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La fin de l'année 2008 et ce début d'année 2009 sont marqués pour la Guinée, par le changement (on l'espère) du régime de feu Lansana Conté par un Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) présidé par le Capitaine Moussa Dadis Camara. La fièvre qui s'en est suivie, pour les Guinéens, ne doit pas faire oublier les problèmes toujours posés, jamais résolus.
La formation citoyenne des Guinéennes et des Guinéens, est l'un de ces problèmes. Tout en se préoccupant de l'actualité guinéenne, il ne faut pas mettre aux oubliettes les problèmes récurrents. C'est dans la préoccupation du vaste cadre de la formation du citoyen moyen qui conditionne l'avenir guinéen que j'ai proposé ces entretiens qui ne couvrent qu'un des aspects de cette formation.
J'ai un peu de retard sur la proposition que j'avais faite, à cet égard, en décembre dernier d'entreprendre pour ceux qui le veulent, une démarche en sept étapes de "Comprendre l'économie" qui est aussi, comprendre la société.
Je rappelle que j'avais insisté sur le fait qu'il ne s'agit nullement d'un cours destiné à des étudiants ou à tous ceux qui connaissent déjà les mécanismes économiques. Ceux-ci ont mieux à faire ailleurs pour élargir leurs connaissances économiques.
Ici, je n'ai pensé qu'à ceux qu'on désigne, faute de mieux, de citoyens lambda, c'est-à-dire de citoyens ordinaires. Ils sont nombreux, militants des partis politiques, des syndicats, de la société civile, Guinéens tout simplement. Ils n'ont pas poussé de longues études mais ont l'esprit ouvert et veulent s'impliquer ou s'impliquent déjà dans la marche de la Guinée. Un minimum de formation citoyenne est nécessaire pour cela.
Sans entrer dans des explications compliquées du type des amphithéâtres de faculté, on peut expliquer aux citoyens ordinaires les B.A-BA de l'économie politique pour la compréhension du fonctionnement économique de l'Etat. Si beaucoup de Guinéens sont actuellement passionnés par les questions d'audits liés aux pillages économiques de la Guinée par ses successifs dirigeants, c'est que chacun sent que c'est anormal et inadmissible qu'une telle évolution se soit produite et prolongée dans le temps.
Quelques responsables politiques et administratifs ont profité, sans état d'âme, de leurs positions dans les rouages de l'Etat, pour se partager, en petits groupes, le produit national guinéen. Les Guinéens se connaissent bien et savent tous que ceux d'entre eux qui affichent, aujourd'hui un niveau de richesses très élevé, par toutes sortes d'indicateurs (parcs immobiliers, automobiles, notamment), n'ont pu le faire que par le vol des biens publics.
Les Guinéens savent que, sans avoir exercé d'industries particulières, la plupart de ceux qui affichent un niveau insolent de richesses, sont des voleurs, et sont d'autant plus voleurs, qu'ils sont passés par le secteur public.
Et qu'ils n'aillent pas nous dire qu'ils sont dans des activités d'entreprises privées pour justifier leur niveau de fortune actuelle. Où ont-ils pris le capital de départ de ces entreprises, sinon sur les deniers publics ? Ils doivent rembourser à l'Etat ce qu'ils ont volé durant des années.
Le produit national qu'ils ont détourné à leur profit, doit revenir à l'Etat guinéen. Le citoyen doit connaître les concepts autour desquels se déroulent ces discussions.
Mais qu'est-ce qu'au juste ce produit national ? Commençons donc par dire de quoi il s'agit. Mais je n'ignore pas que ce démarrage abrupt va déconcerter même certains économistes habitués à la méthode de l'abécédaire. Je me tiens cependant à la démarche que j'ai annoncée en sept points, qui vont suivre, et je l'espère, vont rendre un peu plus clair l'univers de l'économie politique de l'Etat.
Je dis bien économie politique, car de tout temps, économie et politique ont été intimement liées. C'est pourquoi, si des occasions d'allusions à la situation guinéenne se présentent, je ne manquerai pas de les signaler.
Les étapes seront les suivantes:
I. Qu'est-ce que le produit national ?
II. Les utilisations (habituelles) du produit national.
III. Les conditions de la croissance économique.
IV. La monnaie.
V. L'économie de marché.
VI. Le rôle de l'Etat.
VII. Les relations économiques internationales.
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I. LE PRODUIT NATIONAL
Produire consiste à créer des biens (biens matériels) et des services (biens immatériels),grâce à des facteurs de production, comme le travail et le capital utilisés dans des proportions variables.
La production crée ainsi de nouvelles richesses dans une économie. Ces richesses constituent la somme des valeurs ajoutées apportées par toutes les unités productrices de biens et de services de la nation (entreprises, particuliers, administrations, institutions financières).
Chacune de ces unités utilise des facteurs de production qui sont les consommations intermédiaires pour obtenir un produit ou un service. C'est en enlevant la valeur des consommations intermédiaires de la valeur du produit obtenu qu'on obtient la valeur ajoutée unité par unité. La somme de toutes les valeurs ajoutées à l'intérieur d'un territoire donne le produit intérieur brut (PIB (avant impôts).
Si l'on inclut la valeur ajoutée par les transactions économiques avec l'étranger (soldes positifs ou négatifs), on obtient le produit national brut (PNB). L'établissement de ces agrégats plus complexes que je ne le fais ici, suppose un enregistrement chiffré et rigoureux de l'activité économique d'un pays. C'est à ce prix qu'on a une connaissance acceptable du PIB et du PNB.
La multiplication de l'économie souterraine ou économie non officielle : (activités productrices licites et non déclarées, activités illicites productrices de biens ou de services : drogues, alcools prohibés). Il peut s'agir aussi d'économie parallèle : cambriolages, racket, etc.
Toutes ces pratiques, et notamment, le détournement des services de Douanes de leurs objectifs premiers, n'ont pas encore conduit à l'élaboration d'un produit national guinéen fiable. Ce qui est publié sur cet indicateur n'est donc qu'une estimation sous-évaluée du produit national guinéen.
1) Quelles sont les différentes formes de production ?
Même imparfaitement connu, on distingue à l'intérieur du produit national guinéen, les mêmes composantes que dans d'autres économies. Il ya ce qui est produit pour être vendu, que l'on appelle la production marchande, exemple, les produits miniers qu'il faut distinguer de ce qui ne peut être (en principe) acheté comme sur un marché, qu'il s'agisse de services d'administration déjà financés par l'impôt (exemple: l'enseignement public, la police, la justice, etc.). La corruption généralisée des fonctionnaires a complètement faussé en Guinée, la notion de production non marchande.
En fait, la production marchande, est le fait, d'une part des entreprises privées et des travailleurs indépendants; d'autre part des entreprises publiques ou semi-publiques.
La production non marchande est principalement le fait des administrations (Etat, Services préfectoraux, communaux etc.) mais aussi des associations.
2) Quelle évaluation du produit national guinéen ?
La saisie statistique de l'activité économique est encore très aléatoire en Guinée. La localisation spatiale et donc, l'identification de la quasi totalité des petits acteurs économiques étant impossible, calculer leur apport à la valeur ajoutée totale du pays demeure difficile en dehors du champ des estimations.
C'est pourquoi les services compétents n'arrivent qu'à fournir comme indicateurs macroéconomiques, ce que j'estime n'être qu'une estimation actuelle du PIB (indicateur de croissance) à environ 3,3 mds de dollars us et du PNB (indicateur qui constitue la base de la détermination du revenu national ) à environ 3,8mds de dollars us.
Et les statisticiens d'enchaîner, comme d'habitude, que ce niveau de produit correspond à un PNB par tête de Guinéen d'environ 400 dollars us. Ce qui, en dehors de comparaisons internationales, n'a rien à voir avec la réalité socioéconomique du pays.
Quoi qu'il en soit, et même s'il ne s'agit que d'estimation, on l'a dit, sous-évaluée, les Guinéens doivent savoir les emplois, autrement dit, les utilisations de ce produit national.
A suivre : 3) Les emplois du produit national
Ansoumane Doré pour www.guineeactu.com
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