mercredi 8 avril 2009
Entretiens : " Comprendre l’Economie " (suite et fin)
Ansoumane Doré

Entretiens : "  Comprendre l’Economie " (suite et fin)

 

VII. LES RELATIONS ECONOMIQUES AVEC LES PAYS ETRANGERS

 

Aucune économie ne vit en vase clos. Chaque pays achète, (c'est-à-dire, importe) et vend, (c'est-à-dire exporte) à l'étranger des biens et des services. On appelle « échanges extérieurs » ces échanges de marchandises, de services et de capitaux entre, par exemple un pays donné et les pays étrangers.

 

1. Les échanges extérieurs sont-ils profitables ?

 

Ces échanges sont devenus indispensables et même avantageux pour les uns et pas toujours pour les autres. Leur développement tient à deux raisons principales :

 

-D'une part, chaque pays a absolument besoin de se procurer à l'extérieur des produits dont il ne dispose pas sur son propre sol (matières premières, produits industriels, pétrole, etc.);

 

-D'autre part, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans certains types de productions pour lesquelles il dispose d'avantages naturels. C'est ce que certains économistes ont appelé l' »avantage comparatif ».

 

Ce concept montre que dans un contexte de libre-échange, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production où il est le plus apte comparativement à ses partenaires pour accroitre sa richesse nationale. Cette production est celle pour laquelle, il détient un « avantage comparatif ».

 

Pour la Guinée par exemple, comme pour d'autres pays en développement il ne peut s'agir que de produits agricoles et miniers. Ces pays exportent donc ces matières premières pour pouvoir acheter en contrepartie aux pays industriels d'autres biens. Malheureusement dans les échanges entre pays industriels et pays en développement, on assiste périodiquement, selon les produits, à de dramatiques détériorations des termes de l'échange.

 

Les termes de l'échange d'un pays se détériorent lorsque les prix des produits qu'il exporte évoluent moins favorablement que les prix des produits qu'il importe. Par exemple, si les prix des importations augmentent plus vite que les prix des exportations (c'est souvent le cas des pays africains), il y a détérioration des termes de l'échange. Même s'il existe ici ou là, des associations de producteurs pour obtenir des prix rémunérateurs.

 

L'évolution qu'on constate, montre que plus les prix des produits industriels importés dans les pays en développement augmentent, plus les recettes d'exportation des matières premières de ces derniers baissent .Cela signifie que malgré les efforts d'organismes spécialisés; travaillant sur ces questions, les produits qu'exportent les pays en développement ne sont pas toujours payés à leur « juste valeur » et ce qu'on appelle le commerce équitable n'est, encore, que très embryonnaire.

 

Le pourquoi alors du commerce extérieur est que la mondialisation de l'économie ne permet plus à des pays, de vivre en autarcie. Pour répondre donc à la question de départ : « les échanges extérieurs sont-ils profitables ? », la réponse est variable.

 

Pour les pays industriels à productions diversifiées, ces échanges sont, souvent, très largement profitables, même s'il existe des secteurs déficitaires dans la structure de leur commerce extérieur.

 

Pour les pays en développement, les échanges extérieurs se soldent assez souvent par des situations de déficit commercial.

 

Par exemple, selon le World Development Indicators database, d'avril 2006, les exportations et les importations guinéennes de biens et services (en % de PIB) on évolué comme suit en 2000, 2004, 2005 :

 

+Exportations, respectivement: 23,6%, 21,8% et 33,1%.

 

+Importations, respectivement:28,7%, 26,1% et 36,3%.

 

Cette évolution montre que les recettes (exportations) demeurent inférieures aux dépenses (importations). Par conséquent, les échanges extérieurs ne sont pas profitables pour la Guinée. C’est du reste, une donnée structurelle de l'économie guinéenne.

 

2. Quelles sont les principales dépenses et recettes extérieures ?

.

** Les dépenses extérieures se rangent en plusieurs catégories dont les principales sont :

 

+Les importations de marchandises (matières premières énergies, produits industriels, etc.);

 

+L'achat de services divers (par exemple les dépenses faites par les touristes du pays à l'étranger);

 

+La rémunération des investissements étrangers dans le pays et les intérêts payés sur des emprunts contractés à l'étranger;

 

+ Les transferts à l'étranger d'une partie des salaires des travailleurs immigrés dans le pays;

 

+ Les dons et prêts publics et privés faits par un pays à des pays étrangers, etc.

 

** Les recettes extérieures sont constituées par :

 

+Les produits des exportations de marchandises;

 

+La vente de services à des étrangers (par exemple les dépenses des touristes étrangers dans le pays);

 

+Le revenu des investissements et prêts du pays à l'étranger;

 

+Les dons et prêts reçus par les pays en développement et qui d'ailleurs posent le lancinant problème de la dette extérieure, etc.

 

3. Qu'est-ce que la balance commerciale ?

 

Au cours d'une période déterminée, les échanges commerciaux d'un pays peuvent être équilibrés ou déséquilibrés. La balance commerciale qui enregistre les flux de marchandises, permet de mesurer cet équilibre ou ce déséquilibre. Elle est constituée par la comparaison en valeur de l'ensemble des marchandises exportée et importées.

 

Lorsque la valeur des exportations est égale à la valeur des importations, on dit que la balance est équilibrée, c'est la situation d'équilibre commerciale. Si les exportations sont supérieures aux importations, la balance est excédentaire, c'est la situation d'excédent commercial. La situation opposée correspond à un déficit commercial (solde négatif de la balance commerciale).

 

La notion de commerce extérieur correspond stricto sensu aux échanges de marchandises, même si on l'emploie parfois, dans un sens plus large (ensemble des biens et services échangés).

 

Pour éviter les confusions avec des balances voisines, il faut savoir que :

 

*La balance commerciale se compose des importations de marchandises et des exportations de marchandises et dégage un solde (+,=, -);

 

*La balance des transactions courantes (désignée aussi balance des opérations courantes, balance des paiements courants, balance courante), regroupe la balance commerciale et la balance des invisibles qui recense l'ensemble des échanges de biens immatériels avec l'extérieur (transports, assurances, tourismes services liés aux échanges de technologie etc.). Cette balance permet de mesurer plus exactement la santé des échanges extérieurs du pays.

 

Le solde de la balance des transactions courantes peut être très différent de celui de la balance commerciale.

 

*La balance des paiements regroupe surtout deux grandes balances, la balance des transactions courantes et la balance des capitaux à long et à court terme.

 

Pour ce qui concerne les exportations de marchandises guinéennes, il s'agit essentiellement de produits miniers (bauxite, aluminium, diamants, or,)et de produits agricoles (bois, café, caoutchouc, cacao) ainsi que de produits de la pêche. Mais il s'agit pour ces produits agricoles, de volumes  nettement moindres  que ce qu'on peut observer dans un pays voisin comme la Côte d'Ivoire.

 

Il arrive des années où l'impact de la hausse du prix de certains produits comme le pétrole se fasse sentir sur la structure du commerce extérieur de certains pays. Ce fut le cas des années 70 et 80, et même, bien après pour d'autres.

 

4. Quelles peuvent être les chances des pays africains dans la mondialisation de l'économie ?

 

Il faut placer ici, au premier plan des préoccupations, l'intégration spatiale régionale, pour donner des chances à l'économie africaine dans la compétition mondiale. Depuis les indépendances, les souhaits d'unions ou d'associations politiques n'ont pas manqué mais les réussites de taille sont rares. Certains regroupements à caractère économique semblent avoir ouvert la voie à une intégration régionale susceptible d'affronter la mondialisation avec plus de force.

 

En Afrique de l'Ouest, quinze Etats ont créé en 1975, la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour promouvoir l'intégration économique, sociale et culturelle. Mais l'hétérogénéité des structures économiques et sociales de ce vaste espace est encore loin de donner l'impulsion nécessaire à une rapide intégration à l'économie mondiale.

 

Sept Etats francophones et la Guinée Bissau à monnaie unique (le Franc CFA), tout en étant membres de la CEDEAO, ont réalisé une intégration plus avancée dans le cadre de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA).C'est un cadre potentiel d'intégration à l'économie mondiale.

 

En Afrique Orientale et Australe, existent des accords commerciaux régionaux tels le COMESA (Marché commun de l'Afrique orientale et australe), la CAE (Communauté de l'Afrique de l'Est), le RIFF (Regional Integration Facilitation Forum), la SADC (Communauté du Développement de l'Afrique Australe) et la SACU (Union Douanière d'Afrique Australe).

 

C'est en développant ces différentes intégrations régionales que les pays africains seront mieux armés pour accéder aux marchés extérieurs avec plus de possibilités. En effet, malgré l'existence de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le protectionnisme réel des pays industriels handicapent bien des exportations agricoles africaines. Même les situations dites de préférence (Accords de Lomé, UE-ACP) n'ont pas réduit totalement les difficultés éprouvées par les pays africains. Les produits miniers subissent également la loi des pays industriels.

 

Enfin, les chances des pays africains dans la mondialisation peuvent tenir à des variables qu'ils doivent mettre en valeur :

 

*les facteurs naturels propices à la production agricole, pour ceux qui en sont dotés;

 

*la mise en place d'infrastructures économiques et sociales, supports du développement;

 

*l'éducation et la formation professionnelle de la jeunesse. Un pays peut devenir riche par la qualité de ses hommes.

 

 

Ansoumane Doré, Dijon, France

pour www.guineeactu.com

 

NB : Je rappelle pour ceux qui n'auraient pas pris ces entretiens dès le départ, de ne pas être surpris de la très grande simplification que j'adopte dans les lignes qui suivent. C'est au large public des citoyens lambda que je m'adresse.

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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