vendredi 15 février 2008
Elhadj Mamadou Sylla, Président du Patronat guinéen : « Je ne suis pas concerné par les audits en cours »
Mamadou Sylla

Dans la perspective du prochain forum Chine - CEDEAO, prévu du 25 au 28 mars à Beijing, la capitale chinoise, le Président du Patronat guinéen et Président de la FOPAO nous a accordé une interview. Dans cet entretien, Elhadj Mamadou Sylla nous parle de l’importance de ce sommet des affaires pour non seulement les opérateurs économiques mais aussi pour l’ensemble des pays de la CEDEAO et de la Mauritanie. Au-delà, il s’exprime sur le non-lieu de la Justice dont il vient de bénéficier dans le procès qui l’oppose à l’Etat, de même que sur les rapports partiels des audits en cours dans les ministères, secrétariats généraux, entreprises publiques et privées du pays.

L’indépendant : Vous vous apprêtez à participer au premier forum    Chine-CEDEAO qui aura lieu au mois de  mars prochain à Beijing. Dites- nous ce à quoi la Guinée et les opérateurs guinéens peuvent-ils attendre économiquement et financièrement de ce forum ?

Elhadj Mamadou Sylla : Je pense que ce forum Chine - CEDEAO, premier du genre, sera une très belle opportunité pour toutes les deux parties. Notamment pour nous opérateurs évoluant dans l’espace géographique de la CEDEAO et de la Mauritanie. C’est donc un forum sur lequel nous, opérateurs économiques guinéens, fondons beaucoup d’espoir. En ma double qualité de Président du Patronat guinéen et de Président des Fédérations patronales de l’Afrique de l’Ouest (FOPAO), j’ai été mandaté par la Commission de la CEDEAO et son commissaire au développement pour organiser ce forum en Chine. Lorsque j’ai reçu ce mandat, j’ai, à mon tour, élargi l’information à toutes les Fédérations patronales membres de la FOPAO et celle de la Mauritanie. Il est donc question pour ces patrons qui ont des projets bancables de se manifester en nous déposant ici à Conakry leurs dossiers. Ceci pour nous permettre de centraliser, d’ici à la fin de ce mois de février, toutes les manifestations d’intérêts. Ce qui va nous permettre d’harmoniser nos vues et pouvoir parler lors du forum d’une même voix pour l’ensemble des patronats et opérateurs qui y effectueront le déplacement. J’ai déjà saisi toutes les 15 Fédérations patronales de la CEDEAO et de la Mauritanie comme je l’ai tantôt souligné. Toujours dans le souci de faciliter et de réussir ce forum, nous avons eu la semaine dernière une rencontre avec Monsieur l’Ambassadeur de la Chine en Guinée. Nous avons évoqué avec lui nos préoccupations. Nous nous sommes donc mis d’accord avec l’Ambassadeur. Déjà au niveau de l’Ambassade de Chine, une équipe technique afin de créer toutes les facilités pour l’obtention des visas de même que les détails liés aux réservations d’hôtel. Je vous donne avis que la République populaire de Chine prévoit d’investir pour les prochaines années en Afrique près de 10 milliards de dollars. Mais pour bénéficier de ce fonds, nous, hommes d’affaires africains, sommes tenus de répondre à un certain nombre de critères définis par la Chine. Ces critères sont confinés dans un cahier que l’Ambassadeur nous a remis. C’est pourquoi nous convoquons ce mardi 12 février (l’interview a été réalisée la veille, ndlr) une réunion au siège du Patronat pour mettre ce document à la disposition de tous ceux qui sont intéressés par le forum. Je peux, dores et déjà, attirer votre attention que les critères avancés sont plus ou moins souples. Il n’y a pas trop de conditionnalités. Cependant, on ne doit pas oublier que la Chine dispose d’une certaine politique en matière de l’Afrique. Elle a des représentants partout sur le continent. Comme tous les pays invités, nous aussi nous nous battons sur la base des projets bancables pour décrocher des investissements pour notre pays. Je profiterais de ces instances que vous m’offrez pour appeler tous les opérateurs économiques qui éprouvent le bien d’y participer et qui ont des projets conséquents d’être présents à la rencontre du mardi 12 février. Je vous rappelle que le forum est prévu du 25 au 28 mars prochain. Ce qui veut dire que nos hommes d’affaires auront tout le temps nécessaire pour mettre au point des dossiers sérieux que nous saurons défendre sans honte et sans difficulté auprès de nos partenaires chinois.

Vous avez parlé de projets. Est-ce que, déjà, on peut savoir l’esquisse de ce vous êtes en train d’élaborer et qui puisse amener les Chinois à vous délier le cordon de la bourse ?

Vous savez, la Chine procède au financement des projets qu’on lui soumet en fonction de son créneau, des objectifs de développement qu’elle s’assigne au niveau des pays africains. Au nombre de ces objectifs, on peut, entre autres, retenir le secteur de l’Education, celui du Commerce, les volets industries, les ONG, les fondations ou encore les projets liés au développement rural et communautaire. Le cahier des charges étant là, les représentants de la Chine qui sont aussi des observateurs attentifs de nos réalités, je crois que personne ne pourra réussir à tricher ou à déjouer cette vigilance.

Vous venez de bénéficier d’un non-lieu décidé par le Tribunal de 1ère instance de Dixinn. Après cette décision, pouvez-vous nous dire qui reste redevable à qui, entre l’Etat guinéen et votre Holding ?

C’est un dossier qui a fait courir beaucoup de bruit. Cette affaire a trop traîné, malheureusement, parce que certaines personnes s’acharnaient à transformer le faux en vrai. Heureusement, la Justice guinéenne ne s’est pas finalement prêtée à ce jeu. Ces gens malintentionnés auraient tout tenté ici pour faire croire à la Justice et au peuple de Guinée que j’étais coupable, que je restais redevable à l’Etat et celui-ci ne me devait rien. Moi je suis de ceux-là qui croient que la séparation des pouvoirs consacrée par la Loi fondamentale est de plus en plus une réalité en Guinée. Je me réjouis très sincèrement de ce non-lieu dont j’ai bénéficié dans ce dossier. Je félicite donc la Justice pour son courage et son sens de la responsabilité dont elle vient de faire preuve à la face du monde. Malgré l’énorme pression qu’elle a subie de la part de ces manipilateurs, le droit a été enfin dit. Cette décision, il faut le souligner, a été rendue conformément aux textes ou lois de notre Constitution. J’ai dit dès au départ que dans cette affaire, je garderais toujours ma sérénité et ma lucidité parce que je n’avais rien sur la conscience et je ne me reprochais rien. Donc aucune des ces agitations n’est parvenue à me faire changer dans mon attitude. Mes ennemis ont bourré la tête aux gens, voulu remuer et dresser le peuple contre moi. Mais en vain. Ils ne sont pas  parvenus à leur fin grâce à Dieu et à la détermination de la Justice à dire le droit et à faire triompher la vérité sur le mensonge. Par cette décision, la Justice vient de donner la preuve que l’Etat, malgré ce qu’il représente, est justiciable au même titre que ses citoyens. Si, dans un procès, sa culpabilité est établie, il est condamnable au même titre qu’un citoyen lambda qui est en porte-à-faux avec la loi. L’Etat a son droit et le citoyen aussi. Tout est défini dans notre Constitution. Nous sommes dans un Etat de droit, il faut que le droit soit dit en faveur de celui qui le mérite Vous vous souviendrez qu’on a effectué, au sujet des transactions Etat-Futurelec, trois audits différents. Il y a eu d’abord un premier audit, ensuite un deuxième, tous commandités par les services de l’Etat. Et à chaque fois, les conclusions m’étaient favorables. Curieusement, l’Etat, en tant que l’unique commanditaire de ces audits, parce qu’on ne m’a jamais consulté pour leur mise en place, va toujours refuser d’admettre les conclusions ou les rapports d’audits. Dans chacun de ces rapports, il était établi que c’est l’Etat qui reste redevable après tous les calculs. Vu la polémique qui perdurait autour de l’Affaire, la Banque mondiale nous a proposé de recruter des auditeurs indépendants qui seront choisis à la suite d’un appel d’offre. La Banque mondiale a demandé à ce que l’Etat et moi payions à part égale l’honoraire des auditeurs. J’ai payé entièrement mes 700 mille Dollars qui me revenaient dans le contrat. Dans les clauses, il était dit que les résultats de ces audits indépendants s’imposeraient à tout le monde. Et les résultats de ce troisième audit indiquent très clairement que c’est l’Etat qui me reste toujours redevable. J’ai par devers moi toutes les copies des rapports d’audits. Selon ces rapports, l’Etat me doit 22 millions de dollars d’une part et 12 millions de dollars comme valeur de  deux titres échus que la BCRG me doit de l’autre part. Moi je dois à l’Etat 28 milliards de FG et les 15 milliards de découverts que j’ai à mon actif au niveau de la BCRG. Donc, on ne peut plus dire mieux que  ces rapports. Alors, puisque j’ai bénéficié de ce non-lieu, je réclame ces montants que l’Etat me doit. C'est-à-dire les deux titres de deux fois 6 millions de dollars. Ce qui fait un montant cumulé de 36 millions de dollars. De ce montant, je demande à ce qu’on déduise de ces 36 millions de dollars, les 28 milliards de FG et les découverts de 15 milliards que je n’ai jamais niés. Ce qui fait moins de 10 millions de dollars, les 2 cas confondus. J’ai, à ce jour, fait une requête de réclamation adressée à qui de droit. Parce que les rapports des audits tranchent très nettement en ma faveur et ce n’est pas moi qui ai produit les résultats atteints. J’espère qu’on parviendrait à tout régler à l’amiable. Ce qui pourrait nous éviter encore les longues tracasseries des procédures civiles. Je souhaite qu’on n’en arrivera pas là, sinon on me paierait tous les dommages et  intérêts. Et au-delà, nous, opérateurs économiques, nous avons la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’OHADA. C’est aussi une autre instance de justice mise à la disposition des opérateurs se trouvant dans cette zone.

Le ministère du Contrôle Economique vient de publier les premiers rapports de ses audits effectués au niveau des ministères, des secrétariats généraux, des entreprises publiques et privées. Est-ce que vous êtes concerné par ces audits en cours.

Je me dis quelque part que les audits que j’ai subis sont à l’origine de ceux qui sont en cours aujourd’hui. J’ai été audité avant tout le monde. Les rapports de ces audits indépendants sont disponibles depuis. L’Etat a ses rapports et j’ai les miens. Ce qui veut dire que je ne suis pas, heureusement, concerné par ces présents audits. J’espère que les audits vont montrer réellement tout ce qui s’est passé au niveau de chaque ministère, chaque entreprise publique ou privée. Ces rapports sauront nous dire qui a fait quoi. En ce moment les gens se rendront compte si on a fait du tort à Sylla ou s’il était coupable. En tous cas, ce sont les rapports d’audit international et indépendant qui ont conclu que c’est l’Etat qui me doit. Je n’ai pas le même sort que ceux qui seront reconnus redevables à l’Etat au terme de ces audits. Peut-être que le début a été très dur pour moi mais aujourd’hui le temps me donne raison. Je ne souhaite même pas qu’une autre personne subisse ce que moi j’ai subi au cours de ces deux ans passés. Parce qu’on ne peut pas continuer à faire de l’injustice aux gens. Car l’injustice dans un pays a toujours conduit à la déchirure sociale, au chaos et à l’anarchie. J’ai été audité et à la différence de ceux qu’on est en train d’auditer, moi j’ai payé, comme l’Etat, la moitié de la somme des auditeurs.

Propos recueillis par Camara Moro Amara

L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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