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Le Secrétaire général du PDG RDA, Elhadj Momo Bangoura donne la position de son parti sur les grandes questions d’actualité nationale. Il a abordé avec notre reporter les points suivants : la dissension au sein de la classe politique, l’enrôlement des électeurs, l’affaire Kanté et la prolifération des partis politiques.
Le Démocrate : Le « Bloc des forces patriotiques » vient de voir le jour. Cela ne sonne-t-il pas comme une division au sein de la classe politique ?
Elhadj Momo Bangoura : Le « Bloc des forces patriotiques » vient de naître. Il opte pour la tenue des élections en 2010. Mais à mon avis, son départ des rangs des forces vives ne résulte pas de cette position. Il y a au sein des forces vives des partis politiques qui pensent qu’objectivement les élections ne peuvent se tenir qu’en 2010 c’est le cas par exemple du PDG-RDA, mon parti. La cause de leur départ se situe ailleurs. Je ne leur fais aucun reproche.
Le président de la CENI a annoncé la fin du processus d’enrôlement pour l’intérieur de la Guinée. Avec ce bouclage, croyez-vous à un fichier électoral fiable ?
Nul n’est parfait, surtout pour les travaux de ce genre. Je crois qu’un fichier élection acceptable pourrait nous être présenté. Une opération d’enrôlement d’un an ! C’est vraiment une des preuves de l’inconsistance de la gestion de l’administration guinéenne. Et tenez vous bien, le recensement n’est pas fini. Le président de la CENI vient de nous dire que l’étape suivante revient aux Guinéens de l’extérieure.
En tant qu’ancien député, quelle comparaison faites vous dans la gestion du secteur minier sous les deux régimes précédents?
J’ai effectivement eu l’honneur et la chance d’être député à l’Assemblée nationale sous la première République de 1972 à 1980 et sous la 2ème République de 2002 à 2008. J’ai donc eu la chance de participer à l’adoption de plusieurs conventions minières sous la première République. C’est nous par exemple qui avions voté la taxe spéciale l’exportation sur la bauxite en 1975. Son application avait commencé dès l’année là et le budget de l’Etat avait engrangé 25 millions dollars. En 1976, 75 millions de dollars. Vers les années 1980 la taxe spéciale se chiffrait annuellement à 250 millions de dollars. Voilà une recette qui ne faisait pas partie des bénéfices d’exploitation des ressources minières. Vous savez déjà que les infrastructures, de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) par exemple étaient la propriété exclusive de l’Etat guinéen. L’usine de transformation de l’alumine en aluminium devait commencer en 1984 après 11 ans de travaux d’exploitation. Vous connaissez la suite des événements pour me résumer, le secteur minier avait considérablement renforcé la souveraineté guinéenne en nous mettant de manière incontestable à l’abri de la mendicité.
A mon retour à l’Assemble Nationale en octobre 2002 j’ai été amené à faire un constat amer par la nature même des contrats miniers. C’est un contrat de vente de l’usine de Friguia qui m’est présenté. Alors que cette usine avait connu l’achèvement de sa décolonisation en 1974. Il m’a été présenté aussi le contrat d’exploitation de l’or à Siguiri qui attribue à la guinée 15 pour cent de bénéfice. Je n’en revenais plus. Alors je me résolvais à éclater en colère devant les différents ministres des Mines et leurs cadres aux différentes plénières. Je leur disais ceci « je vous en veux. En 1958, le nombre de cadres diplômes d’études supérieures n’atteignait pas dix les contrats miniers profitables à la nation ont été obtenus. Aujourd’hui, vous êtes des milliers de cadres supérieurs et c’est maintenant que nous perdons nos mines. A Siguiri sur 100g d’or nous n’avons que 15g, c’est regrettable vraiment ».
Nombreux sont ceux qui pensent à la politisation du procès de l’ancien ministre des Mines, Ahmed Kanté. Partagez-vous cet avis ?
Je vous apprends qu’à la dernière Assemblée nationale j’étais le 2e vice président de la commission chargée du Commerce, de l’industrie, des mines… Ahmed Kanté en tant que ministre des Mines a été mon collaborateur. Je vous dis carrément que Ahmed Kante avait créé en moi un sentiment de réconfort, un sentiment de réelle consolation. Parce que c’est lui qui avait résolument engagé le processus de révision des conventions minières. C’est pour vous dire que j’ai eu beaucoup d’admiration pour lui. C’est avec regret que je l’ai vu partir du département, sa gestion m’échappant totalement, je me remets à la sagesse de la justice.
Il y a des citoyens qui critiquent la prolifération des partis politiques. Le PDG-RDA voit-il les choses sous le même angle ?
Dans la vie des hommes, la lutte a toujours existé. Pendant la conquête coloniale, les nations européennes justifiaient leur invasion en Afrique par un devoir de civilisation des Africains.
A l’heure de la décolonisation, ces nations ont connu un recul momentané de leur velléité d’occupation alors, ne voulant pas baisser les bras, elles ont cru devoir entamer une nouvelle phase de la lutte de désorganisation des nations naissantes, particulièrement en Afrique. La nouvelle trouvaille est le multipartisme intégral. Pour une France de plus de 60 millions d’habitants, combien y a-t-il de partis politiques ? Combien de partis politiques existent- ils aux Etats-Unis d’Amérique peuplés de près de 300 millions d’âmes. ET l’Angleterre ?
En lisant un numéro du journal « Paris Match document », le professeur Bernard Lugan m’a confirmé ce que je pensais de la fameuse conférence de la Baule tenue par le président français François Mitterrand en juin 1990 à l’occasion du 16e sommet franco-africain. Il s’agit effectivement d’une nouvelle phase de lutte de déstabilisation des jeunes Etats africains au nom de la démocratie dit-on. En prenant la Guinée avec quelque 10 millions d’habitants faut-il avoir 100 partis politiques accompagnés de leurs programmes de démocratisation pour créer le bonheur du Guinéen ?
Et parfois on oublie même la définition de ce concept de démocratie. Je suis loin d’être contre ceux qui créent aujourd’hui les partis politiques. Je considère qu’ils subissent cette nouvelle phase de lutte contre nous pays jadis opprimés malheureusement, certains de nos dirigeants prêtent le flanc au jeu pour favoriser l’installation de l’anarchie.
Propos recueillis par Aly Badra Condé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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