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Les gouvernements se sont succédé mais aucun n’a eu les yeux de Chimène pour l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle en Guinée. Si tous s’accordent à dire que c’est un domaine incontournable du développement, du décollage d’un pays en construction et de la résorption du chômage, rien par contre n’a été mis en œuvre pour permettre à ce domaine de s’épanouir. Il est peut-être temps ! Mais pour cela, des restructurations sont attendues… Ainsi, pour ne par aller de long en large et en travers, il faut directement mettre le doigt sur la plaie : Des réformes énergiques et des restructurations en profondeur sont vitales si l’on veut donner une certaine quintessence à ce secteur. Avec le démarrage des secteurs minier et pétrolier, qui vont nécessiter copieusement de la main d’œuvre qualifiée, le secteur qui les forme est laissé pour compte depuis des décennies. D’abord, le cabinet de ce ministère est vieux et dépassé, toutes les structures du cadre organique sont véreuses et gangrenées par un népotisme et un favoritisme sans nom. Si on pouvait vraiment trouver quelqu’un qui mérite son poste dans cette structure, il faudrait pouvoir les compter sur les doigts d’une main. A peine le nouveau ministre est-il nommé que des visites de « courtoisie » ont afflué à son domicile pour lui « témoigner de leur soutien inconditionnel ». Sanoussy Kaba, presque un inconnu dans le domaine, aura-t-il les yeux assez durs pour distinguer les ganaches flatteuses des professionnels et pragmatiques qui pourraient l’aider à sortir le secteur de l’ornière ? L’influence des anciens, qui ont mis le domaine dans un marasme chronique, va-t-elle prendre le dessus sur le sentiment de la responsabilité ? Le nouveau ministre a deux choix : se mettre sous la coupe des vieux loups de la boîte pour se remplir les poches ou sortir plus tard avec un nom. Pour les habitués du secteur, un seul ministre a pu sortir de ce secteur malfamé avec une petite mention, mais une mention quand même, car il n’y en a pas eu, c’est Ibrahima Soumah. De même que le cabinet et les structures du cadre organique, tous les formateurs sont dans un état qui ne fait pas honneur. Il s’agit de se plonger dans le domaine technique pour tout comprendre : En effet, avec des innovations techniques et technologiques, avec les nouvelles technologies de construction, de nouveaux matériels et outils informatiques ont fait leur apparition dans ces trois, quatre dernières décennies, il en va de même dans le domaine de la construction avec de nouveaux matériaux et outils de travail. Les formateurs formés dans la formation professionnelle sont restés en place depuis les années 80, dépassés et ignorants tout des nouvelles innovations technologiques. Dans ce cas, comment demander à ceux-là de dispenser des cours qui soient actuels ? Il suffit au nouveau ministre de faire un tour à l’ENSET de Matoto, à l’ENAM, au CFP de Ratoma et Donka pour voir dans quelles conditions formateurs et apprenants se « débrouillent » dans l’indifférence générale de tous les responsables chargés de ce domaine. Le nouveau ministre se fera une idée de ce que l’on a fait de ce secteur, qu’il vient d’hériter, et de ces personnes qui semblent si favorablement disposées à l’accueillir pour l’enfoncer, comme elles l’ont fait jusqu’à présent. « L’enfer, c’est les autres ! », dit-on, et personne ne veut être à la place de Sanoussy Kaba ! Outre la formation des formateurs et l’équipement des centres complètement dépourvus, nous insisterons sur un autre aspect, la formation des inspecteurs de l’enseignement technique et surtout la révision du service examens du domaine : Comment se fait le choix des sujets des travaux pratiques et des sujets théoriques par des généralistes, sans aucune connaissance profonde des matières ? Ne faudrait-il pas des structures décentralisées et séparées de celles du pré-universitaire pour une plus grande indépendance et une autonomie effective dans les préfectures ? Le service examens de l’enseignement Technique et de la Formation Professionnelle ne doit pas se trouver sous la coupole des DCE et DPE du pré-universitaire! Pour alléger les charges : On se demande pourquoi une structure comme le SNIEM existe, quand les services d’entretien et de maintenance existent dans chaque centre de formation ? Double emploi ? Normalement, ces services doivent recevoir un budget inclus dans celui de chaque centre de formation, tel n’a pas été le cas et les fonds débloqués s’évanouissent entre les rouages trop compliqués de l’administration. A part toutes ces insuffisances soulevées, il est aussi question d’ouvrir des créneaux de jumelage dans tous les rouages de l’administration publique et privée afin de permettre aux apprenants de faire des stages leur permettant de parfaire ce qui leur a été enseigné dans leur cursus, et qui, évidemment, paraît insuffisant. La formation est certes coûteuse mais sans coûteuse formation, l’emploi sera plus onéreux, s’il faut à la Guinée d’aller chercher la main d’œuvre dans les pays voisins, sans compter les risques de détournement et de fuite des capitaux, comme on l’a vu maintes fois avec des entrepreneurs et ingénieurs étrangers, qui ont disparu avec les devis, dans le passé, un risque à ne pas prendre. Aussi, il ne s’agit pas de former, mais il s’agit de favoriser la création et la formation des coopératives pour l’emploi et le déploiement des ouvriers et les diplômés formés dans tous les domaines. Sanoussy Kaba a du pain sur la planche. S’il se met à écouter le chant des Sirènes, l’échec n’est pas évitable. Une parfaite connaissance du « terrain » d’abord semble capitale avant toute action qui doit conduire à un changement. Nous continuerons à avoir un regard fixé sur ce domaine qui doit et qui peut permettre à la Guinée de décoller. A bon entendeur… Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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