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500 signataires ont aplani leurs divergences d'approches et ont décidé de mettre sur pied un comité de pilotage choisi par consensus par une commission d'investitures.
L'Observateur : M. Saidou Nour Bokoum, est-il besoin de vous présenter aux lecteurs de l'Observateur ?
Saidou Nour Bokoum: S'il est vrai que vous êtes beaucoup lu, il se peut que les auditeurs de RADIO SOLEIL ne me connaissent pas !
Il y a une vingtaine de radio FM…
Dans les bureaux de « notre » Ministère, j'ai entendu dire Mardi dernier que là, le micro est trop souvent tendu à des auditeurs qui nous lapident !
Vous ?
Nous voilà dans le vif du sujet. « Que foutez-vous là-bas, qu'est-ce que vous apportez au pays ? », et j'en passe…
C'est fini tout ça, le Chef de l'Etat ne cesse de vous prendre à témoin. Certains disent qu'il y a anguille sous roche.
Oui, je me félicite, pour parler comme les politiciens, qu'il soit le premier Chef d'Etat et homme d'Etat de ce pays à dire haut et fort qu'on nous a trop souvent marginalisés. Mieux, il nous a solennellement conviés à un Forum National. Quelqu'un comme moi qui depuis 2004 rêve d'Assises Nationales des Guinéens de l'Extérieur, c'est inespéré.
On en parle de moins en moins, de ce Forum. En effet. Hélas, hélas !
Mais on parle de plus en plus de Conseil National Transitoire.
En effet, cependant un Forum National « ouvert, inclusif » (Dadis) qui pourrait voir émerger les organes de la transition dont un CNT justement, voilà qui me paraît plus intéressant et même plus cohérent à tous les points de vue : politique, juridique, national etc.…
Mais nous y reviendrons si vous le voulez. Je voudrais revenir à cette exclusion, à ce rejet de 5 à 7 millions de Guinéens de l'Extérieur qui perdurent depuis 50 ans. D'abord c'était « les Anti-Guinéens », ensuite « Ils sont venus nous mélanger », et maintenant c'est « Vous n'êtes pas sur le terrain ! ».
Diaspophobie soft, rampante, mais rigoureusement identique à la quasi-haine des Anti-Guinéens. Cela est d'autant plus inquiétant que cet « argument »court, éculé, dilatoire, de mauvaise foi, est proféré par d'éminents hommes politiques, ex-diaspos mal repentis.
Vous êtes en colère ! Mais des noms ?
J'appelle un chat, un chat. Jean-Marie Doré invité de Radio Familia et un consultant de cette station du nom de Bano Bah qui se trouve être Vice-recteur de l'Université de Sonfonia. J'ai dit que leur argument était court, alors je leur rétorquerai de façon lapidaire. A une question d'un Guinéen de Hollande du nom de Baldé qui demandait donc où étaient Dadis et ses compagnons quand Lansana Conté humiliait la Guinée, le Vice-recteur d'asséner « M. où étiez-vous », et M. Jean-Marie Doré de renchérir : « en effet, où étiez-vous ? Vous êtes loin des réalités du terrain. »
Vous avez une réponse courte.
M. Jean-Marie Doré où étiez-vous quand Sékou Touré décapitait l'élite guinéenne ? Plus prêt de nous, où étiez-vous du vivant de Lansana Conté ? Les Peuls disent « Mouta souppito ». Ici aujourd'hui, ailleurs le lendemain. Véritable poisson volant dans les eaux troubles de la grande crise de leadership dont il est aujourd'hui la tête à géométrie variable. Il eût été plus simple que Dadis et ses compagnons ont fini par nous éviter le Chaos de l'après-Conté. Et au consultant.
Oui, au deux, où étaient-ils tous les deux quand Fodé et Yaguine fuyaient la mal formation en Guinée pour se loger dans un train d'atterrissage avant de se faire congeler le sang par l'air glacial d'une Europe frileuse ?
Ces deux messieurs croient grandir le Capitaine Chef de l'Etat en lui cirant les bottes avec une brosse à reluire qui brille du sang surgelé de tous ceux qui ont sombré dans les « Djola », les pinasses de l'Exil. Parmi les deux cents criquets pèlerins de la mal gouvernance il y a aux premières loges certains recteurs, vice-recteurs, enseignants et autres pédagogues qui nous empêchent d'entendre la grande avant-garde, les vrais lutteurs pour le changement que sont les enseignants, bousculés par leurs têtes juvéniles ces étudiants et élèves offrant leurs poitrines nues à des balles assassines.
D'ailleurs il devient urgent d'organiser un débat contradictoire, ouvert, entre ces diaspophobes et nous autres, à la RTG pour commencer. Le Capitaine Dadis à souvent exigé la présence de la diaspora aux instances en gestation des organes de la transition.
Je parle d'un débat avant le grand déballage dont les diaspophobes sont les principaux adversaires plus ou moins planqués. Les nouvelles autorités devraient d'ailleurs anticiper et prendre des mesures de répression contre toute expression manifestement diaspophobe ou ethniciste avant qu'une conférence nationale n'amende la Constitution et les autres lois qui régissent les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, sans oublier les partis politiques, pour mettre un contre poids à ces deux tares de notre République bananière.
Revenons au CNGE.
Ceci est lié à cela. Les Guinéens de l'Extérieur ne veulent plus de cet ostracisme plus ou moins violent. Alors nous avons décidé de nous organiser, de nous unir par delà les frontières partisanes et géographiques. Nous partons de Fédérations Régionales qu'elles soient par pays ou par continent.
Où en est la zone Europe ?
500 signataires ont aplani leurs divergences d'approches et ont décidé de mettre sur pied un comité de pilotage choisi par consensus par une commission d'investitures.
C'était le 31 Mai 2009 à Bruxelles : un comité de pilotage provisoire dont le coordinateur se trouve être votre serviteur. Provisoire jusqu'à la tenue des assises de tous les Guinéens de l'Extérieur qui mettront en place l'instance Nationale, alors que vous êtes à l'Etranger ?
Et alors ? Ne sommes-nous pas la 5e Région de la Guinée ? Les frontières géographiques n'empêchent pas que plus de 5.000.000.000 de dollars venus de tous les coins de la planète guinéenne, pénètrent jusque dans les entrées-couchers de la République. Ce chiffre rapporté à notre population fait que nous sommes le premier pays africain à bénéficier d'une telle manne interne, face à une « aide » internationale… Nous sommes entrain de mendier quelque 200.000.000 € pour organiser nos élections et pour avoir l'eau et l'électricité pour quelques mois et dans la capitale seulement.
Mais le Trésor public ne bénéficie pas de cette somme colossale…
Que si ! Il est vrai que ces milliards de dollars profitent d'abord aux ménages et ne vont pas s'abîmer dans les cavernes du Trésor public dont les clés sont entre les mains de bandits en cols blancs. Cependant la Nation en profite indirectement. Les 10 € envoyés par tel Guinéen depuis... Djakarta à sa belle-mère, participe à l'activité économique par le biais du marché, qui lui-même alimente le trésor par des taxes, l'impôt, etc.… Quand votre belle-mère a son bonga, une partie du prix de ce dernier va dans les poches de ceux qui ont privatisé ces taxes et impôts. Au moins la belle-mère aura eu son plat du jour.
Ne serait-il pas plus profitable que ces fonds soient drainés par une épargne qui alimenterait une Banque… Gérée par qui, par ces cols blancs et qu'il y ait double hold-up ? Les destinataires privés des fonds envoyés par les Guinéens de l'Extérieur non seulement ne les recevront pas, mais l'Etat ne verra que des miettes venant de cette Banque.
Non, cette Banque ne sera viable qu'après notre reconnaissance nationale, par un Etat de droit qui aura mis en place toutes les structures économiques et financière qui mèneront à un développement véritable et durable. Alors nous aurons la maîtrise de la création et du fonctionnement d'une telle Banque.
Revenons encore au CNGE, il n'y a que l'Europe qui est en passe de se fédérer, et les autres zones ou continents ?
L'Amérique s'organise. En Juillet ou Août, plusieurs rencontres sont prévues en ce sens.
Concrètement comment voyez-vous le fonctionnement d'une telle structure fédérale ou plutôt nationale.
Je ne suis pas naïf mais je sui optimiste. Malgré les oiseaux de mauvais augure qui voient d'un mauvais œil une véritable structuration de la diaspora. Je ne vais pas chercher dans les labyrinthes de leurs troubles motivations. Je relève en passant que M. Jean-Marie Doré ne doit pas avoir de militant « assis là-bas, loin du terrain ». C'est sans doute pour cela qu'il est celui qui dit tout haut ce que certains leaders chuchotent. Parce que ceux-ci ont beaucoup de militants dont plusieurs sont signataires de notre appel.
On n'entend pas beaucoup les Guinéens du Sénégal, de Côte d'Ivoire, qui se comptent par millions, alors que vous en Europe…
Oui, il y a là un problème. Il y a près de 1.500.000 Guinéens en Côte d'Ivoire donc un peu plus au Sénégal. Vous savez il y a des raisons historiques, voire culturelles à cela. Lors d'élections massivement frauduleuses organisées à l'Ambassade guinéenne de Côte d'Ivoire (ou s'agissait-il peut-être d'autres raisons) l'Ambassadeur fut séquestré, malmené. C'est de justesse que le pire fut évité.
L'immigration du travail, nombreuse en Afrique est moins « bruyante » que l'immigration « intellectuelle » d'Europe, surtout celle de France. Mais en général, dès lors qu'il y a un élan de solidarité en Europe en faveur de nos compatriotes de l'intérieur il devient très vite planétaire.
Souvenez-vous de cette solidarité financière et politique de toute la diaspora en faveur du peuple debout des journées sanglantes de Janvier-Février 2007. L'organisation des Guinéens de l'Extérieur devient incontournable. Le Chef de la Junte a fait un geste éminent, déterminant. Qu'il passe aux actes et le CNGE verra le jour, après ses assises, ou le Forum National.
Qu'attendez-vous concrètement des nouvelles autorités ?
En vérité, ce sont étrangement les Forces vivent qui se font attendre. Pendant qu'il y a des déferlantes en leur faveur pour le respect du chronogramme en Belgique, en Grande Bretagne, aux USA, la France, ils ont bataillé pour nous réserver un strapontin dans le future CNT avant de nous ignorer complètement dans ce machin ad hoc dont l'espérance de vie est inférieure à celle de la chèvre Dolly, la fameuse première fabrication de la vie par la science…
Le CNT est ficelé, vous y auriez 10 places, le Comité ad hoc vous a oubliés, qu'attendez-vous de ces Forces vives ?
Qu'ils s'expriment. Qu'ils disent tout haut ce qu'ils pensent de notre spécificité organique et nationale. Qu'ils réagissent aux propos passablement diaspophobes de leur porte-parole actuel qui certes ne parlait qu'en son nom. Mais leur silence serait pesant et coupable. Pour le CNDD et son Président, nous attendons que d'une pierre, ils fassent deux coups. Convoquer dans les plus brefs délais ce Forum national, et les assises des Guinéens de l'Extérieur pourraient sous certaines conditions s'y fondre. Et alors notre existence n'en aurait que plus de légitimité nationale.
Nous voulons exister comme le Conseil National de la Communication, le Conseil économique et Social. Nous voulons être légalement consultés pour toutes questions qui nous concernent essentiellement et pour toute autre qui engagerait profondément le destin de la Nation dans l'équilibre des structures de l'Etat, et cela en amont.
D'ici là, en attendant ce Forum ou vos assises il y a beaucoup de cacophonie à l'Extérieur.
N'exagérons rien. Quand vous avez affaire avec 5 millions de personnes, ne vous attendez pas à voir émerger comme ça, une seule parole. Ce serait inquiétant même, du moins en démocratie. A l'Extérieur il y a des associations villageoises, des O.N.G. de développement en direction de la Guinée, des initiatives pour une meilleure insertion des Guinéens au pays natal et dans les pays d'accueil, c'est selon, car il y a des Guinéens qui souffrent de l'exil ou qui sont malheureux de voir leurs enfants totalement indifférents à l'idée même d'un voyage vers le pays de leurs parents ! C'est une question culturelle cruciale, plus importante que cette affaire de Banque qui fait saliver certains !
Nous sommes à l'image de notre pays.
Il n'y a pas moins de cacophonie à l'Extérieur qu'ici, à l'intérieur même des Forces vives. Voyez ces Blocs, Forum Alliances, coalitions etc. Quand les uns font la politique de la chaise vide, les autres se précipitent pour s'y asseoir. Les Partis poussent comme des champignons, à la vitesse des candidatures pour un fauteuil unique !
Et vous, vous défilez ici, chacun prétendant représenter les 5 millions de Guinéens de l'Extérieur !
C'est vrai hélas. Mais moi je ne prétends représenter que 500 signataires répartis tout de même sur cinq continents. Nous sommes presque assurés d'avoir une fédération Europe de ce C.N.G.E.Avec notre Comité de pilotage provisoire ouvert aux autres, notamment la Grande Bretagne, l'Allemagne et l'Italie qui nous rejoindront d'ici quelques semaines je l'espère, la France, la Hollande, la Suisse, la Belgique, l'Espagne déjà présents, nous pensons être représentatifs plus qu'aucune autre association de la diaspora. Nous nous sommes donné la main selon des procédures démocratiques et consensuelles. Ce n'est pas fini, mais l'élan est irréversible, puisque je le répète, ce Comité n'est pas fermé.
Une dernière question : Que pensez-vous de la Transition ?
Voilà cinquante ans qu'elle dure comme je l'ai plusieurs fois écrit. La Guinée bout, mais elle ne bouge pas. Elle n'arrive pas à décoller, à s'envoler. De l'état liquide, elle n'arrive pas à passer à l'état gazeux. J'espère qu'on n'attendra pas cent ans pour qu'à cent degrés…
Propos recueillis par Macky Daff et Bakayoko Mory
Source : L’Observateur
www guineeactu.com
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