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A un mois de la présidentielle, la réconciliation nationale est à l'ordre du jour pour éviter les clivages à l'issue du second tour. Pour El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo, l'une des clés de cette réconciliation, c'est le dialogue. En tant que membre de la commission communication au niveau du conseil national de transition (CNT), M. Diallo accorde une importance particulière aux médias guinéens dans cette phase décisive de la transition en Guinée. Il s'est confié au micro d'Africaguinee.com.
Africaguinee.com : Bonjour M. Diallo. Après plusieurs semaines d’incertitude, le Général Sékouba Konaté a annoncé récemment la date du second tour pour le 19 septembre prochain. En tant que membre du conseil national de transition, quels sont vos sentiments suite à ce report de la date du second tour?
Abdoulaye Lélouma Diallo : C’est une question qui a préoccupé tous les Guinéens. Au niveau du CNT, notre souci était que le processus enclenché avec l’organisation du premier tour, ne soit pas bloqué. Pour trouver la solution, il fallait trouver une concertation avec tous les acteurs de la transition pour trouver un consensus. Dieu merci, c’est ce qui a été fait avec la commission inter institutionnelle, qui regroupait le CNT, le gouvernement, la CENI, le Conseil économique et social, le CNC et la Présidence de la République. Cette commission a fait des suggestions et des propositions et finalement, elle a rencontré les porte-parole des deux candidats. Cette démarche a été appuyée par nos partenaires à travers le Groupe International de contact sur la Guinée, les visites du président malien Amadou Toumani Touré, du médiateur Blaise Compaoré et celle du Président Wade à Conakry. Il y a eu aussi des contacts avec des ambassadeurs de pays amis qui accompagnent la Guinée dans le processus de transition. Bref, tout ce beau monde a pu s’entendre et se mettre d’accord pour la date du deuxième tour qui est finalement fixé au 19 septembre prochain. Toutes les parties prenantes se sont déclarées d’accord avec cette date. Mon souhait en tant que Guinéen et membre du CNT, est que cette date soit maintenue et que la campagne commence dans la paix et la sérénité comme c’était le cas lors du premier tour. Cela permettrait aux Guinéens de se rendre aux urnes le 19 septembre pour choisir leur candidat qu’ils estiment capable de conduire le pays vers le développement, la paix sociale.
Justement, la Cour suprême avait autorisé la CENI à reporter officiellement la date du second tour, malgré les dispositions prévues dans la constitution fixant le second tour deux semaines après la proclamation des résultats définitifs. Comment expliquez-vous cette décision de la Cour suprême étant donné qu’une nouvelle constitution a été adoptée au niveau du CNT ?
C’est vrai, il y a une constitution et un code électoral, mais il y a les réalités et le contexte. La constitution et le code électoral fixent des grands principes, mais ceux-ci ne peuvent être exécutés que si le contexte le permet, y compris les acteurs sur le terrain. C’est pourquoi, nous avons organisé cette commission inter institutionnelle et la Cour suprême, pour donner une légitimité au report du second tour, a adopté une ordonnance transitoire qui tienne compte du contexte. Dans toute activité de cette nature, il y a ce qu’on peut faire, ce que les textes disent mais il y a aussi les réalités du terrain. Donc au niveau du CNT, tout acte pris dans un cadre consensuel pour sortir le pays de sa crise actuelle, nous l’approuverons. La constitution ne vaut que ce que les Guinéens veulent en faire. C’est pareil pour le code électoral. Notre souci était donc que les deux candidats respectent les dispositions fondamentales de la constitution et du code électoral. S’il y a des modifications à faire, qu’elles ne soient pas unilatérales, mais dans un cadre multilatéral conformément aux aspirations du peuple. Nous avons du respect pour le peuple de Guinée qui s’est levé massivement pour recevoir les 24 candidats au premier tour sans discrimination. Si certains ne voulaient pas de cette constitution, il faut reconnaître qu’ils se sont porté candidats sur la base de cette constitution. Nous souhaitons que quiconque sera élu, respecte les bases de cette constitution. S’il y a des amendements à faire, il faudra adopter une méthode consensuelle, multilatérale avec tous les acteurs du changement, avec l’assentiment du peuple de Guinée.
Récemment, le PM Jean-Marie Doré a déclaré qu’il craignait le scénario kenyan avec des affrontements intercommunautaire en Guinée, au lendemain du second tour de la présidentielle. Partagez-vous cet avis ?
Ce que je peux dire à titre personnel, c’est que le PM est l’un des leaders politiques les plus anciens en Guinée. Il a la liberté et la possibilité d’exprimer ses préoccupations, d’attirer l’attention sur un certain nombre de choses, mais il faut toujours se mettre du côté positif en pareil cas. Il faut faire des propositions au lieu d’avoir des discours alarmistes qui peuvent réveiller des tensions de ce genre. Mais c’est son droit. Aujourd’hui, nous sommes en plein mois de ramadan, quelles que soient nos prédictions, Dieu sait déjà ce qui sera fait en Guinée. A un moment donné, quand on lisait les articles sur la Guinée, certains prédisaient une guerre civile, des affrontements. Mais ces points de vue n’engagent que leurs auteurs, car le peuple de Guinée grâce aux bénédictions de nos sages, aura un avenir meilleur. Le Guinéen, qu’il soit de Yomou, Koundara, Boké, Kankan ou autres, c’est un Guinéen comme les autres. J’ai eu la chance et l’honneur d’aller dans 24 bureaux de vote lors du premier tour. Il n’y a pas d’animosité entre les Guinéens, c’est certains qui voulaient instrumentaliser les évènements pour pérenniser des acquis au détriment de la volonté du peuple. Je pense qu’il faut tout faire pour accompagner ce processus pour que les élections se tiennent dans la paix et la sérénité. Chaque acteur doit jouer honnêtement son rôle et que celui qui triche soit révélé au grand jour demain. Ceux qui continuent à diaboliser la Guinée ou à donner des leçons, c’est leur droit. Mais il est préférable d’être aux côtés de nos populations en allant sur le terrain, vivre les réalités. Quels que soient les pronostics de chacun, Dieu a déjà choisi. Notre souhait, c’est que celui qui sera choisi soit le choix de tous les Guinéens et qu’il sache qu’il est là pour servir la Guinée. D’ailleurs le futur président devra avoir une dimension régionale et sous régionale pour que la Guinée récupère sa place d’antan. Quand on voit le respect que des pays comme l’Algérie ou la Ghana ont pour la Guinée, on est surpris de voir certains Guinéens diaboliser leur propre pays. Il faut donc que nos intellectuels et cadres se ressaisissent car on ne peut pas développer la Guinée en dehors du pays. Prenez l’exemple d’Abe Sylla de la NGR, il a réussi à obtenir plus de 3 % alors que certains qui étaient au pays depuis longtemps n’ont pas obtenu plus de 1%. Ca prouve donc que le futur président, doit accorder une place importante à nos compatriotes qui résident à l’étranger, comme le fait le Mali.
Dernièrement, M. Diallo, le CNT avait initié un projet d’accord global pour la réconciliation nationale en Guinée. Comment se passe l’intégration de ce projet dans le contexte politique actuel ?
Justement, ce projet est le résultat de la volonté de toutes les composantes de la Guinée. Aujourd’hui, l’idée de réécrire notre histoire, de faire le bilan, de nous réconcilier avec nous-mêmes pour corriger les erreurs, passe d’abord par le dialogue. Il faut que les Guinéens se parlent, qu’ils se disent plus jamais ça. Il faut des actes concrets pour aider la nouvelle génération qui ignore certains évènements. Aujourd’hui s’il y a des coupables après les évènements du 28 septembre 2009, il faut qu’ils soient traduits devant la justice pour être jugés. On ne peut pardonner que lorsque la faute est reconnue. D’autres pays ont traversé des périodes tragiques. L’Allemagne et la France se sont battues pendant des années, aujourd’hui ces deux pays sont réconciliés et travaillent ensemble. En Guinée, il y a eu des évènements tragiques lors du premier régime, du second, sous le CNDD ; il faut donc analyser sereinement pour éviter de répéter les erreurs. Il faut que la jeune génération baigne dans un Etat de droit avec un respect pour la vie humaine. Pour cela il faut le dialogue et pour les jeunes, il faut créer des emplois pour éviter qu’ils tombent dans les activités négatives. Cette réconciliation nationale initiée par le CNT a connu la présence effective du président intérimaire Général Sékouba Konaté qui a présenté officiellement ses excuses et demandé pardon au nom de ses prédécesseurs Ahmed Sékou Touré, Lansana Conté et le Capitaine Moussa Dadis Camara. Avec ce pardon, je pense qu’il faut tenir compte et accepter puisque quand ils agissaient, ils n’étaient pas seuls car des Guinéens étaient complices. Tout le monde a vu comment des mouvements ont été créés pour soutenir tel ou tel .Il faut donc tirer les leçons. C’est pour ça que le CNT a créé une commission de réconciliation nationale qui a rencontré des victimes du camp Boiro, de la deuxième république et des évènements du 28 septembre 2009, pour qu’on obtienne une réconciliation nationale. Il faut que cette réconciliation soit réelle dans nos familles, dans nos collectivités, et qu’elle serve d’exemple à d’autres pays.
Vous avez parlé de pardon et de réconciliation. Récemment le candidat du RPG, Alpha Condé s’est recueilli ses les tombes de plusieurs figures de l’histoire guinéenne notamment Ahmed Sékou Touré, Lansana Conté et Saifoulaye Diallo. Que pensez-vous de cette démarche du candidat du RPG ?
Bon, mon rôle et ma modeste expérience m’obligent à respecter le point de vue et l’attitude de chacun. Ce que je peux dire à titre personnel, c’est que si ce candidat trouve qu’il est opportun de le faire et qu’il a ses raisons, c’est son choix. Et puisqu’il le fait dans le cadre d’une candidature, ce sera aux Guinéens de juger et d’apprécier. Chacun appréciera à sa manière, mais en ce qui me concerne, tout ce qui peut être fait pour réconcilier les Guinéens et que les élections se tiennent dans de meilleures conditions, en ma qualité de membre du CNT et de vétéran de la lutte syndicale, il faut le faire. Chaque candidat est libre de prendre les décisions qui sont les siennes, donc je n’ai pas de commentaire particulier dans ce sens. Mais ce qui est important, c’est l’organisation des élections apaisées pour doter notre pays d’un président démocratiquement élu.
M. Diallo, vous être membre de la commission communication au niveau du CNT. Avez-vous un message pour les médias dans le cadre de la couverture de ces élections ?
Je reviendrai sur un message que j’ai eu l’honneur de prononcer lors de la cérémonie de remise des textes établis par notre commission, acceptés par le CNT et validés par le président de la république par intérim. Pour nous, il ne suffit pas de produire les textes et faire le lobbying, il faut le respect de ces textes. D’ailleurs, l’ambassade des USA à Conakry, compte tenu de l’importance de notre démarche, a accepté de financer nos campagnes de vulgarisation entamées par notre commission pour diffuser largement les textes. Il faut que les journalistes s’approprient ces textes de loi et comprennent leur contenu, posent des questions aux rédacteurs de ces textes. Aujourd’hui la communication a un rôle essentiel. Dans les textes, nous avons rappelé les principes de déontologie qui doivent guider tout journaliste. Il faut être factuel, donner l’information comme elle se présente, de façon impartiale et honnête. S’il y a des critiques ou suggestions à faire, il appartient au lectorat de le faire. Nos journalistes doivent savoir leur rôle, celui d’informer objectivement. Nos journalistes doivent renforcer leurs compétences par la formation, parce qu’ils exercent un métier difficile. Le journaliste, pour être crédible, doit respecter les valeurs de son métier notamment la vérité, la sincérité, vérifier les sources de l’information. Un journaliste doit être fier de lire ses écrits trois mois après leur publication. Mais il y a aujourd’hui des informations sur certains sites, qu’on ne peut plus lire deux semaines après, parce qu’elles ne reflètent pas la vérité. Les journalistes doivent donc contribuer à l’élection d’un président, de façon libre et transparente, selon la volonté des Guinéens.
Un mot en particulier pour les sites d’informations guinéens. Quand on lit certains sites, on est surpris par ce qu’on y raconte. Certains journalistes ou analystes sont parfois incapables de lire leurs écrits après leur publication. Il faut toujours vérifier les sources, indiquer les sources d’information pour éviter toute contestation. Si tous les observateurs internationaux ont reconnu que le scrutin du premier tour s’est déroulé dans de bonnes conditions, les journalistes ont fait leur travail au premier tour et qu’ils ne fassent pas de choix à la place des Guinéens lors de ce second tour. Il faut que chacun soit fier de ce qu’il a fait, de ce qu’il a dit pour la Guinée à l’issue de cette transition. Faisons tout pour que le second tour se déroule dans les meilleures conditions.
Interview réalisée par Mamadou K. Souaré Pour Africaguinee.com
www.guineeactu.com
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