vendredi 26 décembre 2008
Et si chacun pouvait jouer sa partition ?
Jacques Kourouma

« Qui prend l’épée périra par l’épée », parole biblique qui se vérifie aujourd’hui en Guinée.

Lansana Conté et le CMRN avaient usurpé le pouvoir en avril 1984, quelques jours après l’enterrement de Sékou Touré dont le cercueil fut source d’énigmes et de légendes non encore élucidées.

Le même schéma est appliqué à Lansana Conté. Cette fois, il s’agit d’un véritable coup d’Etat parce que le système défunt avait produit des rejetons qui tentaient le clonage de l’œuvre de déconstruction du pays. De facto, les esprits malins (au sens premier du mot) veulent nécessairement trouver une correspondance entre le passé et ce qui se produit maintenant.

Ainsi résulte-t-il de l’analyse actuelle des événements trois conceptions de la gestion de l’après Conté :

  • Celle qui appelle au respect de la Constitution et condamne le Coup d’Etat des forces armées républicaines,
  • Celle qui salue la prise pacifique du pouvoir par les jeunes officiers attachés à la démocratie
  • Celle réclamant la constitution d’un gouvernement de transition.

Ces différentes positions pourraient ouvrir le débat si les arguments compréhensifs les sous-tendaient. Il y a plutôt des à priori fondés sur des accusations. Le moment étant grave ne faudrait-il pas conjuguer nos efforts, nous organiser sereinement et de façon responsable pour appuyer les nouvelles autorités qui nous évitent la guerre larvée qui couvait la gestion de l’après Conté ?

Le soutien en question doit être critique et porté par une extrême intransigeance dans le choix des membres de l’équipe gouvernementale à former. Son socle est une vigilance accrue tout en apportant notre concours aux jeunes démocrates à canaliser leur marche. En revanche, il faut qu’ils soient à l’écoute des propositions venant de tous les patriotiques. Pour cela deux erreurs sont à éviter : s’adjoindre les opposants de carrière, s’assurer les services des anciens barons. Sinon la déstabilisation est assurée et le piétinement que nous voulons éradiquer perdurera encore longtemps. Les critiques-juges ne pensent pas moins qu’un militaire ne mérite pas d’assumer les fonctions qui sont les siennes en ce moment ; parce que certains croient qu’ils ne sont pas dignes, de par leur origine ethnique, à occuper les hautes fonctions dont ils sont les maîtres aujourd’hui. Compte tenu de toutes ces considérations, les nouvelles autorités ont à prouver le contraire. Et pour réussir, il leur appartient de ne pas visiter les vieilles recettes qui ont enfanté le chaos que nous connaissions.

Heureusement que l’entame de la conduite de leurs affaires s’annonce prometteuse de la rupture que nous appelions de tous nos vœux.

En tout cas, les événements semblent converger vers ce point capital au renouveau de la Guinée :

  • La prise de pouvoir s’est produite sans effusion de sang,
  • Les anciens dirigeants sont traités dans l’esprit du respect des droits humains ; ce qui les amène à faire allégeance aux nouvelles autorités,
  • La hiérarchie militaire, bien que mise à l’écart, reconnaît le nouveau pouvoir,
  • Contrairement au système abattu, les Démocrates n’ont touché à aucun bien matériel privé et n’ont inquiété personne jusqu’à maintenant,
  • Aucune arrestation arbitraire n’est encore opérée, ce qui traduit l’esprit républicain et démocratique selon lequel tout individu est préjugé innocent jusqu’à l’établissement de preuves par la justice.
  • Aucune violence n’est également signalée même quand la troupe se présente dans les familles des anciens ministres pour récupérer les véhicules et autres biens de l’Etat,
  • Les compatriotes de l’intérieur approuvent, dans leur grande majorité, leur intervention salvatrice, sans laquelle le sang aurait coulé,
  • L’ouverture des leaders patriotes de deux partis politiques responsables augurent des lendemains que nous souhaitons meilleurs. Ce qui ne signifie de pactiser avec eux.

En laissant en liberté les auteurs connus de nos maux, les signes annonciateurs d’un climat de paix sociale ne peuvent être mieux affichés. Les patriotes guinéens doivent jouer leur partition.

En faisant quoi ?

Resserrer les liens autour des jeunes démocrates pour qu’ensemble nous attelions le pays au progrès, au développement économique, à l’abondance alimentaire, à la vraie paix, à la justice sociale, à l’accès à la santé pour tous, à une instruction de qualité pour toutes les générations et surtout à la sécurité tant individuelle que collective.

L’histoire n’a jamais été une répétition dans l’évolution des sociétés. Il faut ouvrir de nouvelles et différentes perspectives aux Guinéennes et Guinéens dans la quête du vrai bonheur et non des chimériques promesses telles que nous l’avions vécu avec Lanciné Kouyaté, en son temps.

Les condamnations, jugements péremptoires et discours creux n’ont pas de place en cette phase de notre évolution. Tous ceux qui ont crié hier (UA, UE, CEDAO, FIDH, USA et autres individualités…) ont reçu la réponse la plus cinglante à leurs menaces. Les jeunes démocrates viennent de démontrer qu’ils ne sont pas que des militaires. Les allégeances effectuées, hier, par les anciens gouvernants et officiers supérieurs, ne peuvent être que l’une des meilleures réponses aux « maîtres démocrates et petits juges ». Que vont-ils faire demain ? Se mordre le front !

Par contre, la mise à l’écart des vieux Généraux des forces armées de la gestion des affaires publiques, n’est-elle pas l’invitation au rajeunissement de la classe politique guinéenne ? D’ailleurs ne faut-il pas la débarrasser des opposants politiques de carrière, ces grands visiteurs des palais ? Leur sempiternelle rivalité n’est-elle pas une des causes fondamentales du déficit démocratique dans notre pays ? Réfléchissons-y !

De toutes les façons, la mutation est désormais annoncée ! Elle doit s’étendre à la totalité des acteurs de la vie publique de notre pays. Ainsi leur renouvellement est à sérieusement envisager maintenant pour que 2010 donne à la Guinée des hommes et des femmes ayant seulement pour seule ambition de servir l’Etat et ses citoyens sur la base d’une rémunération conséquente et surtout au mérite.

Comme nous le voyons, le chantier de construction de la Guinée est gigantesque. Les charges ne doivent pas seulement peser sur les jeunes épaules du CNDD. Nous en sommes tous des ouvriers. En conséquence, le devoir patriotique nous invite à la solidarité, à une implication réelle de chacun dans le processus du renouveau guinéen.

Jacques Kourouma
pour
www.guineeactu.com

Paris, le 26 décembre 2008

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Vos commentaires
K. Diallo, samedi 27 décembre 2008
Je me rejois de vous revoir sur la presse. Vos positions me plaisent beaucoup parceque vous dites toutes les verites memes celles considerees par d`autres non prononsables. Je voudrais seulement dire de faire beaucoup attention quant a la securite de Daddis. Parceque vous savez que les 2 vices presidents aussi pretendaient la presidence et rien ne pouvre qu`ils ont baisses les bars. Et la repetition de coups d`etat conduira certainment au catastrophe par suite de reglement de compte.Konate avit voulu baisser les bras quant il a vu qu`il n`etait plus le choix pour la presidance. Kouyate voulait venir directment a Conakry meme sous l`insecurite. Qu`estcequ`il cache. Est il venu?
Ansoumane Doré, samedi 27 décembre 2008
Comme à son habitude, Jacques fournit toujours de très bonnes analyses.Je suis en accord avec bien de ses vues ici, notamment quand il fait allusion aux condamnations et jugements péremptoires des UA, UE, CEDEAO, FIDH, USA,qui n`étaient pas sans savoir que le système Lansana Conté était tout sauf un Etat de droit. Ce n`était qu`une apparence d`Etat de droit et assurer un changement dans le cadre "constitutionnel" existant serait revenu à reconduire le système Conté.Cependant, même si l`on est conscient de cet état de chose,la sympathie envers la nouvelle équipe qui a pris en mains les destinées du pays doit s`accompagner de prudence. Je crois à cet égard que des arguments avancés ci-dessous par Sidibé sont à prendre en considération et ils ne vont pas d`ailleurs dans le sens d`une quelconque condamnation.Je crois personnellement que l`obstacle majeur à de vrais changements tient du schéma culturel qui enserre tous les Guinéens acteurs politiques civils ou miltaires,c`est la mentalité dominante dans ce domaine. Mentalité pétrie de laxisme et de compromissions.Quand Jacques recommande que chacun tente de jouer sa partition, on ne peut que l`approuver.Mais il faut absolument que Moussa Dadis Camara et ses compagnons aient une conscience élevée dans la formation de l`équipe à mettre en place.La Guinée est une nation encore en formation,sans procéder à une répartition mathématique des resonsabilités des responsabilités dans l`équipe, il faut tenir le plus grand compte des sensibilités régionales.C`est un facteur d`adhésion à l`équipe et d`apaisement général.
Alpha Ibrahima Bah, Einstein, Phd Candidate Québec city, vendredi 26 décembre 2008
J`ai lu avec attention l`article de Jacques, mon cher ami merci d`éviter ces appréhensions aux relents ethniques. Dans tous les cas je partage l`inquiétude de Sidibé. Bien que très attaché aux principes du respect des droits de l`homme, je ne vois aucune raison qui fait qu`il s`érige en protecteur des vampires de la trempe de Sylla ou de la famille politique et biologique de Conté. Ces gars continueront à narguer les pauvres guinéens et dites moi dans ce cas, où se trouve la justice et le changement. je connais bien Moussa Dadis et une bonne partie de son équipe,certes que l`on y retrouve des personnes de bonne foi, comme Thiam Nouhou et Moussa en personne,mais, ils ne sont pas tous des saints. Dans tous les cas le geste d`hier en vers les prédateurs se décrypte très mal à mon avis. Vivement que je me trompe de ce point de vue là. Dans tous les cas, la physionomie de son prochain gouvernement et les mécanismes de fonctionnement de celui là nous en diront plus. Sur ce, je dis une fois encore bonne chance et bon vent à Moussa et au CNDD. Surtout qu`il évite d`être l`otage d`un groupe. Sincèrement et amicalement à vous les nouveaux gouvernants. Einstein dépuis le Canada.
Ibrahima Diallo-"Ollaid", vendredi 26 décembre 2008
Mr L.Diallo, vous blaguez ou quoi? Est ce une provocation gratuite? Si vous avez des preuves, produisez les ou alors avec tout le respect je peux vous dire que vous etes irresponsable! Ce n`est ni le moment ni la place pour ce genre d`attaques. Meme si c`etait vrai, vous pouviez l`exposer au public autrement. Et Guineeactu a commis une erreur en laissant de tels propos passés a cause du "timing" sensible en ce moment: tous guineens sont tres fragiles, incertains et susceptibles ces jours ci. L`equipe editoriale devrait y reflechir. C`est serieux!
Ibrahima Diallo-"Ollaid", vendredi 26 décembre 2008
Ok! Mais gardons notre "cool" comme vous le faites d’habitude et admettons que le peuple tranche sans exclure personne sauf si la loi les condamne et les rend inéligibles. Evitons des élections a la "Guéi" en Cote d`ivoire qui a permis a Gbagbo d`arriver au pouvoir alors qu`il avait très peu de chance autrement. Et quand au Peuple: Avez vous vu le nombre de gens aux funérailles du General Conté. Serait-il populaire ou c`est juste la curiosité ou hommage a un mort? C`est peut être tout cela; difficile à dire dans ces conditions. Revoyons comment Kouyaté aussi a été accueilli et nous savons la suite. Et nous connaissons tous l’expression associée au peuple: « vive le Général, à bas le Général !» Quant aux militaires, il faut que nous soyons cohérents : L’armée a été le principal support du Général et on ne peut dire que tels ou tels militaires sont différents dans la mesure où aucuns ne se sont pas manifestés avant pour dire qu’ils ne sont pas d’accord avec cette politique qui fait souffrir le peuple. Ailleurs quand ce fut le cas ou pour d’autres raisons, ces militaires ont fait une rébellion. Ces jeunes « patriotes » aurait fait ce coup en 2007, ils auraient réussi aussi, j’en suis sûr, et raccompagner Conte au village. Qui ne dit mot consent ou est couard (pour un soldat) pour sauver sa peau. Si notre Général avait vécu encore plusieurs années, ils auraient attendu encore regardant le peuple souffrir ? A propos de Dadis et ses compagnons, à moins que vous sachiez des choses que nous ne savons pas, je me rallierai lorsqu’ils auront montré " patte blanche". Mr Kouyaté m’a trompé déjà avec de très belles promesses et faux espoirs, je serai le vrai "Gahou" (comme disent les Ivoiriens) si je me laisse prendre encore une fois ! Malheureusement nous nous sommes enfermés pour l’instant dans deux schémas "prédestinés", les militaires ou Somparé comme si nous ne sommes pas capables de trouver une autre alternative avec les militaires de notre coté. Je souhaite que vous ayez raison et que je me sois trompé !
A sidibe, vendredi 26 décembre 2008
Mon Cher Kourouma Bon retour dans les débats car vous aviez disparu, en tous c’est mon avis parce que je ne vous lisais pas ces derniers jours. Ceci dit, à la place de l’enthousiasme qui m’a animé depuis la nouvelle de la prise du pouvoir par l’armée, jusqu’à la publication de la liste des nouveaux maîtres de la Guinée, a commencé à céder le pas à une inquiétude grandissante au fur et à mesure des actes posés par Moussa. 1) Je suis bien d’avis avec lui qu’il présente ses condoléances à la famille de son prédécesseur, c’est le devoir de tout être humain surtout lorsqu’on a collaboré avec le défunt, mais de là à rassurer l’épouse que même les biens mal acquis de son défunt mari seront sécurisés par ses soins me laisse un peu perplexe. 2) Recevoir les membres de l’ancien gouvernement et les généraux et les laissés repartir avec des honneurs, certains avec leurs véhicules de services et la garde rapprochée, est certes un acte d’apaisement ou de tolérance, mais c’est pour moi un signe que Moussa est à la solde d’un groupe obscure près de l’ancienne présidence qui voudrait d’abord s’assurer qu’il n’y a pas d’autres prétendants au fauteuil avant de sortir au clair. Je ne lui demande de les tuer comme l’ont fait les deux autres gouvernements, mais il devait les garder jusqu’à la passation des services avec les nouveaux qu’il va nommé. 3) Mes propos se vérifient aujourd’hui, quand je vois Soriba Sorel Gouverneur de Conakry et député de surcroît aux côté de Mamadouba Toto Camara à l’aéroport entrain de recevoir les visiteurs venues présenté leur condoléances la Guinée, alors que tous les autres Gouverneurs civils ont été remplacés par des militaires. Son Gouvernement doit être celui de la justice, et de rassemblement, pour cela il doit agir en faveur du peuple, mettre fin à la gabegie financière en lançant l’opération « main propres » en guinée. En agissant ainsi, il aurait donné un signal fort à ceux qui viendront travaillé avec lui sur la gestion des affaires publiques. Keira, Mamadou Sylla et bien d’autres doivent des comptes à la Guinée. Nous avons été longtemps frustrés, Puisse Dieu donner la clairvoyance à Moussa, et à ses compagnons afin que justice soit faite en Guinée. Vive la Guinée, vive la frange républicaine de l’armée guinéenne Vive la paix et la justice.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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