vendredi 15 février 2008
Enfin une vraie sortie de crise ?
Saïdou Nour Bokoum

Ce qui se passe au pays est proprement inouï. Cependant, en cette terre d’exil, il pleut dehors comme dans mon cœur. Je lis sur la Toile des textes souvent bien inspirés, qui ont  la saveur de mon café matinal : doux-amer. Légèrement insipide. Cela fait quarante ans que je suis abonné à cette petite drogue, et que mes compatriotes intellectuels se livrent à ce petit onanisme intellectuel, inoffensif petit symptôme du mal d’exil.

Il n’y a pas, depuis quelque trois mois, un seul article qui ne parle de réconciliation nationale, de dialogue, de débat, voire de conférence nationale pour nous sortir de cette crise. L’A.G.P.D. (Association des Guinéens pour la Promotion de la Démocratie), vient de faire une déclaration à la suite de sa conférence tenue à Philadelphie. Les conférenciers recommandent la tenue d’une conférence nationale.

Nous-mêmes, dans notre Manifeste Guinée 2010, Odyssée de l’Impasse, nous étions 216 signataires à recommander des assises nationales. Il y a près de quatre ans de cela ! Depuis, les syndicats, à la suite des Partis politiques passablement tétanisés par la loi anticasseurs de Salifou Sylla et Alséni René Gomez en 1993, les syndicats ont pris la direction du mouvement politique, transformant malgré eux, leur action sociale en une véritable insurrection populaire. Les résultats sont maigres.

Nous avons un accord tripartite froissé comme un torchon avec lequel les différentes autorités supposées le mettre en œuvre se mouchent. En d’autres termes, le Premier ministre de consensus ne bénéficie plus d’aucune autorité. Le Président, malgré les apparences, use d’un pouvoir d’apprenti sorcier en vérité rendu comme une marionnette aux mains expertes d’ex-prédateurs, de « grigrimans » et de collatéraux en robe ou en turbans qui lui font signer des actes contradictoires entre deux bâillements comateux.

Les Partis politiques qui se sont encore une fois retrouvés, nous ont concocté  une déclaration qui devrait reprendre les termes de la résolution de leur concertation de mars 2006. Un deuxième texte qui ferait la quasi-unanimité serait prêt et devrait être proposé  aux syndicats en vue d’une plate-forme  pour ..

Justement pour quoi faire ?

1.    Relancer l’élan pour un changement radical, avec un gouvernement de transition conduit par une personnalité qui ne soit pas l’otage d’une autre autorité comme le Premier ministre actuel, écartelé entre Sam Soumah, les syndicats, sans parler du Président qui vient de reprendre toutes les prérogatives qu’on lui avait arrachées de haute lutte, une lutte soldée par la mort violente de plus de deux cents Guinéens, toujours morts sans coupables ?

2.    Ou sortir de la corbeille à papier le même accord, renégocié mais qui reviendrait de fait à reconduire l’actuel accord, avec le rêve qu’avec cela on irait organiser des élections transparentes, crédibles, etc., etc. ?

Quand est-ce qu’on arrêtera donc cette danse autour de ces élections devenues comme un fétiche qu’un malin « Niamou » de nos frères de Yomou ou un « Kakilambè » du pays de l’honorable d’Ahmed Tidjane Cissé, nous sort pour nous posséder au sens « animiste » de ce terme ?

L’immolation du Sily « national » au Ghana ne nous suffit-elle pas comme symbole et pour leçon, afin que nos acteurs politiques arrêtent de « s’amuser », de nous « blaguer » (Fakoly), afin qu’on prenne une mi-temps après cinquante ans de ruines, de larmes, de fuite en avant dans la corruption, et surtout, surtout, de démission devant notre histoire, notre mémoire, nos martyrs ?

Diawadou, Telli , Koumandian, Dr Fodé Maréga et plus récemment, les jeunes Soumah, Tounkara, Samb, Bah, Guissé, et autres dignes fils, ce jeune sang répandu en juin 2006 et janvier-février 2007, est-il déjà passé par pertes et profits des machines à fabriquer des élections truquées ? Avec quels sous-préfets, quels gouverneurs, quelle Cour Suprême, au cas où ?..

« Les populations vont se soulever en cas de fraudes ! » Triste pétition de principe. Comprenez : « y a pas drap puisqu’il n’oseront pas, donc il nous faut d’abord ces élections ».

 

Moi j’affirme haut et fort qu’il faut d’abord

1.    une table ronde entre tous les acteurs politiques, y compris avec les Partis des mouvances (présidence et Primature)

2.    une conférence nationale pour jeter les bases d’une nouvelle république, qui veillera entre autres priorités à l’organisation d’élections libres et transparentes, non sans avoir arraché la mise en place d’une commission d’enquête sur les crimes passés et récents, je ne dis pas une commission internationale, mais qui comprendrait des membres de cet Observatoire international que nous avions proposé dans un Mémorandum et dont l’idée (simple coïncidence..) avait été reprise par la résolution politique de la Concertation organisée par les Partis politiques en mars 2006. Observatoire, on s’en souvient, qui serait mis en place pendant toute la durée de la transition.

Hélas, le vilain petit symptôme du mal d’exil est incurable. Nous disons tous la même chose comme des prophètes sourds-muets hurlant dans le désert, le même message. Exemple, le C.I.C. (Comité d’Initiative Citoyenne) vient de lancer une « nouvelle » idée, une structure, qui préparerait ce fameux débat national que tout le monde souhaite assurément. C’est le cas de la Plate-forme des organisations de la société civile, dont est membre le C.I.C. Mais à quoi rime,  cette démultiplication du même ? J’ai l’impression d’assister à une nouvelle technologie agricole. On enterre ici des boutures de manioc, sitôt qu’on en devine quelques racines on les arrache pour aller les replanter ailleurs. Il paraît en effet qu’il y avait beaucoup de monde ce jour qui fut une véritable fête du manioc. Hélas, on avait omis d’inviter Odyssée 2010 (membre fondateur de la Plate-forme). COTRADEG avait eu l’honneur d’y être convié, D.L.G. aussi,  tous deux membres fondateurs de la Plate-forme, mais tous empêchés.

Cependant, on a créé une nouvelle structure ou plus exactement un  nouveau sigle : le D.N.T., lisez, Dialogue National Tripartite. Suit un chapelet de propositions : cotisation mensuelle de 10 euros ou unités de comptes selon la zone monétaire concernée, des comité préfectoraux, de sous préfectures et pourquoi pas de districts ou de quartier.. Je croyais qu’il y avait déjà un comité national mis en place par le gouvernement de consensus, qui maîtrise au demeurant mieux que des « diaspourris » la déconcentration style pédégé ! Il aurait fallu peut-être intituler ce comité BPN des festivités..

Une fois n’est pas coutume, ce gouvernement a déjà sollicité l’expertise d’un certain « grigriman » blanc (dont parle bien notre compatriote Billo Sy Savané), qui s’y connaît en « amour tyrannique »   (Senghor parlant de l’Homme Peuple ).

Au total, il me semble que les Guinéens vivant à l’Etranger feraient mieux de ne pas être en deçà du soutien majeur, déterminant, qu’ils ont apporté aux principaux acteurs des évènements de juin 2006 et janvier-février 2007. Apports intellectuel, financier, qui ont fait de ces événements un symbole de l’unité nationale refaite, de la conscience nationale ressoudée, au grand dam des stratèges ethnocentristes.

Nos amis de ce D.N.T. ne voient-ils pas la lueur qui pointe depuis trois semaines en Guinée ? Ces rencontres entre tous les Partis politiques, avec à la clé une déclaration unitaire ? Je sais, ils n’en sont pas à une déclaration près à chaque élection annoncée. Mais l’Histoire n’est pas figée. Et une déclaration d’avant les évènements et une déclaration d’après janvier-février ne peuvent pas laisser indifférents et n’auront jamais la même portée. D’autant plus que des rencontres avec le gouvernement et surtout avec les syndicats sont programmées, afin de dégager une plate-Forme d’actions unitaires. Enfin, on mettra tout ceci en perspective avec la date butoir du 31 mars.

Si cette lueur qui pointe à l’horizon ne nous suggère pas de serrer les rangs et de renoncer à la fragmentation des structures, à leur reproduction pandémique, eh bien il faudra croire que la crise de l’intellectuel guinéen dont je parlais dans un autre papier est décidément incurable.

Saïdou Nour Bokoum

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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