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L’atmosphère au pays est désormais irrespirable : des communautés entières vivent à leur corps défendant, entre répressions à outrance des forces de l’ordre et persécutions politico ethniques excessives. Soit au nom d’un leader politique, soit au nom d’une prétendue restauration de l’autorité de l’Etat ou soit encore au nom d’une paranoïa d’un autre âge, teintée de rancœur et de haine.
Cette situation est bien inquiétante tant pour la population qui n’a aucune voix de recours que pour les hommes politiques. Et c’est dans cet esprit que le leader du parti Guinée pour tous, Ibrahima Kassory Fofana, s’est insurgé contre l’inertie du gouvernement suite aux affrontements entre communautés peul et malinké : « Aujourd’hui nous ne sommes pas protégés par notre gouvernement, et notre Armée. Il ne faut donc pas s’exposer à des affrontements qui peuvent conduire à des tueries et des destructions qui nous enfonceront dans une pauvreté exécrable ». Cette interpellation de l’ex-ministre des Finances vient à point nommé. En effet, la barbarie avec laquelle les forces de l’ordre matent certains manifestants prouve à suffisance que ceux qui sont censés protéger les populations constituent de vrais brigands, voire d’irréductibles bourreaux dont la dernière trouvaille est bien le viol et le mépris. Et comme peuls et malinkés s’offrent en spectacle avec des pillages en règle, lapidations, menaces, etc., il faut bien s’attendre à des partis-pris dans la furie de mater avec excès et zèle. Entre le peul et le malinké, à qui appartient le plus la Guinée ? Ne sont-ils pas tous des citoyens bien intégrés qui ont toujours vécu dans la paix et le bon voisinage ? Pourquoi se laissent-ils aveugler par la fibre politico ethnique ? N’a-t-on pas vu une peul se faire épouser par un malinké et vice versa ? Il est temps de maîtriser les pulsions, d’arrêter la chasse au faciès et de dissiper la haine.
Cette démarche devrait hélas partir du plus haut niveau des états-major des deux partis finalistes. Qui ne se souvient pas en effet des propos peu dignes d’Alpha Condé adressés à l’endroit de Cellou Dalein Diallo, des commerçants peuls ? Tout dernièrement, l’on a suivi aussi la sortie médiatique à l’emporte pièces de Bah Oury de l’alliance Cellou Dalein président. Ce n’est pas la peine de revenir sur les propos tenus, au risque de frustrer certains. Ces genres de langage d’un homme politique rêvant de présider aux destinées d’une nation sont à bannir et à éviter, dans un pays où la démocratie est encore loin d’avoir des racines. Pour tout dire, de nombreux militants des partis finalistes ne savent même pas le projet de société de leur leader. Ils se mettent à crier à tue-tête sans trop savoir ce qu’ils veulent. Parfois, ils provoquent, ils narguent... Conséquence : le tissu social est en lambeaux !
Pas de réconciliation entre frères rivaux...
Les militants veulent en découdre, venger Diallo, Bérété, Sow, Keita, Konaté, etc. L’homme est devenu ces derniers temps un loup pour son semblable. Attendus ce jeudi dans les régions affectées par les affrontements interethniques, Alpha et Cellou ne pourront pas, comme recommandé par El tigre, effectuer simultanément un déplacement. Le leader du RPG est actuellement pris en otage par ses militants qui ont d’ailleurs barricadé leur prési dans la cour, éconduit le PM Jean-Marie Doré, venu pour tenter une médiation.
Selon Laye Junior Condé, président du parti national pour la démocratie et le développement de Guinée (PNDDG), membre de l'Alliance Arc-en-ciel, « Ceux qui s’obstinent à inventer des solutions impossibles en ont eu pour leurs grades. Je disais la semaine dernière, au regard des enjeux que constitue l’élection présidentielle, qu’il ne servait à rien d’imposer une entente au forceps entre les deux finalistes, Cellou Dalein et Alpha Condé. Allons aux élections et les choses rentreront dans l’ordre normal. Comment comprendre que l’on puisse prendre en otage le candidat de l’alliance sans lui offrir la possibilité de rendre compte à sa base, à ses alliés, et lui imposer d’avaler une couleuvre à la présidence? Plus d’un a été choqué hier soir. Ce qui a suscité la réaction énergique des jeunes militants de l’Arc-en-ciel en prenant d’assaut dès six heures du matin le domicile du Pr. Alpha Condé à Mafanco. Je vous signale que les informations que nous avons de l’intérieur sont encore plus dangereuses. Là-bas, ils menacent de lyncher la délégation, le Pr. Alpha Condé avec. »
Pendant ce temps, Cellou Dalein Diallo, exprime sa vive déception : « Je suis déçu et je déplore de devoir constater que lorsqu’on prend des mesures en vue de restaurer la confiance, mon frère Alpha Condé se dérobe... » La tournée de sensibilisation est donc renvoyée sine die, pourrait-on dire. Et il n’y a pas de réconciliation entre frères rivaux tant que les choses ne sont pas tirées au clair avec cette fameuse intoxication. Du moins, c’est ce qu’a dit le porte-parole de l’Arc-en-ciel François Fall. On attend alors la réaction du général Sékouba Konaté, des coordinations régionales, du CNT, du médiateur dans la crise guinéenne, etc. Les forces de sécurités, elles, sont en embuscade. Ils sont d’une forte capacité de nuisance... « Il ne faut donc pas s’exposer à des affrontements », avertit Kassory Fofana de l’Arc-en-ciel. Reste que des familles entières sont sur ‘’le chemin de l’exil’’, menacées ou ayant la peur au ventre dans la région de la Haute Guinée. Jusqu’où peuls et malinkés comprendront-ils qu’ils sont tous des Guinéens ? Et quand les forces de sécurité pigeront-elles que leur rôle est de défendre les populations civiles sans discernement ?
TFS pour www.guineeactu.com
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