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Leur nombre s’accroît d’année en année. Certains naissent, vivent et meurent dans l’indifférence de la rue. Pourtant leur seul tort est d’être venus dans ce monde ici bas. Mais qui fait quoi pour tenter de les récupérer ? Ces enfants s’identifient volontiers : COXEURS, PORTEURS DE BAGAGES, VENDEURS D’EAU GLACEE. Et d’autres articles de moindre valeur, piroguiers pêcheurs, artisanaux dans les eaux côtières tous déversés dans les rues de nos villes et exposés à la débauche par notre faute. A certaines étapes de leur vie, ils n’ont plus la peur du Gendarme. Mais ce comportement voile un besoin urgent de tendresse, d’affection et surtout d’amour et de pitié. C’est ce droit que la société, notre société, leur dénie cyniquement à tort. Ce premier article, que j’ai pris de la ferme volonté de rendre public, portera sur le phénomène d’enfants COXEURS, l’une des catégories d’enfants de la rue. En effet qu’est ce – qu’un Coxeur ? C’est un enfant qui, sans avoir un lien ni avec les chauffeurs ni avec le syndicat des transporteurs, se met au service des chauffeurs en vue de leur trouver des passagers contre une modique somme qui varie selon le sentiment des chauffeurs 100 FG, 500 FG, parfois même zéro franc selon qu’il s’agisse d’un chauffeur qui ne ressent aucune pitié pour ces enfants. Cette pratique est devenue monnaie courante et interpelle la responsabilité des parents et l’engagement des autorités publiques et privées (société civile). AU CONTACT DE LA RUE AU COMPTE D’UNE ONG DE LA PLACE. Le 15 juin 2007 dans les environs de 17h à 18h TU me voici au marché d’Enta, l’un des marchés les plus lugubres et sales de la place – Au bord de la nationale Conakry – intérieur du pays qui se termine par l’autoroute au cœur de Conakry. Je suis arrêté, attendant une occasion pour rentrer chez moi après tout une journée de marché. Des deux côtés de la route, des gamins sales aux visages amaigris, très occupés et préoccupés d’avoir autant de taxis ou de Magbana à charger contre une somme dérisoire mais leur permettant peut être de joindre les deux bouts. Chauffeur, Mindéh ? ( en Soussou où ?) - Km 36 répond le chauffeur 36-36 ! 36 ! 36 !36 !36 !36 ! 36 pressé, Wootéeh à sikaféeh, sont là des expressions inchangées et inchangeables sur les lèvres de ces gamins toute la journée et tout le temps. Je me suis approché d’un enfant pour le saluer et lui demander ses renseignements mais c’est avec peine que j’ai pu détourner son regard du Mgbana en provenance de Kissosso. Après l’avoir salué gentiment, je lui ai posé des questions que voici : - Tes parents sont-ils ici à Conakry ? - Non ils sont au village. - Avec qui es-tu ici à Conakry ? - Je suis ici chez ma grande sœur qui est mariée mais son mari ne travaille pas, elle a deux enfants qui sont à l’école et le problème de manger n’est pas facile, c’est pourquoi je viens me débrouiller ici pour l’aider à s’occuper de nous . - Et toi, que fais-tu comme travail ? - Non je ne fais absolument rien d’autre que ça et je n’ai pas le choix. Le visage défait, le cœur chargé de chagrin, l’heure est à la compassion, j’ai rapidement détourné mon regard de lui pour laisser couler des larmes chaudes qui s’étaient emmagasinées dans mes paupières. Après cet instant d’émotion, je me suis approché d’un second qui, lui aussi à son tour, me confie les réponses suivantes : « Je suis élève de la 5ème Année mais on m’a renvoyé de l’école depuis deux mois pour défaut de paiement des frais de scolarité ». Le garçon en tenue scolaire mais rappelant l’apparence d’un apprenti mécanicien continue en me disant « je vis avec mes parents ici à Conakry, mais ils disent qu’ils sont fatigués de payer mes frais de scolarité, c’est pourquoi je suis venu me débrouiller ici pour pouvoir payer mes frais de scolarité moi-même puisque j’aime les études et rien ne m’empêchera d’étudier. S’il faut passer un jour en classe et un jour dans la rue c’est mieux pourvu que je poursuive mes études afin de témoigner un jour de ces moment difficiles que je traverse dans l’indifférence de mes parents et de la société » . Un troisième Gamins me confiera : « J’ai bel et bien mes parents ici à Tombolia mais je passe la nuit sur les tables au marché. Ici nous sommes très nombreux, si tu veux nous voir viens aux environs de 20 h à 21h. Quand nous passons la journée ici le soir on se retrouve pour acheter à manger, et nous les plus petits nous confions le reste de notre argent à un grand de confiance qui est là pour nous protéger. Lui ne travaille pas, son travail est de nous protéger contre les attaques. Parfois certains n’hésitent pas de tuer. Je ne peux pas me rendre à la maison car mes parents m’ont interdit d’y mettre les pieds parce que j’ai gâté la chaîne musicale de la maison ». Chers parents, chères autorités qui pensez au changement, au développement de ce beau pays, cela doit nous interpeller et même la communauté internationale n’est pas en reste de ce cri d’alarme de ces enfants qui sont l’avenir de la nation et qui, faute d’avoir un environnement favorable à leur épanouissement manquent cyniquement de tendresse des parents, ne sachant pas à quoi s’agripper. Ont-ils demandé de naître ? sont-ils nés pour souffrir ? Je pense que non. Il est temps pour eux citoyens et politiques ainsi que pour la communauté internationale de voir la réalité en face, d’en prendre bonne note et d’agir pour sauver l’avenir de la Guinée en général et de ces enfants en particulier. Dans tout les coins de Conakry, les carrefours, les arrêts de bus ou voitures, vous trouvez ces enfants en train de lutter contre leur avenir. Il faut beaucoup plus de responsabilité de la part des parents qui dans la plupart des cas vivent en dessous du seuil de pauvreté, et surtout de la part des autorités, d’orienter des programmes de développement dans ce sens pour sauver ces enfants. Ils sont des centaines de milliers à être privés de l’essentiel de leurs droits. C’est un véritable SOS que je lance aux parents, aux autorités civiles et administratives, à la communauté internationale pour sauver ces enfants en détresse.
Enquête et reportage d’Elvis DORE depuis Conakry
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