 |
« Qui prend l’épée périra par l’épée », parole biblique qui se vérifie aujourd’hui en Guinée.
Lansana Conté et le CMRN avaient usurpé le pouvoir en avril 1984, quelques jours après l’enterrement de Sékou Touré dont le cercueil fut source d’énigmes et de légendes non encore élucidées.
Le même schéma est appliqué à Lansana Conté. Cette fois, il s’agit d’un véritable coup d’Etat parce que le système défunt avait produit des rejetons qui tentaient le clonage de l’œuvre de déconstruction du pays. De facto, les esprits malins (au sens premier du mot) veulent nécessairement trouver une correspondance entre le passé et ce qui se produit maintenant.
Ainsi résulte-t-il de l’analyse actuelle des événements trois conceptions de la gestion de l’après Conté :
- Celle qui appelle au respect de la Constitution et condamne le Coup d’Etat des forces armées républicaines,
- Celle qui salue la prise pacifique du pouvoir par les jeunes officiers attachés à la démocratie
- Celle réclamant la constitution d’un gouvernement de transition.
Ces différentes positions pourraient ouvrir le débat si les arguments compréhensifs les sous-tendaient. Il y a plutôt des à priori fondés sur des accusations. Le moment étant grave ne faudrait-il pas conjuguer nos efforts, nous organiser sereinement et de façon responsable pour appuyer les nouvelles autorités qui nous évitent la guerre larvée qui couvait la gestion de l’après Conté ?
Le soutien en question doit être critique et porté par une extrême intransigeance dans le choix des membres de l’équipe gouvernementale à former. Son socle est une vigilance accrue tout en apportant notre concours aux jeunes démocrates à canaliser leur marche. En revanche, il faut qu’ils soient à l’écoute des propositions venant de tous les patriotiques. Pour cela deux erreurs sont à éviter : s’adjoindre les opposants de carrière, s’assurer les services des anciens barons. Sinon la déstabilisation est assurée et le piétinement que nous voulons éradiquer perdurera encore longtemps. Les critiques-juges ne pensent pas moins qu’un militaire ne mérite pas d’assumer les fonctions qui sont les siennes en ce moment ; parce que certains croient qu’ils ne sont pas dignes, de par leur origine ethnique, à occuper les hautes fonctions dont ils sont les maîtres aujourd’hui. Compte tenu de toutes ces considérations, les nouvelles autorités ont à prouver le contraire. Et pour réussir, il leur appartient de ne pas visiter les vieilles recettes qui ont enfanté le chaos que nous connaissions.
Heureusement que l’entame de la conduite de leurs affaires s’annonce prometteuse de la rupture que nous appelions de tous nos vœux.
En tout cas, les événements semblent converger vers ce point capital au renouveau de la Guinée :
- La prise de pouvoir s’est produite sans effusion de sang,
- Les anciens dirigeants sont traités dans l’esprit du respect des droits humains ; ce qui les amène à faire allégeance aux nouvelles autorités,
- La hiérarchie militaire, bien que mise à l’écart, reconnaît le nouveau pouvoir,
- Contrairement au système abattu, les Démocrates n’ont touché à aucun bien matériel privé et n’ont inquiété personne jusqu’à maintenant,
- Aucune arrestation arbitraire n’est encore opérée, ce qui traduit l’esprit républicain et démocratique selon lequel tout individu est préjugé innocent jusqu’à l’établissement de preuves par la justice.
- Aucune violence n’est également signalée même quand la troupe se présente dans les familles des anciens ministres pour récupérer les véhicules et autres biens de l’Etat,
- Les compatriotes de l’intérieur approuvent, dans leur grande majorité, leur intervention salvatrice, sans laquelle le sang aurait coulé,
- L’ouverture des leaders patriotes de deux partis politiques responsables augurent des lendemains que nous souhaitons meilleurs. Ce qui ne signifie de pactiser avec eux.
En laissant en liberté les auteurs connus de nos maux, les signes annonciateurs d’un climat de paix sociale ne peuvent être mieux affichés. Les patriotes guinéens doivent jouer leur partition.
En faisant quoi ?
Resserrer les liens autour des jeunes démocrates pour qu’ensemble nous attelions le pays au progrès, au développement économique, à l’abondance alimentaire, à la vraie paix, à la justice sociale, à l’accès à la santé pour tous, à une instruction de qualité pour toutes les générations et surtout à la sécurité tant individuelle que collective.
L’histoire n’a jamais été une répétition dans l’évolution des sociétés. Il faut ouvrir de nouvelles et différentes perspectives aux Guinéennes et Guinéens dans la quête du vrai bonheur et non des chimériques promesses telles que nous l’avions vécu avec Lanciné Kouyaté, en son temps.
Les condamnations, jugements péremptoires et discours creux n’ont pas de place en cette phase de notre évolution. Tous ceux qui ont crié hier (UA, UE, CEDAO, FIDH, USA et autres individualités…) ont reçu la réponse la plus cinglante à leurs menaces. Les jeunes démocrates viennent de démontrer qu’ils ne sont pas que des militaires. Les allégeances effectuées, hier, par les anciens gouvernants et officiers supérieurs, ne peuvent être que l’une des meilleures réponses aux « maîtres démocrates et petits juges ». Que vont-ils faire demain ? Se mordre le front !
Par contre, la mise à l’écart des vieux Généraux des forces armées de la gestion des affaires publiques, n’est-elle pas l’invitation au rajeunissement de la classe politique guinéenne ? D’ailleurs ne faut-il pas la débarrasser des opposants politiques de carrière, ces grands visiteurs des palais ? Leur sempiternelle rivalité n’est-elle pas une des causes fondamentales du déficit démocratique dans notre pays ? Réfléchissons-y !
De toutes les façons, la mutation est désormais annoncée ! Elle doit s’étendre à la totalité des acteurs de la vie publique de notre pays. Ainsi leur renouvellement est à sérieusement envisager maintenant pour que 2010 donne à la Guinée des hommes et des femmes ayant seulement pour seule ambition de servir l’Etat et ses citoyens sur la base d’une rémunération conséquente et surtout au mérite.
Comme nous le voyons, le chantier de construction de la Guinée est gigantesque. Les charges ne doivent pas seulement peser sur les jeunes épaules du CNDD. Nous en sommes tous des ouvriers. En conséquence, le devoir patriotique nous invite à la solidarité, à une implication réelle de chacun dans le processus du renouveau guinéen.
Jacques Kourouma pour www.guineeactu.com
Paris, le 26 décembre 2008
|
 |