|
Avant de développer le sujet de ma réflexion, je voudrais que l’on revienne sur la citation du diplomate allemand :
« M. le président, nous avons des inquiétudes lorsque vous aviez dit récemment à "Africable" que vous ne serez pas candidat si les élections sont organisées en 2009 (...) Et si c'est en 2010, seriez-vous candidat? »
Après lecture, je me demande si ces propos sont d’un diplomate ou d’un journaliste. Lorsque je me suis rassuré que ces paroles sont celles d’un diplomate, j’ai été comprendre ce que signifie qu’être diplomate.
Le Petit Robert nous définit le diplomate : « nom masculin : Celui qui est chargé par un gouvernement de fonctions diplomatiques, de négociations avec un gouvernement étranger… »
La définition délimite l’intervention et le rôle du diplomate dans sa fonction de représentant. Même si son long séjour l’ambassadeur l’amène parfois à porter les habits du territoire, cette acclimatation ne devrait lui permettre d’outrepasser ses limites. Le faire peut entraîner des incidents diplomatiques ou simplement une immixtion dans les affaires intérieures de la Guinée. D’ailleurs, aucun pays au monde, si démocratique, soit-il, n’acceptera une telle intervention. Nous sommes dans le strict respect de la souveraineté des nations.
L’on peut disserter sur la réponse donnée, par Dadis, à l’ingérence de l’ambassadeur allemand, mais dit-on pas : « Lorsqu’un chien soulève ses pattes et projette ses urines sur le mur d’un autre chien, ce dernier se doit de lui rendre pareil ? » Aucun Guinéen ne devrait admettre cette ingérence, à moins que nous soyons incapables de résoudre par nous-mêmes nos problèmes.
Quel est ce pays européen qui accepterait qu’un diplomate africain ou d’un pays tiers s’immisce dans ses affaires intérieures ?
La question des élections relève des affaires internes à la Guinée. Aucun Etat, si puissant, soit-il, ne doit nous dicter la voie à suivre. Par contre, dans les rapports interétatiques, il peut arriver que, dans les négociations, tel ou tel problème soit évoqué, débattu entre partenaires, mais l’application des résultats obtenus reste du ressort de l’Etat concerné. Il peut être suggéré à un gouvernement des voies de résolutions de tel ou tel aspect de ses difficultés.
En prenant cette considération, je reste perplexe face aux nombreux commentaires faits après cet incident diplomatique provoqué par l’ambassadeur allemand. Je souhaite que ce qui a été dit à Conakry soit répété dans un pays arabe. Ne me posez pas : quelle serait la réaction ?
Les différentes prises de position m’ont conduit à cette réflexion : Et si les Guinéens étaient à la base du blocage de leur pays ?
J’avais toujours pensé que, c’est seulement le pouvoir, en place, qui participe du blocage de la Guinée. Petit à petit, je suis entrain de réviser mon jugement.
Quelques faits.
Depuis que la Guinée a de nouvelles autorités à sa tête, de nombreux Guinéens ont tendance à occulter les facteurs qui ont favorisé l’avènement du CNDD.
Sous Lansana Conté, la majorité était unanime sur l’inexistence de l’Etat, à cause du tripatouillage de la constitution. Nous étions nombreux à dénoncer l’illégalité des pratiques gouvernementales, et le caractère, parfois, illégitime de nombreux aspects du système qui les favorisait.
Le 23 décembre 2008, un groupe de militaires prend le pouvoir et s’assigne comme mission la rupture avec la malgouvernance. Nous l’applaudissons. Aussitôt commence la mise en place de stratégie de conquête de pouvoir. Il pousse des partis politiques comme des champignons. Le plus irritant, même les voleurs connus deviennent des leaders politiques.
Sur cette lancée, nous oublions vite les vrais chantiers à travailler pour éradiquer la maladie guinéenne. On saute toutes les étapes d’enfantement de la démocratie guinéenne. L’on exige l’enfant sans asseoir le cadre de sa conception, sans prévoir sa couche, ni la nourriture. En clair, l’on nous fait croire que seules les élections suffisent pour que le pavillon guinéen sache flotter le drapeau de la démocratie.
J’avais écrit : Dernier espoir ? Et d’autres titres ont suivi après. Mais les petits calculs fondés sur des intérêts très particuliers ont prévalu.
Alors que je me demandais : les élections tant réclamées sont garanties par quels instruments institutionnels ? La musique au son démocratique retentissait si fort que la raison devenait déraison.
Si les élections ont lieu aujourd’hui, quelle sera la garantie des résultats? La constitution qui avait fait de Lansana Conté un Président à vie ? La Loi fondamentale qui limitait l’âge des potentiels candidats et qui interdisait des candidatures indépendantes ?
Nous avions des institutions vieilles de cinquante ans. Le bon sens patriotique aurait voulu que des politiques, soucieux du progrès du pays, se penchent sur les amendements possibles ou éventuels. Par exemples, l’inscription ou non du poste de Premier ministre et les prérogatives de celui-ci, la durée du mandat présidentiel,…etc. La refonte de l’armée et surtout son casernement qui s’appuierait sur la discipline. Et concevoir la bataille de la construction de la nation qui consisterait à interroger l’histoire vécue depuis cinquante ans afin d’exhumer les rancœurs, sans pourtant verser dans des règlements de compte ; baliser la marche progressive sur la base d’un véritable contrat social guinéen.
Les politiciens ont préféré la course de vitesse à celle de fonds qui épuise moins, plus efficace en tant que remède au règlement des questions sociétales.
Celles-ci ne peuvent ainsi se décliner en termes de militaires incompétents ou civils providentiels.
Combien d’hommes se métamorphosent et deviennent méconnaissables dès qu’ils intègrent les arcanes du pouvoir dans notre pays ?
Et puisque ce pouvoir est sacralisé par le Guinéen, une fois qu’ils y sont, ils développent des stratégies pour y demeurer autant que faire se peut.
Comme chacun veut manger à la même table, les non convives entrent dans l’armée des faux résistants. Ils invectivent ceux qui n’empruntent pas le sens de leur marche, clouent au pilori ceux qui sont au pouvoir. Les deux camps cherchent à se neutralisent mutuellement, oubliant par conséquent les vraies questions dont la résolution placerait la Guinée sur les rails du développement. Cette situation plonge le pays dans un blocage institutionnel et fige les positions. Simplement, le développement et le progrès manquent au rendez-vous des deux camps.
Maintenant que faire ?
Renouer le fil du dialogue avec le CNDD qui a montré sa volonté de quitter le pouvoir en 2010. Assainir le paysage politique de tous les prébendiers reconvertis en politiques et ceux qui ne le sont pas, mais occupant des positions publiques. Instaurer la confiance entre les animateurs de la vie publique épurée. Préparer une sortie honorable des tenants de pouvoir de maintenant et de demain. Egalement leur réserver un statut social digne.
Tout le reste n’est qu’agitation inutile et perte de temps synonyme d’opposition inféconde et stérile. Les appels à des marches devant toutes les institutions du monde n’instaureront jamais la paix que nous souhaitons au pays. Les exemples sont nombreux dans le monde.
Combien d’Etats ont récusé les résolutions de l’ONU ?
Les puissances occidentales ne sont fortes dans l’application de quelques décisions que dans nos pays parce que l’Africain reste encore fasciné par le mot sanction ou embargo. Ailleurs, elles agissent avec mesure.
Au regard de ce qui précède qui peut me faire croire que la Guinée n’est bloquée que par son pouvoir et non une partie de sa population ?
Jacques KOUROUMA
www.guineeactu.com
|