En principe, la Guinée célébrera ses premières élections libres dans peu de temps. Les enjeux existent. Les émotions, aussi. De la panique? Aussi. La panique dans le bon sens. Car des monologues interrogatoires sont interminables. Quelle formation politique fera l'affaire des guinéens? Sont-ils responsables les partis politiques? Quel leader politique est capable de rassembler tous les Guinéens?
En effet, organiser les élections transparentes n'est pas dans nos habitudes. Nous avons l'habitude des échéances électorales atypiques. Sans enjeux ni émotions. L'argument de la force y étant pour beaucoup, les résultats sont connus d'avance.
Avec la nouvelle donne, où la force de l'argument des partis politiques sera l'unique protagoniste pour départager les candidats, le Guinéen "après-Dadis" (appelons-le ainsi) est pragmatique. Il veut aller voter rationnellement. Voter comme jamais auparavant. Ce Guinéen cherche à savoir tout sur les partis politiques. Savoir tout ce que le long règne de Sékou Touré et celui de Lansana Conté lui ont confisqué. Une curiosité de tout découvrir qui en dit long sur l'échec du capitaine Dadis Camara.
Qui cherche, trouve, dit-on. La trouvaille est que les partis politiques sont des institutions indispensables pour le fonctionnement des démocraties contemporaines. Ils pourvoient ou donnent aux votants une offre de candidats et de programmes entre lesquels choisir. Ce sont donc des organisations qui essaient de placer leurs leaders et cadres dans les institutions à travers lesquelles, elles exercent le pouvoir politique. Situés entre la société et l'Etat, les partis politiques sollicitent l'électorat avec des propositions d'action politique. Propositions ayant pour objectif l'appui électoral pour diriger l'action du gouvernement ou, tout au moins, avoir une influence sur elle.
Cependant, les différences peuvent être beaucoup plus importantes entre les formations politiques. C'est ainsi qu'on rencontre les partis politiques "distinctifs" et les partis politiques "catch all" ou "attrape-tout".
Les partis distinctifs sont ceux qui établissent des distinctions dans l'ensemble de l'électorat. Ils font appel aux groupes ou secteurs spécifiques dans la population. Ce sont des partis de classe, d'ethnie. Ils revendiquent souvent la représentation exclusive des groupes sociaux auxquels ils attribuent une identité politique particulière. Certains de ces partis s'organisent avec comme objectif promouvoir des intérêts des minorités régionales ou nationales.
Par contre, les formations politiques dites "catch all" ou "attrape-tout" sont interclassistes (interethniques). Elles cherchent à élargir le maximum possible leur base de l'appui populaire. Pour atteindre leur principal objectif de gagner les élections et accéder au pouvoir, ces partis essaient de capter des votes venant de diverses classes sociales, religieuses, groupes ethniques et d'autres segments de la population. Les partis "attrape-tout" adoptent des programmes politiques plus flexibles.
En accord avec une hypothèse amplement acceptable, les partis "catch all" favorisent plus la stabilité de la démocratie que les "distinctifs". En effet, les partis interethniques font promouvoir la modération et le compromis dans toutes les ethnies et dans d'autres groupes de la société. Mais les formations politiques qui défendent des causes spécifiques et les intérêts de leurs militants et votants, peuvent garder des postures plus radicales, intransigeantes et réfractaires aux compromis.
Partis distinctifs. Partis "catch all". La différence est claire. De quel côté se rangent les formations politiques guinéennes ? Notre Guinéen "après-Dadis" est catégorique. Il sait qu'il effectuera un vote rationnel. Il sait aussi que la formation politique qui aura su Attraper Tout et Partout, pourra, sans aucun doute, gagner les élections.
Naby Laye Camara, Bruxelles
www.guineeactu.com