jeudi 20 décembre 2007
En Guinée : les raisons profondes de la colère des avocats

Excédés par les fréquentes violences policières dont ils sont l'objet, les avocats ont décidé de ne plus se laisser faire. 

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, est la détention arbitraire de Maître Mohamed Lamine DOUMBIA, avocat, sur instruction du Commissaire divisionnaire Alhassane DIALLO. En effet, Me Mohamed Lamine DOUMBIA se rendait à la prison civile de Conakry. Arrivée là, il emprunte un couloir étroit. Par respect pour son aîné, le Commissaire, il s'est collé au mur pour laisser celui-ci passer. Mais le Commissaire prenait tout son temps, ce qui ne fut pas du goût de l'avocat qui a fini par lui dire de façon ironique qu'il espère que l'espace est assez suffisant pour lui permettre de passer.

Le Commissaire s'est alors vexé et après des échanges verbaux à la limite de l'injure avec Me DOUMBIA, il a donné l'ordre à ses subordonnés de l'enfermer.

Informé, le Barreau a aussitôt réagi et Me DOUMBIA a été libéré. Le Conseil de l'Ordre s'est réuni ce jour et a décidé qu'il fallait mettre fin à cette énième voie de fait commise sur la personne d'un avocat. 

Le Conseil de l'Ordre décide de se battre afin que cette affaire soit jugée ainsi que celle concernant la violation de domicile, l'enlèvement et la séquestration de maître Paul Yomba KOUROUMA, avocat, par Mr Bakary "Thermite" MARA, alors Directeur d'Interpol. 

En effet, les avocats, dans l'exercice de leur profession, sont fréquemment violentés par des policiers. Ce qui rend pratiquement impossible l'exercice de la profession d'avocat auprès des postes de police et brigade de gendarmerie. Ils y sont très mal accueillis.

Les avocats ont déposé des plaintes contre certains de ces policiers. Mais les plaintes sont restées sans suite. Les magistrats n'ont pas fait leur devoir  on ne sait pourquoi.

C’est pourquoi, le Conseil de l'ordre des avocats a donc décidé deux choses:

-       Organiser une marche de protestation avec pour itinéraire: Tribunal de 1ère instance de Kaloum (point de rassemblement et de départ) - Ministère de la sécurité (d’où relève les deux policiers) - Parquet Général près la Cour d'appel de Conakry (où sont déposés les deux plaintes), et,

-       Suspendre leur participation aux audiences des Cours et Tribunaux et à la Commission d'enquête indépendante.

Tout cela jusqu'à ce que le procès des deux policiers soit  programmé à la Cour suprême (Chambre pénale).

La marche eut effectivement lieu dès le lendemain. Les avocats ont marchés en robe sans incident. Le Bâtonnier de l'Ordre a lu une déclaration exprimant le ras le bol des avocats contre les abus dont ils sont victimes de la part des policiers.

Le raisonnement des avocats est le suivant: L'avocat est le dernier recours du citoyen, celui sur qui il fonde ses espoirs pour sa défense. Si ce défenseur des droits et des libertés des citoyens  peut être brutalisé et enfermé, le citoyen n'aurait plus d'espoir que justice lui soit rendue. C'en est fini de la justice et des droits de l'homme au niveau des Commissariats et des Brigades de gendarmerie.

La grève s'est poursuivie sans relâche, plusieurs autorités dont madame la Ministre de la Justice et des Droits de l'Homme, l’Union européenne, ont tenté de ramener les avocats à de meilleurs sentiments, mais en vain, ceux-ci ont tenu bon car, disent-ils, l'application de la loi ne peut se discuter.

Le commissaire Alhassane DIALLO a été suspendu de ses fonctions par décision du Ministre l'Intérieur de la Sécurité. Cependant, celui-ci a continué à exercer ses fonctions. En effet, il a eu à confisquer le passeport d'une dame après l'avoir convoquée.

D'autres ont compris le combat des avocats, telle l'Assemblée Nationale, qui a créée aussitôt une commission pour aider à résoudre la crise. Le Conseil National des Organisations de la Société Civile a aussi apporté son soutien aux avocats etc.

Finalement, bien que la procédure avançait avec une lenteur étonnante, la Chambre pénale de la Cour suprême a programmé les deux affaires au vendredi 21 décembre 2007. Malheureusement ce jour ayant été déclaré férié, les affaires ont alors été renvoyées au vendredi 28 décembre 2007 à la salle d'audience de la Cour suprême.

Le Barreau de Guinée s'est constitué partie civile dans ces deux affaires.

En attendant, les avocats sont mieux accueillis dans les commissariats et brigades de gendarmerie. C'est tant mieux.

Kalidou Barry

Retour     Imprimer cet article.    


Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011