mardi 8 juillet 2008
Elhadj Souleymane Cissé, Président de l’UNTRG : « Il y a une confusion dans la gestion des 100 bus »

Depuis l’arrivée des cents bus pour abréger le calvaire des populations en matière de transport, force est de constater qu’une certaine confusion plane autour de leur gestion. On dénote des frustrations au niveau des transporteurs guinéens qui se sentent marginalisés par l’Etat. Qui aurait confié la gestion des bus à une société de la place spécialisée dans le transport des produits dangereux. Et pour voir clair dans ce dossier, nous avons approché le président de l’Union Nationale des Transporteurs Routiers de Guinée (UNTRG), Elhadj Souleymane Cissé. Il nous parle ici de l’état funeste du transport routier guinéen et du quiproquo autour de la gestion des bus qui circulent aujourd’hui sans vignette et sans assurance.

Le Démocrate : Elhadj, comment se porte aujourd’hui le Transport routier guinéen ?

Elhadj Souleymane Cissé : Je crois qu’aujourd’hui le transport guinéen de façon générale se porte mal. Si nous prenons en guise d’exemple le transport des passagers, appelé le transport en commun je pense que les choses parlent d’elles-mêmes. Puisque nous vivons ensemble les réalités à travers le pays. Nous voyons tous la vérité des véhicules en circulation, notamment les taxis, les minibus et les bus. Je pense que chacun est conscient que les chauffeurs de ces véhicules, malgrè leur volonté de promouvoir le transport guinéen, travaillent dans des conditions qui laissent à désirer. C’est dire que dans ce cadre, il faut une certaine organisation pour permettre aux transporteurs guinéens aussi d’évoluer dans des conditions enviables. Car, l’Etat doit subventionner le transport public, comme ça se passe dans les autres pays. Mieux il aide les transporteurs à bien s’organiser, puis il répond aux aspirations de la population dans ce secteur. Malheureusement aujourd’hui ce que nous vivons comme difficultés dans ce secteur me fait couler des larmes.

Qu’est-ce qui vous met mal à l’aise ?

Ecoutez, je pense qu’il y a beaucoup de frustrations qui font que ça ne va pas dans le secteur des transports. Bon, au début le ministre du transport d’alors, M. Condé, a initié en son temps une stratégie qui était très bénéfique pour le transport guinéen. Ce ministre a eu à envoyer une trentaine de bus qu’il a mis à notre disposition pour les gérer. C’était des bus retapés, mais que nous avions réussi à gérer à la satisfaction de la population guinéenne. On avait écrit sur ces véhicules ‘’Bus scolaire’’, et l’autorité même était satisfaite de la gestion. Mais à notre grande surprise, le même ministre a envoyé d’autres bus, cette fois-ci 9 et au lieu de nous les confier, au nom de l’Etat, il a préféré les gérer en personne. Sinon la première initiative était vraiment salutaire. Car ce contrat signé avec les transporteurs avait redynamisé le secteur. Mais comme je l’ai dit tantôt, ils ont (les dirigeants), cette fois-ci préféré créer une structure formelle pour assurer la gestion de ces derniers bus. Je ne suis pas contre, mais la manière de faire n’était pas du tout normale. Le monde étant devenu un village planétaire, nous savons tous comment ça se passe ailleurs. Dans les autre pays, c’est le gouvernement qui achète les véhicules sortis d’usine pour les donner et confier la gestion aux transporteurs sur la base d’un contrat. Ils ont tout mis en œuvre pour la fluidité du transport et pour une collaboration saine avec les transporteurs. Par contre, en Guinée il n’y a même pas de crédit automobile, ça n’a jamais existé. C’est ce qui n’est pas du tout normal dans un pays comme le nôtre. Moi je me rappelle encore, sous le régime défunt, l’Etat a toujours acheté des bus sortis d’usine qu’il mettait en circulation. Et, par là, de l’emploi était facilement créé. Et puis, il y avait moins d’accidents à l’époque, puisqu’il y avait une forte organisation du secteur. A l’époque les transporteurs étaient toujours associés à la gestion. A l’avènement de la deuxième République, l’Etat a changé de politique. La SOGETRAG a été créée, et au lieu que l’Etat se désengage, ils nous ont exclus et géré seuls la société. Et nous connaissons tous aujourd’hui le résultat.

En votre qualité de président de l’UNTRG, que savez-vous de la gestion des 100 bus en circulation aujourd’hui ?

Bon, par rapport aux cent bus, je parlerais surtout de la partialité du gouvernement. Nous, en tant qu’organisation syndicale des transports urbains et interurbains, nous savons qu’il y a une partialité, une injustice de l’Etat dans la gestion des bus. Nous savons que c’est grâce à la CEDEAO que nous avons obtenu ces bus, et sur un crédit de 20 ans. Donc, à mon avis, l’Etat devrait tout mettre en œuvre pour la bonne gestion de ces bus. A l’arrivée des bus, l’Etat nous a appelés au début pour discuter autour de cette question. Mais par la suite nous avons été mis à l’écart.

Et pourquoi ?

Je n’en sais pas trop. Peut être, parce que c’est un gâteau qui est venu. Donc il faut le faire bénéficier à ses affinités. Or, moi j’ai vu le cahier de charges sur ces bus, où il est mentionné qu’il fallait donner ces bus à un groupement de transporteurs compétents, habitués à exercer cette profession. Mais ce que nous regrettons, c’est le fait que l’Etat après avoir accusé réception des bus, les confie à une seule personne, MERIC, qui dirige une société de transport en Guinée. Pire, cette société est spécialisée dans le transport des produits dangereux, donc n’ayant rien à voir avec le transport en commun. Etant donné que ces bus constituent un patrimoine national. je pense donc que la gestion ne devrait pas relever de la compétence d’une seule personne. Il faudrait la confier à une structure digne du nom, et qui maîtrise les rouages du transport en commun. Même à MERIC qui gère aujourd’hui ces bus, s’il m’avait demandé, je lui aurais conseillé de ne pas accepter.

Elhadj Cissé, des rumeurs ont fusé ces derniers temps, à travers la cité, faisant allusion à l’envoi d’une trentaine de ces bus vers un pays voisin. Qu’en était-il réellement ?

Oui, je peux même dire que ces rumeurs se sont propagées comme une traînée de poudre à travers le pays. Moi-même quelqu’un est venu me trouver à la maison pour me raconter que le président Lansana Conté aurait pris tous les bus et qu’il aurait donné une partie des bus à Mamadou Sylla. Que ce dernier a gardé ces bus dans un de ses parcs à Kagbélé et que le président aurait envoyé le reste en Guinée Bissau. Pour croire à ce qu’on dit je me suis rendu à Matoto où sont parqués les bus. A ma grande surprise, je trouve que tous les bus étaient là garés, il ne manquait aucun bus. Je pense donc qu’on doit faire beaucoup attention aux rumeurs.

Quel est le conseil que vous donnez à l’Etat pour une gestion efficace des cent bus ?

Nous demandons d’abord que l’Etat soit impartial. Il y a des organismes dans le pays qui peuvent gérer éfficacement les bus. Notamment le Conseil National du Patronat, la Fédération Patronale des Transports et l’Union Nationale des Transporteurs, chacune de ces structures peut assurer la gestion des bus. En tant qu’organisation nous avons déjà adressé une lettre au CNP pour permettre de voir clair dans le dossier, qui semble être flou. Je sais de quoi je parle, puisque j’ai suivi de près toutes les négociations jusqu'à l’arrivée des bus. D’ailleurs les bus circulent aujourd’hui sans aucune assurance. Ce qui est très grave. Je ne voudrais pas dévoiler ici les secrets, nous attendons de voir comment l’Etat s’y prendra face au dossier. Ensuite nous verrons. Pour le moment tout le monde est unanime que les bus sont mal gérés. Nous constatons qu’ils ne sont pas du tout entretenus. C’est pourquoi je pense que l’Etat doit donner ces bus là aux transporteurs pour bien les gérer. Mais, comme je l’ai dit tantôt, les bus circulent comme ça sans assurance, ce qui est extrêmement dangereux ! Et si on me dit que c’est pour un privé je ne suis pas d’accord, parce qu’il n’y a pas de taxe unique la dessus, c'est-à-dire la vignette qui montre que c’est pour un privé. Et puis sur les plaques d’immatriculations c’est écrit ‘’EP’’. Je pense que l’Etat sème la confusion dans cette affaire des bus. Puisqu’il ne peut pas dire qu’il se désengage dans le commerce et monter ensuite des trucs pour gérer à la place des privés. Ce qui n’est pas normal, il y a une confusion totale autour de ces bus. Ainsi, nous demandons à l’Etat de nous donner les bus pour assurer leur gestion.

Propos recueillis par Samory Keita
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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