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Elhadj Bah Ousmane préside depuis le 19 Juillet dernier aux destinées de l'Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR). Dans son bureau rectangulaire situé au rez-de-chaussée du Palais du peuple où siège le Parlement guinéen, le numéro un de l'UPR scrute des dossiers et reçoit collaborateurs, amis, proches et journalistes. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, le successeur de feu Siradiou Diallo, fondateur dudit parti, décontracté et sourire aux lèvres répond à nos questions. Dans un style libre... Africaguinee.com: Vous avez été sans surprise élu Président de l'UPR au Congrès de Labé. Que comptez-vous faire pour impulser une nouvelle dynamique au parti ? Elhadj Bah Ousmane: J'ai été élu Président de l'Upr au Congrès de Labé. C'est un fait sans surprise. Je n'aimerais pas en faire une autosatisfaction. Qu'est-ce que je compte faire pour impulser une nouvelle dynamique au parti ? Je pense qu'au lendemain du congrès que nous avons tenu, il y a lieu de poser des constats, établir le diagnostic de la situation du parti et déceler ce qu'il y a comme faiblesses, tout ce qu'il y a comme points forts nous allons les capitaliser. Alors, si je me penche sur les faiblesses et les insuffisances, un parti politique doit toujours consolider son implantation. Ce qui veut dire que nous allons accorder une priorité à la consolidation de l'implantation du parti à travers tout le pays. Et aussi, puisque nous avons beaucoup de compatriotes à l'étranger qui sont des adhérents de l'Upr, nous allons procéder à la même stratégie, c'est-à-dire procéder à une implantation du parti à l'étranger partout où vivent nos compatriotes en nombre suffisant. La nouvelle dynamique aussi, nous allons la consacrer à responsabiliser davantage les différents cadres qui constituent le Bureau Exécutif national. Parce que c'est à ce niveau qu'il y a exécution des tâches du congrès et que c'est à ce niveau qu'il y a exécution également des recommandations du congrès. Alors, puisqu'il y a une spécialisation des différents cadres au sein du parti, à travers les secrétariats que nous avons, chaque secrétariat va produire un programme de travail et procéder également à une certaine évaluation de son secteur à travers ce que nous avons comme programme de société du parti. Je ne pourrai achever l'énumération. Je dis tout simplement que les tâches sont nombreuses, diverses et très importantes. Nous allons, sans complaisance, nous atteler à cela. L'UPR a enregistré des défections ces derniers temps. Comment comptez-vous vous organiser pour ramener ces dissidents dans les rangs? Je dois dire à priori qu'un parti politique tire son essence de la mobilisation massive des militants. Le retour ou non des dissidents dépend de leur conviction. Il y a eu des dissidents avec des raisons diverses. Je peux affirmer que fondamentalement il n'y a pas de divergences politiques. Il y a certainement des problèmes de personne et d'incompréhension. Si ça se limite à ce niveau, je pense que la tâche va être facile. Si ça ne tenait qu'aux idéaux politiques, il me semble qu'il n’y aurait pas eu de dissidences. Maintenant que les uns et les autres aient quelque chose à reprocher au Président, cela va du tempérament de chacun. C'est vrai qu'il y a eu un certain nombre de responsables de l'Upr qui sont allés dans la dissidence. Certains ont adhéré à d'autres partis politiques, d'autres sont dans une situation d'attente, un autre groupe aussi peut-être souhaiterait tirer un trait avec la politique. Donc, mon action va porter sur ceux qui sont dans une situation d'attente. Nous allons les approcher, continuer à discuter avec eux, dialoguer avec eux. Si à l'issue de ce dialogue, ils trouvent satisfaction dans les termes et les propos que nous allons échanger, ils reviendront et nous allons déployer des efforts dans ce sens. Sinon, un parti politique enregistre toujours des départs mais également des adhésions. Autant nous avons enregistré des départs autant aujourd'hui nous enregistrons beaucoup de nouvelles adhésions. C'est réconfortant. Ceci matérialise ce qu'on dit souvent que la marche d'un parti politique ressemble à l'évolution d'un train. A chaque gare, le train va s'arrêter. Il va embarquer comme il débarquera des passagers. L'essentiel étant que le train arrive à destination avec des passagers à bord. L'UPR et l'UFDG ne filent pas le même coton depuis l'entrée en politique de l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo. Peut-on s'attendre à une fusion des deux partis? Effectivement l'UFDG et l'UPR ne filent pas le même coton. C'est une réalité et pour cause. Vous demandez si on peut s'attendre à une fusion, je pense que cette perspective au jour d'aujourd'hui s'éloigne. Cependant, comme nous avons appris, on dit souvent que jamais n'existe pas en politique. Je pense qu'il faut laisser le temps faire. On verra bien la suite. Comment interprétez-vous la position de la veuve Siradiou Diallo, ancienne vice-présidente du parti qui a refusé de répondre à l'invitation de Labé? Qu'elle ait refusé de répondre à l'invitation de Labé, c'est sa propre décision. Elle est souveraine. Nous avons fait d'elle la vice-présidente du parti en mémoire et en hommage au Président fondateur du parti qui a été un très grand militant et un combattant pour notre cause. En tant que militante et responsable du parti, si un congrès est convoqué dans l'esprit qu'elle souhaitait, elle n'a pas voulu prendre part à ce congrès, des explications profondes lui appartiennent. Que répondez-vous à Bâ Mamadou qui persiste qu'il reste le Président d'honneur de l'UPR et que Cellou Dalein Diallo a mieux géré que vous? En ce qui concerne le doyen Bâ Mamadou qui dit qu'il persiste qu'il est le Président d'honneur du parti, libre à lui de s'attribuer tous les titres qu'il voudra. En ce qui nous concerne, nous militants et responsables de l'Upr, nous savons à quoi nous en tenir. Est-ce que vous l'avez entendu dire une seule fois ou signer qu'il est Président d'honneur de l'Upr ? Vous savez, lorsque vous portez une casquette avec un symbole, que vous remettez dessus une autre casquette avec un autre symbole, il va s'en dire qu'il y a l'un des symboles qui va disparaître. Lorsqu'il affirme que notre frère Cellou Dalein a mieux géré que moi, c'est lui qui connaît les éléments de comparaison. (...) Pour l'instant, je ne pense pas que dans les annales de notre histoire on ait enregistré que M. Bah Ousmane a occupé une quelconque haute fonction dans l'Etat guinéen pour qu'on puisse évaluer ce dont il est capable. Maintenant, on a pu évaluer ceux qui ont géré ce pays. Alors, le doyen Bâ Mamadou affirme que ce pays a été mal géré, qu'il y a eu d'immenses fortunes détournées. En conclusion, il dit que le pays est en retard parce qu'il y a eu la mal gouvernance, qu'il connaît les acteurs de cette mal gouvernance, ceux qui ont détourné, qui ont empêché donc le pays d'évoluer, ceux qui ont utilisé les deniers publics à leurs propres fins. Donc, il a des éléments de comparaison sur lesquels il devait se baser pour établir réellement ces comparaisons. Il dit partout qu'il y a des jeunes qui sont arrivés il n'y a pas longtemps dans l'exercice de fonction qui ont détourné, qui ont des maisons, qui ont des véhicules par-ci par-là, c'est un constat. Heureusement que j'échappe à ce constat. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle du pays après les tragiques évènements de janvier et février 2007? Je crois qu’on n’a pas besoin d'être un politologue avisé pour dresser un constat. Il faut dire d'abord qu'avant les évènements de janvier et février, il y avait une situation caractérisée par une crise très grave née de la détérioration des conditions de vie et de travail du Guinéen. C'est cette exaspération qui a conduit aux évènements de janvier et février. Ces évènements représentent une somme de revendications des populations guinéennes pour le changement de leur situation. Une situation caractérisée par des conditions de vie absolument déplorables. Nous connaissons tous les conséquences de ces évènements. Aujourd'hui, les aspirations de la population qui étaient à l'origine de ces revendications n'ont pas été satisfaites dans la mesure où les espoirs ont été déçus par les hommes et femmes qui avaient été choisis pour porter cet espoir. Et aujourd'hui, nous nous retrouvons dans le prolongement de cette crise. Je peux affirmer que nous sommes à la case de départ. Les conditions de vie et de travail des Guinéens ne se sont pas améliorées. Le contexte politico-économique et social dans lequel nous vivons ne s'est pas amélioré. Peut-être qu'il s'est plutôt dégradé. C'est une situation absolument préoccupante qui mérite des réflexions profondes afin que des solutions de crise viable, convenable, durable soient trouvées Et la valse de décrets enregistrée ces derniers jours... C'est simplement une conséquence de la situation de crise que nous vivons. C'est déplorable que la gestion de l'Etat se fasse de cette manière. Mais aussi, il faut dire que nous nous trouvons dans une situation de fin de règne. Le mandat du Président de la République tire vers sa fin, doublé de son état de santé. Il faut comprendre qu'il y ait de grosses lacunes et de gros dérapages dans la gestion du pays dans la mesure où le Président de la République n'est pas dans l'état de pouvoir gérer le pays comme il le faisait il y a quelques années auparavant. Avez-vous autre chose à ajouter... Je voudrais vous rendre hommage, c'est-à-dire à travers vous, la presse guinéenne parlée et écrite pour les résultats hautement positifs qui sont enregistrés depuis qu'il y a eu cette libéralisation des ondes. Pour l'homme politique que je suis, c'est un sentiment de grande satisfaction. Puisque ça nous permet, à nous acteurs politiques, de travailler davantage à la liberté d'expression, d'exprimer nos vues, nos idées et de les partager avec nos compatriotes. Entretien réalisé par Mamadi Savané depuis Conakry pour Africaguinee.com partenaire de www.guineeactu.com Source : Africaguinee.com
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