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L’indépendant : L’Observatoire national pour la démocratie en Guinée (ONDG) dénonce l’immixtion des coordinations régionales dans la gestion du pouvoir. Quel est votre point de vue là-dessus ?
El Momo Bangoura : Avant de répondre à cette question, vous me permettrez de vous rappeler que la Guinée de la colonie française était constituée de communautés relativement homogènes sur le plan ethnique. Un demi- siècle de gestion coloniale avait suffi en Guinée pour que la pratique de « diviser pour régner » entre en action. C’est avec l’avènement des mouvements syndicaux et politiques à la faveur de la quatrième république française qu’on s’est vendu compte des effets pervers de cette pratique de « diviser pour régner ». L’histoire récente de la Guinée nous enseigne que c’est le PDG- RDA qui s’est mis au dessus des contingences ethnique et régionaliste dès sa naissance pour rassembler les guinéens. Cette option lui avait parfaitement réussi parce que les réalités régionalistes avaient effectivement reculé face à l’unité nationale. Je me permets de vous dire que personnellement, j’ai été l’un des bénéficiaires de cette option. D’ethnie soussou que je suis, je me suis vu choisi par les habitants d’un village du plein Foutah comme chef de village. Il s’agit de Pellal à Yambéring. La section du parti m’a élu à Yimbéring comme Secrétaire général devant les autres candidats originaires de la localité. Des exemples de ce genre couvraient l’ensemble du territoire national et cela à tous les échelons. C’est ainsi qu’un Midjaou Diallo de Pita, était secrétaire fédéral du parti à Kindia, un Almamy Koïta de Dubreka était secrétaire fédéral du parti à Beyla, un Sanassy Keïta de Siguiri était secrétaire général d’une section du parti à Guéckédou avant d’être secrétaire fédéral de la même région pour ne citer que ces cas. Après la dissolution du PDG par le coup d’Etat du 3 Avril 1984, une autre réalité a fait sa réapparition : le régionalisme. C’est ainsi que nous avons vu renaître les coordinations régionales qui ne sont autres que la pratique de l’ethnocentrisme nuisible à l’unité nationale. C’est pourquoi, dans le souci de préserver ce précieux acquis, les partis politiques doivent tout mettre en œuvre pour davantage consolider l’unité nationale, le bien suprême de tous les guinéens.
En tant que président d’honneur du PDG-RDA, comment préparez- vous les prochaines législatives ?
Comme vous le savez très bien, le PDG-RDA n’est pas un nouveau venu sur la scène politique en Guinée. Il a mené sa vie dans les joutes électorales de la période coloniale à l’indépendance nationale. Face aux élections en général, le PDG-RDA observe deux principes cardinaux : la mobilisation permanente des militants autour des objectifs du parti définis par son statut, le respect scrupuleux de la démocratie. Au sein du parti, aucun candidat ne se choisit. Ce sont les militants qui désignent démocratiquement leurs candidats et cela à tous les échelons. Cela dit, le PDG-RDA est prêt à participer à toutes futures élections.
Que direz-vous de la renégociation des contrats miniers, mais aussi de la récupération des domaines de l’Etat, envisagée par le Gouvernement de la troisième République ?
Comme vous le savez, en tant que député de la dernière législature, j’ai toujours dénoncé la politique minière des gouvernements successifs du président Lansana Conté. Je me suis toujours révolté devant le gâchis national atteint par le secteur minier après le régime du PDG. Le fait révoltant que j’ai toujours souligné, est qu’au cours des années 60, le nombre de cadres supérieurs se comptaient par dizaines. Mais que les négociations menées à la même période donnaient à la Guinée des avantages considérables. Maintenant que les cadres supérieurs nationaux se content par dizaines de milliers, la nation subit des pertes inadmissibles dans le domaine minier. Par exemple, j’étais ulcéré quand on m’a appris que l’Etat guinéen n’a que 15% des revenus de l’exploitation de l’or à Siguiri. Tard vaut mieux que jamais, la renégociation des contrats miniers s’impose. Ceux qui croient à la vertu de la mendicité doivent savoir que Dieu nous a tout donné, il suffit de rationaliser la gestion pour que nous sortions de l’ornière. S’agissant de la récupération des domaines de l’Etat, envisagée par le gouvernement actuel, je ne peux que l’encourager à le faire. C’est une action à la fois politique et morale de la gestion de la chose publique. Du courage !
Le Pr. Alpha Condé, nouveau président de la République de Guinée, prône la réconciliation nationale Qu’en dîtes-vous ?
Avant d’être élu président de la République, le candidat Alpha Condé inscrivait déjà dans son programme d’action la réconciliation nationale. Dans ma conviction il a parfaitement raison. La République de Guinée a aujourd’hui 52 ans. Le peuple de Guinée, comme tous les autres peuples, subit de dures épreuves dans son existence. La réconciliation nationale dont il est question aujourd’hui, s’articule sur plusieurs étapes. Il convient de savoir que la première étape concerne la guerre d’indépendance. En effet le colonisateur français ne nous avait pas pardonnés du vote négatif du 28 septembre 1958. Il avait tenu à nous prouver comme l’affirmait le dernier gouverneur général de l’AOF, Pierre Messmer, que la Guinée méritait « un traitement sévère ». Cette Guerre, le peuple de Guinée l’avait atrocement subie dans son âme comme dans sa chair. Heureusement qu’il en était sorti victorieux. Les dirigeants d’alors n’avaient pas attendu un seul instant pour amorcer le processif de la réconciliation tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Nous nous souviendrons toujours de l’historique communique Guinéo- Français du 14 juillet 1975, consacrant la réconciliation entre la nouvelle France et la Guinée souveraine et la libération des guinéens des prisons d’Etat bénéficiant de la grâce du peuple martyr. Nous nous souviendrons toujours des retrouvailles entre la Guinée et ses voisins comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire. La seconde étape de la réconciliation concerne le régime militaire du 3 avril 1984. Nous nous souviendrons des événements du 4 juillet 1985, ceux de 2006 et de 2007. La troisième étape concerne la tuerie du 28 septembre 2009 au stade du même nom. La quatrième et dernière étape intéresse les troubles consécutifs aux dernières consultations électorales. Une fois de plus, le Président de la République a parfaitement raison de relancer le processif de réconciliation pour rassembler sainement tout le Peuple de Guinée, afin de résoudre en commun les problèmes qui nous assaillent actuellement.
Propos recueillis par Aly Badara Condé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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