui comme on pouvait s’y attendre a été déçu. Au lieu de contribuer au renforcement des acquis de la société qui l’a fait PM, il s’est plutôt employé à travers une dérisoire stratégie ethnique à œuvrer pour sa petite personne. Autrefois, Sékou Touré, Lansana Conté, ont bénéficié de la même carte blanche. Aujourd’hui, il ne fait pas de doute, que certains sont gagnés par la même tentation.
Nous constatons depuis l’arrivée au pouvoir de Dadis et du CNDD, que les mauvaises habitudes reviennent au galop. Par ci, les meetings de soutien, par là, la lecture du coran !
On peut affirmer sans grand risque d’erreur, que c’est ce genre de comportement qui participe à la création d’un dictateur.
D’abord, ces mouvements de foules artificiellement gonflés ont pour effet d’anesthésier voir de discréditer les contre-pouvoirs légitimes. Quiconque ne va pas dans le sens du vent est taxé de « mauvais » guinéen. Il en résulte une disparition tragique de tout esprit critique, de tout débat pourtant nécessaires à une recherche pertinente de solutions aux problèmes du pays.
Le deuxième effet que produit ce type de comportement, et on l’a vu dans l’histoire de la Guinée, c’est de persuader l’heureux bénéficiaire de ce traitement, qu’il est une personne d’une qualité rare. Le comportement d’allégeance à Dadis risque à terme de lui persuader qu’il a été choisi. C’est ce qui était déjà arrivé avec Sékou Touré et Lansana Conté. Ces gens étaient persuadé d’avoir été choisis par la Providence. La tentation est alors grande de prendre tout interlocuteur comme un sous-homme, et les Guinéens des sujets auxquels aucun compte n’est à rendre.
C’est donc ainsi que nous fabriquons des dictateurs. Nous devons donc prendre garde, et nous pouvons le faire, de ne pas retomber dans ce travers qui nous a tant coûté.
Les guinéens doivent comprendre qu’aucun être Humain sur terre n’est prêt à céder le pouvoir. Cela est vrai dans les démocraties occidentales à fortiori dans nos pays. Il n’y a que le rapport de force qui oblige les décideurs à céder la place à des élections libres et transparentes. C’est pourquoi les penseurs de la démocratie moderne, comme Montesquieu, ont imaginé la séparation des pouvoirs et des contre-pouvoirs efficaces.
Et nous aurions tort de croire que nous avons la chance d’avoir des Hommes pour lesquels ces dispositifs sont superflus. Il est temps que les partis politiques e t la société civile s’investissent sans agressivité mais avec fermeté sur la voie du respect des règles démocratiques, qui sont à vrai dire, les préalables indispensables au développement. Si le Général Malien ATT a cédé sa place après le renversement de Moussa Traoré, c’est parce qu’il a compris qu’en face de lui il y avait un Peuple déterminé qui avait compris qu’il n’y avait pas de messie ; et, c’est vrai qu’il a quitté le pouvoir avec honneur pour revenir aujourd’hui, fort de l’adhésion de son Peuple.
Dadis peut le faire car, il paraît déterminé à assainir le pays malgré, les initiatives confuses qu’il prend en décidant seul et, reconnaissons-le, dans un environnement hostile. A cet égard, l’environnement qui lui est le plus hostile est celui qui pourrait lui faire croire, pour le plus grand malheur du pays, qu’il est infaillible, indispensable bref omnipotent. Nous avons vu où nous ont menées ces croyances ces cinquante dernières années.
Alpha-Malal BARRY
Economiste, Coordonateur du groupe Gesficome-Cred
pour guineeactu.com
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