jeudi 28 janvier 2010
Enfin 2 pas en avant ?
A O Telli Diallo

Nous avons trop souvent été responsables de nos propres malheurs et cela continue aujourd’hui; à force de concessions, de manque de franchise et de courage, ceux qui pourraient vraiment changer favorablement les donnes de notre avenir semblent tout simplement rater à chaque fois le coche de l’histoire. Le changement commencera sûrement par cela – il faudra absolument abandonner le «Business as usual» (faire les affaires comme de coutume) pour oser prendre des risques et accepter la nouveauté qui fait de façon compréhensible si peur surtout après tant d’années de léthargie. Notre pratique habituelle devenue culture nationale de concessions excessives et nuisibles a pourtant fait tant de mal aux générations précédentes, et en particulier à nos pères. Un exemple frappant vient de se passer il y a quelques semaines: notre nouvel homme fort, notre General-Sauveur nous gratifie d’un beau discours où il annonce librement qu’il demande à tous les opposants au CNDD de nommer un premier ministre issu des forces vives pour former un gouvernement d’union nationale donc, selon la volonté exprimée par la majorité des guinéens, à 100% civil – les militaires à la caserne ou aux frontières et les civils dans l’administration, comme partout ailleurs en démocratie. Malgré cela et comme d’habitude, pour des raisons que je ne comprendrai jamais (mais je ne suis bien sûr pas dans les secrets tactiques de nos grands opposants), ils proposent 2 noms à ce même Général en lui demandant de choisir! Et ce dernier a donc choisi, hors du pays, avec ses amis indésirables des Guinéens. Résultat il nous propose 3 premiers ministres dont un de ses collègues militaires et un tiers de ministres militaires du CNDD. Quand nous sera-t-il possible de dire franchement, carrément et publiquement «Non, nous ne sommes pas d’accord et nous n’accepterons rien de décidé sans notre participation à part égalitaire dans des discussions d’accord» ? Nous sommes justement à une période où le maximum de concessions peut être obtenu des putschistes provisoirement au pouvoir. Pourquoi ne pas lui avoir proposé avant la fin de la même semaine une liste avec un PM, une structure détaillée et une liste nominative de ministres ? Pourquoi attendre la dernière minute pour en discuter, se disputer et finalement s’entendre sur cela; n’aurait-il pas été possible de négocier bien avant, vu la tournure évidente de la situation politique du pays ? Pourquoi n’avoir pas mis en place un gouvernement-bis à l’extérieur qui aurait modifié fondamentalement les dernières discussions de Ouaga ? Pourquoi nos chefs des forces vives revenus au pays récemment ont-ils accepté d’avoir des escortes de sécurité composées de bandes déchainées de bérets rouges, noirs et verts – ceux-là même qui ont massacré et violé des pauvres Guinéens qui étaient partis marcher pour les soutenir le 28 septembre 2009 ?

Puis notre PM est enfin nommé (heureusement à Conakry) et la première chose qu’il fait dans son premier discours est de remercier le Général de l’avoir nommé (et choisi)! De quoi lui envoyer justement le mauvais signal et l’assurer que lui-même et son équipe sont à sa disposition ou à ses ordres… Loin de moi la prétention de vouloir en conter aux politiciens bien plus expérimentés que moi en Guinée mais j’ai vu de nombreux pays où des équipes d’opposition sont arrivées par la lutte au pouvoir et leurs modes de gouvernance étaient diamétralement opposés à nos pratiques. Jetez un coup d’œil du côté du Zimbabwe. Il est vrai qu’il n’y a jamais eu de véritable opposition ici qui n’ait pas été massacrée avant même d’avoir pu dire franchement un seul mot en dehors de la ligne directrice permise par les chefs du moment. Ensuite beaucoup de palabres inutiles pour rien, comme toujours depuis 51 ans chez nous, pour partager «équitablement» les parts du gâteau de la mangeoire; et nous aurons bientôt un gouvernement pléthorique de compromis (ethniques et politiques) et pas un gouvernement transitoire de changement; et nous finirons encore une fois par encaisser le juste prix de nos concessions inutiles de départ raté de tout changement qualitatif. Nous plongerons sûrement encore une fois la tête la première dans la gueule des tigres. Dur, dur de faire toujours les mêmes erreurs sans jamais en tirer les conséquences; de vouloir encore faire une omelette sans casser un seul œuf…

La première chose dont nous avons besoin est un changement radical d’attitude et de phraséologie devant tout chef, nouveau ou ancien. Le chef est un homme (ou une femme) pas un Dieu. Il a des bonnes et des mauvaises idées et solutions et ceux qui sont auprès de lui sont justement là pour lui apporter les débats contradictoires qui lui permettront ensuite de prendre des décisions qui tiennent compte de toutes les options possibles et des tenants et aboutissants probables de son choix. La courtoisie et la politesse doivent absolument cohabiter avec la fermeté et le courage de dire «il n’est pas question de vous faire telles concessions qui seront négatives pour le peuple qui vous a désigné pour cette mission». Du langage franc et direct, sans fausse hypocrisie nait toujours une collaboration saine, égalitaire et bénéfique pour toutes les parties. Et une bonne dispute est souvent très utile pour faire avancer des dossiers complexes.

Le moment et l’heure sont venus pour que nous cessions de faire à chaque fois un pas en avant et deux pas en arrière. Nous devons enfin commencer à faire deux pas successifs en avant – c’est ça la première base du développement d’un pays; c’est ça que nous n’avons jamais fait depuis 51 années d’indépendance ratée. Une nouvelle mentalité de nos forces vives actuelles et une nouvelle génération de politiciens et de décideurs nationaux et locaux seront indispensables pour cela. Il est temps de prendre notre courage à deux mains et de nous battre sans crainte pour nos idées et nos principes dans le sens d’une morale, d’une éthique et d’une franchise indispensables au véritable changement chez nous.

Le Ciel nous assistera sûrement cette fois-ci mais personne ne nous aidera à nous sauver de nous-mêmes, à part nous-mêmes...


27 janvier 2010

Alpha Oumar Telli DIALLO


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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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