samedi 26 juillet 2008
Et si la Guinée suivait l’exemple ivoirien ?

La semaine dernière, les fonctionnaires et les transporteurs ivoiriens ont déclenché un mouvement de grève pour protester contre la hausse du prix du carburant et la cherté de la vie. Face à cette situation, les autorités ont dû prendre un certain nombre de mesures allant dans le sens de l’apaisement. Parmi ces mesures, l’on peut citer la réduction du train de vie de l’Etat. Et si les autorités guinéennes suivaient cet exemple ivoirien ? En tout cas, c’est la question que bon nombre d’observateurs se posent aujourd’hui.

Depuis quelques années, il est devenu presque inutile de rappeler que les Guinéens, dans leur écrasante majorité, vivent dans la précarité. Une situation d’autant plus inexplicable que la Guinée est un pays dont le sol et le sous-sol sont exceptionnellement riches. Après bientôt un demi-siècle d’indépendance, le Guinéen moyen continue d’éprouver encore de grosses difficultés dans sa vie quotidienne. L’accès aux services sociaux de base relève de plus en plus d’un parcours du combattant. Bien que considérée comme le « château d’eau » de l’Afrique de l’ouest, la Guinée fait partie des rares pays au monde où la pénurie d’eau se vit de façon cyclique, au grand dam des populations. Le courant électrique est un luxe dans le pays, en dépit des immenses potentialités énergétiques dont il regorge. Aussi bien dans la capitale que dans le pays profond, rares sont aujourd’hui les ménages guinéens qui peuvent se targuer d’être en mesure de faire bouillir la marmite deux fois par jour. Les travailleurs des secteurs public et privé assistent, impuissants, à la chute vertigineuse de leur pouvoir d’achat. Les charges familiales et sociales augmentent de façon considérable tandis que les revenus restent statiques dans la plupart des cas. Toute chose qui est de nature à donner perpétuellement du souci aux pères et aux mères de famille. La couche juvénile, pour sa part, est frappée de plein fouet par le chômage chronique. Pour beaucoup d’observateurs avertis, cette déplorable situation est imputable, en grande partie, à la mal gouvernance économique à laquelle se livre la classe dirigeante en toute impunité. Dans l’administration publique, l’on constate avec beaucoup de regret que le clientélisme, la corruption, la concussion, l’affairisme et le détournement de deniers publics sont érigés en système de gestion. Par ces pratiques, certains cadres arrivent à s’enrichir démesurément et illicitement pendant que l’écrasante majorité de la population croupit dans la misère noire et la précarité. Au lendemain de chaque augmentation du prix du carburant à la pompe, les tarifs de transport urbain et interurbain sont immédiatement revus à la hausse, pour le plus grand malheur des pauvres populations. Car les commerçants mettent souvent ces occasions à profit pour se livrer à la fixation anarchique et fantaisiste des prix dans les différents marchés du pays. En 2006, l’équipe gouvernementale, sous la houlette de Fodé Bangouré, alors ministre d’Etat chargé des Affaires présidentielles, avait envisagé de réduire le train de vie de l’Etat. Une mesure qui fera long feu pour des raisons que tout le monde connaît. Les détracteurs du désormais ex-Premier ministre Lansana Kouyaté n’ont jamais cessé de lui reprocher ce qu’ils ont considéré comme un goût immodéré pour les dépenses de prestige. Le 20 mai 2008, l’intéressé, on le sait, a été démis de ses fonctions de Premier ministre, chef du gouvernement pour être remplacé au poste par le Dr Ahmed Tidiane Souaré. Beaucoup pensaient que le nouveau locataire de la primature réfléchirait à réduire le train de vie de l’Etat pour pouvoir faire face à des charges plus urgentes dans d’autres secteurs de la vie nationale. Malheureusement, de 22, le nombre des départements ministériels et des secrétariats généraux est passé à 36. Et de là à soutenir que les portes de la gabegie et du gaspillage sont à nouveau ouvertes, il n’y a qu’un pas que certains observateurs attentifs ont déjà franchi. Le gouvernement ivoirien vient de réduire de moitié le salaire de tous ses membres pour faire face à la crise sociale qui avait commencé à paralyser les activités économiques du pays. Les autorités guinéennes ne devraient-elles pas suivre cet exemple donné par leurs homologues de Côte d’Ivoire ? Cette pertinente question mériterait vraiment une réponse urgente.

Mamy Dioubaté
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ansoumane Doré, jeudi 31 juillet 2008
Oui, il y a déjà longtemps que les questions soulevées ici par Mamy Dioubaté aurait dû trouver un début de réponse.Mais vous savez compatriote Dioubaté, tout le cérémonial qui entoure les fonctions d`Etat chez-nous ( Ministres, Députés, Hauts fonctionnaires)et tous ceux qui ,dans l`entourage de tout agent d`Etat le phagocytent. Ce sont tous ceux qui ont fait un tant soit peu de démarches pour les postulants à tel ou tel poste (sacrifices: boeufs, moutons, cola, dégué , bénédictions)et qui attendent le "salaire" de leurs participations.Les intéressés à peine installés, se trouvent ligotés dans des toiles d`araignées. Pour s`en sortir il faut toujours plus de moyens financiers y compris par le recours au vol et à la corruption. Alors, dans ces conditions, comment voulez-vous que des gouvernants se fassent hara-kiri en réduisant leur train de vie? Je ne justifie pas cette situation mais c`est comme cela.Pour s`en sortir c`est une profonde réforme de l`Etat qu`il faut mettre en place pour permettre à tout un chacun de vivre de son travail.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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