lundi 30 mai 2011
En visite à Conakry, une délégation RSF se dit perplexe quant à la volonté d'Alpha Condé de consolider la liberté de la presse
Gilles Lordet

« Reporters sans frontières (RSF) se réjouit de constater un climat apaisé qui permet aux journalistes de faire leur travail dans de bonnes conditions, et une vitalité nouvelle du secteur depuis l'élection présidentielle de 2010, malgré une nette précarité de la profession » a noté dans son communiqué le 27 mai, une délégation de Reporters sans frontières au terme d'une mission de cinq jours à Conakry

« Les médias affichent une liberté de ton qui tranche parfois avec ce que l'organisation observe dans certains autres pays africains » peut-on lire dans le communiqué de la délégation de l'association de défense de la liberté de la presse. Toutefois, constate la délégation, « plusieurs questions restent en suspens, suscitant des interrogations sur la volonté du gouvernement du président Alpha Condé de consolider la liberté de la presse ».

« Amorçant une phase de transition qui conduira le pays vers la démocratie, processus toujours long et fragile, les autorités publiques devraient être convaincues de l'importance de la liberté d'expression comme valeur démocratique » estime la délégation.

La loi sur la liberté de la presse, celle portant création de la Haute Autorité de la communication (HAC) et celle sur l'accès à l'information ont été promulguées par le général Sékouba Konaté en juin et décembre 2010. Elles attendent toujours d'apparaître au journal officiel et d'être appliquées.

La mission se dit aussi au regret d'apprendre que « trois journalistes ont été évincés, début mai, de la présentation du journal télévisé de la Radiotélévision Guinéenne (RTG) ». Elle s'est interrogée sur les raisons de cette décision qui leur a été simplement notifiée verbalement et demande des explications.

En prévision des élections législatives qui devraient avoir lieu avant la fin de l'année, la mission a annoncé que « Reporters sans frontières mettra à disposition des journalistes le Guide pratique du journaliste en période électorale qu'elle a publié en collaboration avec l'Organisation Internationale de la Francophonie ».

Selon la délégation, toujours dans son communiqué: « Lors d'une entrevue au ministère de l'Administration du territoire et de la décentralisation, elle a insisté sur l'importance du respect par les forces de sécurité du travail des journalistes lors de la couverture de la campagne et du scrutin. »

Aux dires de la délégation composée de Gilles Lordet, directeur de l'information, et d'Ambroise Pierre, responsable du bureau Afrique, Reporters sans frontières publiera fin juillet un rapport qui précisera son analyse de la liberté de la presse en Guinée et détaillera l'ensemble des recommandations adressées aux autorités et aux médias.

Mais avant de quitter le pays, la délégation a invité le président de la République, Alpha Condé, à s'affirmer comme garant de la liberté de la presse et du respect du pluralisme des médias.


Heinan Goba
de Conakry pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
alajicece, mardi 31 mai 2011
Bien dit !... À l`évidence nous avons encore beaucoup à apprendre, gouvernants comme gouvernés...
Mory Diakité, mardi 31 mai 2011
C`est au tour de RSF de venir nous donner maintenant des leçons de morale. Personne ne peut constester qu`il y a encore de grandes avancées à faire en Guinée au niveau de la presse. Aussi bien au niveau des autorités que des journalistes. Ces gens de RSF prendront-ils en compte les spécificités guinéennes dans leur rapport? Par exemple, il faut savoir qu`un grand nombre de journaleux, afin de faciliter leur demande d`asile dans les pays occidentaux, n`hésitent pas à provoquer voire à insulter le pouvoir dont la réaction facilitera l`obtention du "précieux" sésame en Occident. Mais RSF ferait mieux de balayer devant sa porte. A part la Corée du nord, je ne connais pas un pays où les journalistes sont aussi bien tenus qu`en France. Il faut savoir par exemple que les journalistes en France bénéficient d`une niche fiscale qui les permet de payer moins d`impôt. Ainsi, pendant que tous ces biens pensants de journalistes dénonçaient la mise en place du bouclier fiscal (une niche fiscale permettant aux plus hauts patrimoines de payer moins d`impôt), ils ne critiquaient pas la leur. Autre chose. La plupart des affaires sensibles ces dernières annnées sont sorties en premier sur internet (à part le Canard enchaîné). Regardez DSK. Tous les journalistes le savaient. Mais aucun ne l`a dit par peur de represailles. Cette même peur de représailles qui hantent certains journalistes en Guinée. Or, la Guinéé est sous les feux de projecteurs de RSF. La France moins.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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