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Je me demande si nous ne commettons pas une erreur tactique en dénonçant précipitamment chacune des bêtises de Dadis. Notre chef de junte en dispose tellement qu’il apparaît comme l’incarnation même de la bêtise. C’est à croire qu’il les programme pour détourner l’attention de tous sur l’essentiel. Dadis ne fait pas de bêtises, il en est l’incarnation! Il faut s’en débarrasser tout de suite ! Mais comment ?
Je ne prétends pas donner la solution mais je propose une piste de réflexion.
En Guinée, on prend souvent l’apparence de la réalité pour la réalité de l’apparence. Contrairement à ce qu’on croit, les Guinéens ne sont pas divisés fondamentalement ; ils ont simplement des points de vue différents en matière de stratégie politique. Certains veulent des élections tout de suite, c’est-à-dire avant la fin de l’année 2009 ; d’autres réclament en priorité des audits : d’autres encore auraient souhaité une conférence nationale souveraine. Cependant presque tout le monde, y compris beaucoup de militaires, veut le départ de l’actuelle junte aussi stupide que stérile car elle ne produit rien de bon pour le pays.
La malédiction de la Guinée se traduit par le fait qu’étant dirigée par des tarés, elle a souvent raté ses rendez-vous avec l’histoire.
Prenons le cas de la conférence nationale. Après son coup du 23 décembre 2008, Dadis et Compagnie auraient dû, dans l’euphorie ambiante, organiser cette conférence exigée par beaucoup et souhaitée par tous. Si l’idée de conférence nationale continue de faire peur à certains, c’est qu’il n’en ont pas compris le sens ou qu’ils se sentent coupables. Nous aurions pu nous inspirer de ce qui s’est passé au Bénin. Elle ne consiste pas à faire le procès de qui que ce soit, aucune ethnie n’étant visée car il ne faut jamais confondre un leader aussi cruel ou pourri soit-il avec sa communauté. Le seul objectif est de dépasser les crispations identitaires pour savoir comment le pays a été géré (politiquement, économiquement, financièrement) depuis 1958, début de la confiscation de sa souveraineté nationale par des clans familiaux. Il s’agit d’une thérapie collective pour refonder l’Etat guinéen sur de nouvelles bases plus saines. Aujourd’hui, les conditions sont moins propices (je ne dis pas inexistantes) à cette conférence car les velléités manipulatrices risquent de prendre provisoirement le dessus sur la volonté de concorde. Pourtant, cette conférence est incontournable. N’en abandonnons pas l’idée car il y va de l’unité nationale, thème qui m’est plus cher que tout le reste.
Prenons le cas des audits que tout le monde souhaite à condition qu’ils ne concernent que le voisin. Le problème est que les dirigeants actuels en ont fait une arme politicienne. Il n’y a pas meilleur exemple que celui qui vient d’en haut ! Si Dadis voulait se montrer sérieux, il aurait dû commencer par lui-même en nous indiquant l’origine de ses biens, en comparaison avec son revenu officiel ! En nous éclairant sur sa gestion du dossier du carburant de l’armée. En nous expliquant son rôle dans les évènements de janvier et de février 2007. Peut-il être juge et partie ? Quand l’auditeur est aussi pourri, sinon plus, que l’audité on a peu de chance de respirer un air pur et tout s’étouffe!
Maintenant voyons le cas des élections. Ceux qui estiment être bien placés pour le remporter, les veulent tout de suite. En revanche, ceux qui ne sont pas prêts (partis peu implantés, en quête de ressources et de militants) pensent ou du moins préfèrent qu’elles soient organisées pour 2010 au plus tôt, au motif qu’il faut assainir le fichier des électeurs, faire le ménage, etc. Cet argument ne tient pas la route. Dadis avait promis de faire le ménage. Il a, bien sûr, le balai en main mais il ne balaie pas ! S’il n’avait pas ramassé le pouvoir, M. Somparé aurait succédé constitutionnellement au Général Conté et aurait organisé l’élection présidentielle, avec le fichier actuel, dans les délais prévus par la loi. On aurait eu en tout cas un civil (quel qu’il soit) à la tête de l’Etat. Je préfère pour la Guinée un président élu à tout chef de junte car l’armée guinéenne est l’ unique institution qui violente ce pays.
Compte tenu de ce qui précède, que faudrait-il faire pour débloquer la situation et sortir la Guinée de la mouise ?
1) A mon sens, il faut organiser d’abord l’élection présidentielle avant la fin de l’année 2009 et concentrer les militaires dans les camps, leur habitat habituel. Bien entendu, en l’absence d’audits faute de temps et de moyens (compétences et financements) il y a un risque qu’un prédateur accède à la présidence. Je le sais. Les électeurs guinéens (ceux de l’intérieur et ceux à l’extérieur du territoire) ayant une idée sur chaque candidat, j’ose espérer qu’ils éliront le moins pourri de ceux qui briguent la magistrature suprême ! On fait toujours avec ce qu’on a sur place! Ainsi on aura l’avantage de porter à la tête de l’Etat un civil, plus représentatif du pays sur la scène internationale. Un dirigeant dont nous n’aurons pas honte lorsqu’il parle en notre nom même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec lui. Chacun sait que le kaki est passé de mode. Un treillis sonne toujours faux dans un groupe de chefs d’Etat en boubous amidonnés et celui qui le porte donne l’impression d’être de garde de corps d’un de ses pairs. Qu’on ne nous raconte pas d’histoire car nous avons largement le temps d’organiser des élections crédibles, la communauté internationale pouvant nous envoyer un nombre très important d’observateurs.
2) Le président nouvellement élu formera son équipe gouvernementale qui se mettra immédiatement au travail pour organiser les législatives. Un premier ministre peut être utile mais il n’est pas indispensable si chaque ministre donne le meilleur de lui-même. Un président compétent et bien entouré peut facilement coordonner l’action gouvernementale (Les USA, l’Afrique du Sud, le Libéria etc. n’ont pas de PM)
3) La nouvelle Législature créera, entre autre, des commissions pour :
a) examiner comment mener à bien les audits tant réclamés,
b) faire une petite toilette de la constitution : mandat présidentiel de 5 ans renouvelable une seule fois car, même quand on réussit, il faut donner l’occasion aux autres de servir eu aussi leur pays, empêcher tout tripatouillage de cette constitution pendant au moins un quart de siècle, limiter les pouvoirs excessifs du président qui ne doit jamais nommer à tous les emplois civils et militaires mais à quelques-uns bien définis ( un con aux pouvoirs illimités ne peut faire que des conneries ), etc.,
c) initier la conférence nationale,
d) créer une nouvelle armée nationale, etc.
Une fois la Guinée aura été mise sur les rails, on s’occupera des autres dossiers comme, par exemple, celui des chemins de fer…
Dans ce scénario perfectible mais réaliste que faire de Dadis et de sa compagnie ? Le chef de la junte s’est déclaré fier d’être né dans une case. Il n’y a pas de raison d’en avoir honte! Cependant, en jouant avec démagogie dans le registre de la modestie, tout ce qu’il dit manque cruellement de crédibilité. Il distribue à sa guise le contenu des caisses de l’Etat. Pourtant cet argent ne lui appartient pas ! Autoproclamé président, Dadis s’est octroyé, au dos du contribuable guinéen, un train de vie qu’aucun «lakoudou», vivant de riz et de tubercules, ne peut obtenir. C’est illégal, injuste et immoral !
Pour sa sécurité, Dadis ne peut plus vivre dans une caserne, en qualité de simple officier. Dadis a peur de changer de statut et de finir mal dans l’horreur après avoir bénéficié de beaucoup d’honneurs. Aidons-le, le ciel nous aidera ! Comme ce n’est pas possible de lui construire un bunker personnalisé, il faut demander une aide au Sénégal voisin. Si Dadis a consigné des militaires à Kassa, ce n’est pas pour l’amour des îles mais pour des raisons de sécurité. On pourrait donc demander au président Wade de prêter une résidence à Dadis dans l’île de Gorée, au large de Dakar mais sans mettre à sa disposition la moindre pirogue. Dadis pourrait y demeurer avec ses fidèles et encombrants compagnons (Coplan et El Tigre, Toto espérant mieux à Wonkifon !) en attendant de déposer devant une future commission d’audits. Qu’il sache que cette faveur n’est pas un droit automatique mais relèverait d’une simple politique humanitaire.
Dadis, est né dans une case, nous a-t-il dit. Pourquoi ne sort-il pas de sa cage pendant qu’il le peut encore ! Il joue avec des allumettes dans un local où tout est inflammable. J’ai peur qu’il n’en craque une pour, soi-disant, faire la lumière sur un dossier brûlant.
Je vous salue.
Ibrahima Kylé Diallo
www.guineeactu.com
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