vendredi 27 mars 2009
Et si la cohésion nationale passait par le bipartisme ?
London Camara

Au moment où les nouveaux maîtres du pays se cherchent, les acteurs de la chose politique s’interrogent, les intellectuels débattent et le peuple attend encore et toujours, je me permets d’apporter une modeste contribution à ce débat, pour essayer de proposer à notre pays, la meilleure voie possible, qui lui permettra de sortir de l’ornière.

 

La Guinée, notre pays, vit actuellement une phase importante de son histoire. Chaque instant de la vie est important pour un pays, mais il y a des périodes qui sont plus significatives et qui révèlent une gravité particulière. Notre pays est à la croisée des chemins, et c’est sans doute, une période délicate qu’il va falloir gérer avec responsabilité et mesure.

 

Nous voici dans une phase où tout ce qu’un pays dispose ou plutôt doit disposer comme outil de fonctionnement, est suspendu : toutes les institutions de régulation politique, économique et sociale se trouvent quasiment dissoutes. Du coup, tous les pouvoirs se trouvent concentrés dans les mains d’un organe qui ne dispose d’aucune légitimité, en tout cas populaire, mais qui dans ces circonstances exceptionnelles, peut s’auto légitimer et s’attribuer tous les pouvoirs, pour assurer la conservation de l’Etat et la survie du peuple et de la nation. Les juristes et les constitutionalistes appellent cette phase, la période de transition.

 

Cette phase, comme son nom l’indique, est temporaire, et en principe, ne doit pas s’éterniser. Plus important elle doit aboutir à des changements, pour remettre la nation dans les normes. Nous sommes ainsi dans une phase de transition qui, à priori, doit aboutir à l’établissement d’un nouveau régime ou plutôt à un nouveau système politique.

 

C’est justement ce nouveau système que je souhaite aborder dans cet article, car il me semble important que nous puissions dès maintenant, mettre en place des mécanismes politiques qui permettent l’essor et la cohésion de la nation. L’établissement de ce nouveau système doit tenir compte de tous les équilibres socio-ethniques, traditionnels et culturels de notre pays.

 

Avant l’avènement du CNDD, la République de Guinée était considérée comme un Etat démocratique, en tout cas dans la forme. En effet, l’un des rares mérites de l’homme de Wawa, le paysan soldat Conté, est d’avoir pensé à initier le pays au pouvoir populaire, puisque c’est ainsi que se définie la démocratie.

 

Je vais faire court, et reprendre un peu l’esprit du GENERAL à l’époque. Au départ, il voulait doter la Guinée d’une démocratie avec un nombre limité de partis politiques. Il avait suggéré la création de deux ou trois partis qui travailleraient avec le pouvoir, pour reprendre ses dires de l’époque. Cette suggestion avait alors provoqué une levée de boucliers de la part des acteurs politiques, et finalement, la démocratie intégrale a été adoptée, comme elle a été appelée à l’époque.

 

Je voudrais exposer l’esprit de la démocratie et tenter d’expliciter le fond de la pensée de l’homme de 1984, ceci afin d’étayer mes arguments.

 

La démocratie, pour faire simple, est le système politique dans lequel le peuple est seul détenteur de la souveraineté. Cette souveraineté s’exerce à travers les représentants qu’il a lui-même désignés. Elle est, d’après les philosophes politiques, l’opposé de la monarchie (où une seule personne détient la souveraineté et incarne l’autorité) et l’oligarchie (où la souveraineté est dans les mains d’une partie du peuple).

 

En fait, la démocratie c’est l’autogestion populaire d’où la célèbre formule «gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple».

 

Ce système a le mérite d’associer le plus grand nombre à la gestion de la cité. Ce n’est certainement pas le système parfait, mais c’est le meilleur qui existe à ce jour. Cette notion de démocratie est en fait une vieille notion qui a existé dans des sociétés très anciennes, notamment dans la Grèce antique où les notions d’assemblée populaire sont bien connues. Elle a été reprise dans les temps modernes par le monde occidental, qui y a fondé toute son existence au motif qu’elle accorde plus de libertés à tout le monde, et permet ainsi la diversité des opinions et la contradiction politique.

 

Nous autres, pays du sud en général et l’Afrique en particulier, nous sommes restés, selon les périodes, dans des systèmes plutôt traditionnels et monarchiques, et ce, avant et pendant l’esclavage. La colonisation a fini par avoir raison de ces grands royaumes Africains, mais pour pérenniser son système, le colon ne l’a pas complètement démantelé. Il a accordé certains pouvoirs aux chefs locaux, surtout à ceux qui avaient accepté de composer avec lui. Ce qui lui permettait d’avoir un œil sur les velléités d’insubordination.

 

Les indépendances ont vu naître en Afrique, les pires dictatures camouflées sous des termes -ô combien- populaires et soi-disant démocratiques.

 

Mais enfin, en 1990, il y a eu ce fameux discours de la Baule, du nom de cette petite ville de l’ouest de la France au bord de l’Atlantique, au cours duquel, François Mitterrand, Président de la République française de l’époque, sonna l’ère de la démocratie dans les pays Africains.

 

Se soumettant à l’injonction qui venait d’être ainsi énoncée, la majorité des pays Africains a adopté comme système, la démocratie, en tout cas sous la forme. Mais je ne rentrerai pas dans ce débat. Voilà un peu ce que je voulais dire sur la démocratie. Ce qui m’a permis, au passage, de brosser très brièvement l’histoire de la vie politique Africaine.

 

Quant à la suggestion de notre défunt GENERAL, elle consistait tout simplement à introduire la démocratie en Guinée, mais comme je l’ai dit plus haut, avec deux ou trois partis politiques. C’est une idée discutable mais qui, à mon avis, a ses vertus et ses mérites, bien qu’à l’époque, on ait vu que le mauvais côté de cette proposition.

 

Je ne me fais pas l’avocat du GENERAL, dont j’ai par ailleurs, dénoncé la gestion du pouvoir autant que j’ai pu. Je ne prétends non plus, avoir été l’un de ses confidents. Je ne prétends pas non plus, avoir été dans sa pensée à l’époque. Cependant il est tout à fait légitime d’analyser les œuvres et la pensée de l’homme, maintenant que nos critiques à son encontre sont presque vaines, au motif que même de son vivant, il ne les a pas entendues, ce n’est pas maintenant qu’il n’est plus des nôtres, qu’il les entendra. Des miracles, il en existe mais avec lui, le miracle aurait été qu’une fois au moins, de son vivant, il entende certains qui ne pensaient pas forcément comme lui. Enfin bon, il est parti et il ne reviendra plus, laissons-le un peu tranquille.

 

Pour revenir sur cette notion de bipartisme, comme le titre de l’article le désigne, je plaide pour une démocratie à deux partis politiques dans notre pays. Je sais que bien des critiques me seront adressées, mais il me semble primordial de donner son avis. C’est donc à moi, d’affûter mes arguments, pour esquiver vos critiques.

 

L’objectif de la démocratie est d’établir une cité à l’intérieur de laquelle, règnent l’harmonie et la cohésion nationale, ce qui suppose qu’il doit y régner le moins de conflit et de violence possible. La cohésion nationale, c’est avant tout, l’harmonie entre les différentes composantes de la société.

 

Et justement, dans les pays Africains et particulièrement le nôtre, les Rivières du Sud, les composantes dont je parle, sont les différentes ethnies ou groupements ethniques, qui constituent le Peuple guinéen.

 

Voyons quelle a été la conséquence de l’instauration de la démocratie intégrale dans notre pays. C’est fondamentalement des partis politiques qui ont été créés et qui se sont pérennisés sur une base ethniques ou régionale : le PUP aux soussous et à la Basse Côte, l’UNR, le PRP puis l’UPR et aujourd’hui l’UFDG aux peulhs et au Foutah, le RPG aux malinkés et à la Haute Guinée et l’UPG aux Forestiers et à la Guinée Forestière.

 

Demain, se sera le parti de Coup raté (Kouyaté) qui se disputera avec le RPG dans la Haute Guinée. En outre, nous avons aujourd’hui des petites formations politiques dont la sphère d’influence ne dépasse pas le cadre familial. Le seul but, inavoué bien évidemment, des responsables de ces petits partis, est de profiter des privilèges qu’offre le statut de responsable politique.

 

Cette situation a fait qu’aucun parti politique n’est fondé sur des bases idéologiques qui, pourtant, sont le fondement de l’engagement politique. A mon avis, un parti n’est pas censé défendre le destin d’une ethnie dans un pays, mais au contraire, de défendre l’intérêt de la nation dans lequel chacun trouve le sien.

 

L’une des erreurs qui a été commise dans la démocratisation des pays Africains, c’est à mon sens, le fait d’avoir omis ces aspects socioculturels et ethniques. Si vous ramenez chez vous, un crocodile qui ne vit que dans l’eau sans avoir au préalable préparer un respirateur artificiel ou un aquarium, il ne tiendra pas longtemps.

 

C’est pourquoi, je propose la mise en place d’une démocratie bipartite, pour ressouder les différentes composantes ethniques de notre pays. Avec ce système, nous aurons forcément des partis très hétérogènes, dans lesquels se retrouve la Guinée au pluriel.

 

Il reviendra aux organes de transition, si toute fois ils sont institués un jour, et aux partis politiques actuels, de définir et de conduire la fusion des partis existants dans les deux futurs partis. Il reviendra aussi à l’organe de transition, de définir le statut général de ces futures formations. Ce statut doit faire en sorte qu’un équilibre parfait soit observé à l’intérieur de ces grands partis et ce, à tous les niveaux de leurs instances.

 

Les modalités idéologiques de fusion entre les partis seront laissées au libre-arbitre de leurs responsables qui, en fonction de leurs idées, se ressembleront.

 

A titre d’exemple, on pourrait bien envisager la fusion entre l’UFR et l’UFDG, qui sont toutes deux, des formations à tendance libérale, ou bien celle du RPG et de l’UPG, toutes deux de tendance socialiste.

 

On verra ainsi les Guinéens de toute région se battre pour tel ou tel responsable défendant une idéologie politique et un projet solide pour l’avenir de notre pays, au lieu de se battre pour défendre tel ou tel, parce qu’il est de telle ou telle région ou ethnie.

 

Ainsi, au lieu de l’unité électorale que nous avons toujours demandé à une partie de la sphère politique, notamment l’opposition, c’est une unité politique et idéologique que nous aurons pour une Guinée unie et harmonieuse.

 

A mon avis, c’est cette vision qui animait l’homme de Wawa, quand d’antan, il faisait sa proposition. Avec le recul, je trouve que sa proposition a du sens : peut être que le soldat qu’il a été, n’a pas su trouver les bons arguments au soutien et à la défense de son idée. A chacun de juger.

 

Que Dieu protège la Guinée et les Guinéens.

 

London CAMARA
de www.guinee58.com

partenaire de www.guineeactu.com

 

PS : je remercie la personne qui m’a aidé à rédiger cet article et qui se reconnaîtra.  

 

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Vos commentaires
Youssouf Bangoura, samedi 28 mars 2009
Très belle analyse, comme l`a dit mr Kylé rien à ajouter, sauf que moi personnellement j`ai peur, Quelle serait la solution si demain avec les partis ethniques qu`on a chaque region vote pour le sien ? ma grande peur se trouve entre les malinkés et les peulhs,il me semble que ces derniers ne pourraient pas supporter un autre pouvoir malinké même democratiquement élu,je dis haut ce que beaucoup pensent bas, j`aurais aimé voir un president peulh après l`echec d`un malinké et un soussou mais comme je ne suis qu`un parmi des millions, il se peut que la majorité ne partage pas mon voeu. Je demande pardon si vous me trouvez en hors sujet, mais peu importe l`essentiel est que vous compreniez ce que je veux dire.
Allemagne, samedi 28 mars 2009
LA GUINEE A BESOIN DU SYSTEME AMERICAIN PAS PLUS , DEUX (2) PARTIES POLITIQUES POUR LE MOMENT . NOUS LISONS TOUS LES JOURS DANS VOS SITES LES ATTAQUES VERBALES ET DIFFAMATOIRES DE NOS PETITS NEGRES APRENTIS JOURNALISTES QUI SONT SANS DOUTE MEMBRES DE L ACADEMIE FRANCAISE
Bangaly Traore, samedi 28 mars 2009
Mr London,je suis d`accord avec toi,mais laissons le dictateur et sa famille tranquille n`est point possible a l`instant pour notre pays,car l`homme et sa famille ont organiser la plus grande corruption dans l`histoire de notre nation.NB:Apres les elections il aura 3a4 partis politiques en guinee.
Koundouno Fatoma, samedi 28 mars 2009
Le bi ou tri partisme serait une bonne option mais aujourd`hui nous sommes fasse à équations à 6o inconnues. Comment transformer les soixante inconnues en une seule? Mathématiquement parlant c`est impossible. La seule option c`est de laisser paisiblement les différents partis s`entre bouffer tout en définissant les règles de jeu qui doivent être très strictes. Pour éviter donc de frustrer les uns les autres, nous devons laisser le temps faire la purge des partis.
Ibrahima Kylé Diallo, vendredi 27 mars 2009
Merci London Camara, je n`ai rien à ajouter !

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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