vendredi 11 juillet 2008
Elhadj Bah Ousmane, président de l’UPR : « La CENI n’est pas tout à fait indépendante »
Ousmane Bah

Elhadj Bah Ousmane est le président de l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR). Dans cette interview qu’il nous a accordée, il parle du gouvernement Souaré, de la CENI, des élections législatives, du congrès et de la dissidence au sein de son parti.

L’Indépendant : A quelle condition l’UPR a-t-elle répondu à la main tendue du Premier ministre le Dr Souaré ?

Elhadj Bah Ousmane : Je ne vous dirai pas que c’est sous condition. Je voudrais plutôt dire que nous avons répondu favorablement à l’ouverture qui nous a été faite de participer au gouvernement Souaré. C’est par cohérence politique, d’histoire et option de notre parti. Comme vous le savez, notre parti s’est imposé une ligne de conduite par rapport au fonctionnement des institutions républicaines que nous nous imposons de respecter. Maintenant on peut ne pas être satisfait de la matière dont ces institutions ont été mises en place, mais notre ligne de conduite est de respecter lesdites institutions républicaines. Par cohérence politique, je voudrais vous renvoyer un peu aux revendications politiques de l’opposition depuis que celle-ci existe.

Nous avons eu un certain nombre de revendications dans le cadre du forum démocratique national. Nous demandons l’instauration d’un Etat de droit, l’avènement de la démocratie véritable. Nous avons comme revendication, la constitution d’un gouvernement d’union nationale et aussi, nous avions comme revendication la création d’une commission électorale indépendance et même souveraine. D’autres aussi demandaient la tenue d’une conférence nationale. Alors si nous faisons un peu le point de la situation, le combat politique que la classe politique de l’opposition a livré, a permis une certaine avancée sur ce tableau de revendication. Aujourd’hui, si nous pouvons dire que l’instauration de la démocratie, l’avènement d’un Etat de droit, sont des conquêtes quotidiennes, il y a quand même des acquis que nous nous devons de préserver en luttant pour de meilleurs résultats. Sur le plan de la commission électorale nationale indépendante, nous avons pu aboutir aujourd’hui à une structure qui répond à peu près à nos attentes. En effet, la CENI n’est pas tout à fait indépendante. Toutes les structures qui ont été créées depuis, ont pu mener des combats dans leurs attributions et dans leurs fonctionnements. Je dois à ce niveau dire que c’est un acquis de la classe politique de l’opposition. Alors si dans la suite de cette énumération de revendications, nous avons aujourd’hui l’ouverture du gouvernement à la participation de la classe politique en général, et en particulier sur ce plan, et je pense que pour un parti comme le nôtre qui s’est imposé d’être cohérent dans ses choix et dans ses options politiques, le bon sens politique recommande d’y participer. C’est ce que nous avons fait. Maintenant, vous me demandez à quelle condition ? Nous n’avons pas à faire prévaloir des conditions. Nous avons une vision des choses, nous avons demandé à ce que l’opposition soit associée à la gestion des affaires publiques. S’il y a eu le résultat de cette démarche, nous allons voir ce que cela donnera et nous allons évaluer cette démarche que nous estimons positive. 

Le fait d’appartenir à un gouvernement n’est-il pas un handicap pour un parti politique pour critiquer les actions dudit gouvernement ?

J’ai entendu quelqu’un dire que lorsque vous appartenez à un gouvernement, soit vous fermez la gueule ou vous partez. Je ne partage pas cet avis. Nous avons un Exécutif qui est en place, nous avons une vision quant au fonctionnement de cet Exécutif. Nous allons privilégier cette vision pour autant que cela corresponde à nos vues ; et bien nous en serons très heureux. Et si d’aventure c’est le contraire, nous tirerons les conséquences. Et puis compte tenu de ce que notre parti représente, nous avons pensé ou estimé que nous méritons plus ou mieux dans ce gouvernement.

Vu la nouvelle donne, l’UPR est-elle optimiste sur la transparence des législatives prochaines ?

Je ne suis pas pessimiste de nature. Je crois qu’il faut être optimiste, sinon on ne pourrait pas avoir des objectifs pour lutter. Quant à lier ce gouvernement à la transparence des élections, je pense que c’est encore prématuré de le dire. Il y a une structure qui a été mise en place pour gérer en collaboration avec le ministère de l’intérieur les prochaines élections. Je pense qu’il faut attendre de voir ce que cette nouvelle équipe va envisager dans le cadre de la tenue des élections transparentes et crédibles très prochainement. Ce que, par contre, je voudrais préciser, c’est que la classe politique guinéenne, particulièrement de l’opposition, est tout à fait déterminée pour qu’il y ait des élections crédibles et  transparentes dans ce pays.

Et si ces élections ne sont pas transparentes ?

Si c’est le contraire, comme chaque fois que le contraire d’une chose que vous visez aujourd’hui se réalise, et bien vous tirez les conséquences.

Qu’en est-il du congrès qu’a sollicité le ministère de l’intérieur pour vous départager des dissidents ?

Je dois dire que la tenue du congrès du parti est une décision que le ministère de l’intérieur nous a notifiée à travers un arrêté qu’il a pris dans le cadre d’un arbitrage qu’il a fait entre le parti et la dissidence. Je dois d’abord préciser que dans le fonctionnement normal de notre parti, le statut qui règle donc le fonctionnement du parti dispose que nous avons un délai de trois mois pour faire parvenir à tous les congressistes le projet d’ordre du jour et la date de la tenue du congrès. Dans l’arrêté, on nous dit qu’il faut faire le congrès en deux mois. Je peux comprendre par là qu’il s’agit d’une instance extraordinaire qu’on pourrait tenir. Il nous est demandé de tenir un congrès pour le renouvellement du bureau exécutif national, c’est déjà assez précis. Donc c’est certainement un congrès extraordinaire que nous allons tenir pour renouveler le bureau exécutif du parti. Puisque c’est extraordinaire, nous nous préparons à cela. Dans les conditions normales, nous serons dans les délais. Je pense que pour le reste, nous fixons rendez-vous à la fin de ce congrès pour apprécier.

Propos recueillis par Aly Badara Condé 
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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