samedi 22 décembre 2007
Enquête « Sauvons nos enfants », les enfants de la rue

Leur nombre s’accroît d’année en année. Certains naissent, vivent  et meurent  dans l’indifférence  de la rue. Pourtant  leur seul tort est d’être venus  dans ce monde ici bas.

Mais  qui fait  quoi  pour tenter  de les récupérer ? Ces enfants s’identifient volontiers : COXEURS, PORTEURS DE BAGAGES, VENDEURS D’EAU GLACEE. Et d’autres articles de moindre valeur, piroguiers pêcheurs, artisanaux dans les eaux côtières tous déversés dans les rues de nos villes et exposés à la débauche par notre faute. A certaines étapes de leur vie, ils n’ont  plus  la peur du Gendarme. Mais ce comportement voile un besoin urgent de tendresse, d’affection  et surtout d’amour et de pitié. C’est ce droit que la société, notre société, leur dénie cyniquement à tort.

Ce premier article, que j’ai pris de la ferme volonté de rendre public, portera  sur  le phénomène d’enfants COXEURS, l’une des catégories d’enfants de la rue. En effet  qu’est ce – qu’un Coxeur ?

C’est un enfant qui, sans avoir un lien ni avec les chauffeurs ni avec le syndicat  des transporteurs, se  met au service des chauffeurs en vue de leur trouver des passagers contre une modique somme qui varie selon le sentiment des chauffeurs 100 FG,  500 FG, parfois même zéro franc selon qu’il s’agisse d’un chauffeur qui ne ressent aucune pitié pour ces enfants.

Cette pratique est devenue monnaie courante et interpelle la responsabilité des parents et l’engagement des autorités publiques et privées (société civile).

AU CONTACT  DE LA RUE AU COMPTE D’UNE ONG  DE LA PLACE. Le 15 juin 2007 dans les environs  de 17h à 18h TU me voici au marché d’Enta, l’un des  marchés les plus lugubres et sales de la place – Au bord de la nationale  Conakry – intérieur du pays qui se termine par l’autoroute au cœur  de Conakry. Je suis  arrêté, attendant  une occasion pour rentrer chez moi après tout  une journée de marché. Des  deux côtés  de la route, des gamins sales aux visages amaigris, très occupés et préoccupés d’avoir autant de taxis ou de Magbana à charger contre une somme dérisoire mais leur permettant peut être de joindre  les deux bouts.

Chauffeur, Mindéh ? ( en Soussou où ?) - Km 36 répond  le chauffeur 36-36 ! 36 ! 36 !36 !36 !36 ! 36 pressé, Wootéeh à sikaféeh, sont là des expressions inchangées et inchangeables sur  les lèvres de ces gamins toute la journée et tout le temps.

Je me suis approché d’un  enfant pour le saluer et lui demander ses  renseignements mais c’est  avec peine que j’ai pu détourner son regard du Mgbana en provenance de Kissosso.

Après l’avoir salué gentiment, je lui ai posé des questions que voici :

- Tes parents sont-ils ici  à Conakry ?

- Non ils sont au village.

- Avec qui es-tu ici à Conakry ?

- Je suis  ici chez  ma grande sœur qui est mariée mais son mari ne travaille pas, elle a deux  enfants qui sont à l’école et le problème de manger n’est pas facile, c’est pourquoi  je viens me débrouiller ici pour l’aider à s’occuper de nous .

- Et toi, que  fais-tu comme travail ?

- Non je ne fais absolument rien d’autre que ça et je n’ai pas le choix.

Le visage défait, le cœur chargé de chagrin, l’heure est à la compassion, j’ai rapidement détourné mon regard de lui pour laisser couler des larmes chaudes  qui s’étaient emmagasinées dans mes paupières. Après cet instant d’émotion, je  me suis approché d’un second  qui, lui aussi à son tour, me confie  les réponses suivantes :

« Je suis élève de la 5ème Année mais on m’a renvoyé de l’école depuis deux mois pour défaut de paiement des frais de scolarité ». Le garçon en tenue scolaire mais rappelant l’apparence d’un apprenti mécanicien continue en me disant  « je vis avec mes parents ici à Conakry, mais ils disent qu’ils sont fatigués de payer mes frais de scolarité, c’est pourquoi  je suis venu me débrouiller ici pour pouvoir payer mes frais de scolarité  moi-même puisque  j’aime les études et rien ne m’empêchera d’étudier. S’il faut passer un jour en classe et un  jour dans  la rue c’est mieux pourvu que je poursuive mes études afin de témoigner un jour de ces moment difficiles que je traverse dans  l’indifférence de mes parents et de la société » .

Un troisième Gamins  me confiera : « J’ai bel et bien mes parents  ici à Tombolia  mais je passe la nuit sur les tables au marché. Ici nous sommes très nombreux, si  tu veux nous voir viens aux environs de 20 h à 21h. Quand nous passons la journée ici le soir on se retrouve pour acheter à manger, et nous les plus petits nous confions le reste de notre argent à un  grand de confiance qui est là pour nous protéger. Lui ne travaille pas, son travail est de nous  protéger contre  les attaques. Parfois certains n’hésitent pas de tuer. Je ne peux pas me rendre à la maison car mes parents m’ont  interdit d’y mettre les pieds parce que  j’ai gâté la chaîne musicale de la maison ». Chers parents, chères autorités qui pensez au changement, au développement de ce beau pays, cela doit  nous interpeller et même la communauté internationale n’est  pas en reste de ce cri d’alarme de ces enfants qui sont l’avenir de la nation et qui, faute d’avoir un environnement favorable à leur épanouissement manquent cyniquement de tendresse des parents, ne sachant pas à quoi s’agripper. Ont-ils demandé de naître ?  sont-ils nés pour souffrir ? Je pense que non. Il est temps pour eux citoyens et politiques ainsi que pour la communauté internationale de voir  la réalité en face, d’en prendre bonne note et d’agir pour sauver l’avenir de la Guinée en général et de ces enfants en particulier.

Dans tout les coins de Conakry, les carrefours, les arrêts de bus ou voitures, vous trouvez ces enfants en train de lutter contre  leur avenir. Il faut beaucoup  plus de responsabilité de la part des parents qui dans la plupart des cas vivent en dessous du seuil de pauvreté, et surtout de la part des autorités, d’orienter des programmes de développement dans ce sens pour sauver ces enfants. Ils sont   des centaines de milliers à être privés de l’essentiel de leurs droits. C’est un véritable SOS  que je lance aux parents, aux autorités civiles et administratives, à la communauté internationale pour sauver ces enfants en détresse.

Enquête et reportage d’Elvis DORE depuis Conakry

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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