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Le président de la Commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Mohamed Ibn Chambas qui ne cache pas sa préoccupation face à la situation de crise que connaît la Guinée, a plaidé pour un déploiement d’une force d’interposition en Guinée, lors de la réunion du Groupe de contact international qui s’est tenue dimanche à Ouagadougou. La junte a vu rouge dans les propos de M. Chambas, tout en qualifiant cette démarche de déclaration de guerre.
Le président sortant de la Commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Ghanéen Mohamed Ibn Chambas vient encore de tirer la sonnette d’alarme sur la détérioration du climat sociopolitique dans notre pays. Une situation susceptible d’engendrer des troubles si des mesures ne sont pas prises dans l’urgence. Car selon lui, « tous les ingrédients d’une situation explosive sont aujourd’hui réunis en Guinée ». Et comme solution, M. Chambas préconise l’envoi d’une force d’interposition.
Cette force qui sera composée d’observateurs militaires aura pour mission de « protéger et d’assister les populations civiles, dans un cadre strictement humanitaire », a déclaré M. Chambas.
Le président de la Commission de la CEDEAO, aurait tancé vertement les représentants du CNDD à Ouaga, au cours des travaux de la 9e réunion du GCI-G. En leur rappelant que les violations répétées des droits de l’homme ne resteront pas impunies.
On se souvient que M. Chambas avait appelé à une "ostracisation" de la junte, au lendemain de l’attentat manqué contre Dadis, pour la contraindre au départ.
Le Groupe de contact créé pour accompagner le processus de transition en Guinée, après la disparition de Lansana Conté, a pu déceler très tôt les ambitions politiques de Dadis, lorsque celui-ci avait réuni les élus locaux au palais du peuple, pour lui faire allégeance, tout en l’invitant à se porter candidat à la prochaine présidentielle.
Ce jour Ibrahima Fall et Mohamed Chambas avaient quitté Conakry sur la pointe des pieds, eux qui étaient venus demander au capitaine Dadis Camara de respecter ses engagements, à ne pas se porter candidat en cas d’élection.
Depuis ce fiasco enregistré lors de la 6e réunion, le Groupe de contact ne s’est plus réuni à Conakry. Tour à tour, ses membres se retrouveront à New York en marge des travaux de l’Assemblée générale puis à Abuja au Nigeria. Avant la rencontre qui a eu lieu ce dimanche à Ouaga.
Le leitmotiv de toutes ces réunions fut le départ de la junte pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
Le colonel Moussa Kéita qu’on croyait en disgrâce, a finalement repris la main, lors de cette réunion de Ouaga, où il aurait ravi la vedette au commandant Kèlèti Faro, pourtant sensé être cette fois le chef de la délégation du CNDD.
Et c’est lui qui va prendre sur lui de rétorquer aux propos de Ibn Chambas, de façon non moins péremptoire, en qualifiant l’envoi de toute force d’interposition sur le sol guinéen comme une « atteinte à l’autorité de l’Etat et à l’intégrité du territoire national ». Moussa Kéita va plus loin en invitant « les pays qui prétendent envoyer des forces » à s’abstenir.
Au risque de se heurter à une résistance farouche, sans doute. « Leurs actes pouvant être considérés comme une déclaration de guerre », a-t-il averti.
Selon Mamadou Bah Baddikko, président de l’Union des forces démocratiques (UFD), qui a pris part à cette réunion, le GCI- G aurait appelé de nouveau à une « solution politique consensuelle basée sur la non- candidature des membres du CNDD ».
Tout en demandant au médiateur « de poursuivre ses efforts en tenant compte des décisions pertinentes de la CEDEAO et de l’UA pour parvenir à un accord acceptable par les parties ».
Promesse aurait donc été faite aux Forces vives que le médiateur « allait se manifester très prochainement pour relancer les travaux ».
Pour Baddiko, cela constitue « un fait important, car le CNDD cherche à faire traîner les choses en longueur pour gagner du temps et s’organiser encore mieux pour confisquer le pouvoir sur la durée. Nous avons craint que le médiateur ne soit entrain de renforcer cette position », dira-t-il.
Avant d’ajouter : « Nous étions partis vendredi de Conakry relativement optimistes car on nous avait annoncé que les extrémistes bien connus du CNDD ne feraient plus partie de la délégation. Il était même annoncé que c’est désormais le Commandant Kelitigui Faro qui allait conduire la délégation. Or, nous avons eu la surprise de nous retrouver dans la salle avec les mêmes qu’à la rencontre précédente de Ouaga2! Il était également dit que plus personne d’entre eux ne devait s’adresser aux médias sans autorisation. Or le fameux Idrissa Cherif n’a jamais été aussi volubile...Il s’est donc passé quelque chose que nous ignorons à Conakry entre vendredi midi et ce dimanche matin. Nous allons tenter de la savoir ».
Cette 9e réunion du GCI a connu la participation de la CEDEAO, l’Union africaine, les représentants de l’Union européenne, l’ONU, tous membres du dit organe.
A en juger par la réaction de Ibn Chambas, le Groupe de contact ne semble donc pas rassuré par l’engagement du ministre de la Défense, lé général Sékouba Konaté, à ramener l’ordre au sein de la junte.
En extirpant des rangs de la troupe les brebis galeuses. Un pari qui est loin d’être gagné.
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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